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Full text of "Soins faciles pour la propreté de la bouche et pour la conservation des dents; suivis de l'art de soigner les pieds..."

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: SOINS FAGILÉS 

/ 

POUR £4 PROPRETE 

DË LA BOUCHE, 

E f 

ËOÜR LÀ CÔNSÈRVÀTIOîf 

DES DENTS, 

4 U I ns 

B É U Am t 

B É 

SOIGNER LES PIÊD^ 


SOINS FACILES 

POVR LA PROPRETÉ 

BË LA BOUCHE, 

£ f 

î?oUr la consËRVaîion , 

DESÏ)ENTSi 

Par MiBouRD et, Chirurgien-Dentlfte^ 
SUIVIS 

DE E' A B. T 

■ ■ ■ ■ ' D B ■ 

soigner les pieds. 

Contenant 

tki traité fur les-Cor s j Verrues Durillons /ÔiÿiîdÛSf 
Bnÿeiurès j les accidens des Ongles ^ leur diffotihiién 



 L A U S A N N Ei 
Chez MOURER, Libraire# 
Sur Id T lace: de St. François. 

M. D. G G. L X X X I I. 


< y ) 



avertissement- 

N a tout dit fur le chapitre des Dents 
confidérées , foit comme un ornement naturel 
inféparabîe de la beauté » foit comme le 
premier infirument de notre fubjî/îance. 
Mais peut - oît trop réveiller ^attention des 
hmimes fur un de leurs plus précieux avan^^ 
tâges y qui ejl le plus négligé de tous? Eh / 
pourquoi craindroit-^on de fe répéter fur un 
objet qui intéreffe àMa -fois la propreté, le 
repos la fanté meme ? Il y a toujours 
lieu de s'étonner qu'on foit obligé d'y revenir 
Jî fouvent. Mais ici y comme en bien d'autres 
matières , la multiplicité des inflruBions ^ 
en prouvant le peu .de fmit qu'elles produir 
fent , fait voir au moins la nécejjité de les 
renouveller fans cejfe , Sf de ne point les 
épargner P 

Tout fie qui forme les agrémens du vifxy 
ge , eji arbitraire à bien des égards. Le Nez^ 
a 



vj AVE RTISSEMENT, 

/a Boucbe & les Teux peuvent embellir ou 
déparer fous une infinité de formes différent 
tes. tes Dents feules ^ nullement fujettes à 
IHnconfiançe ou à la diverfitê de ?ios goûts , 
aux opinions des tems ^ des lieux , n’ont 
qu^une mode pour être bien y qu'une maniéré 
d'être. Il faut qu'elles foient blanches y com^ 
fleites, bien rangées ; fii tout cela dépend 
en partie de nom-mêmes, 

tes hommes , à peine d'être ridicules * 
ne prétendent point aux agrémeus qui font 
têfervés mx femmes. Mais ils partagent 
m moins avec elles l'avantage de çet ornement 
nécejfaire ; U ne leur eji pas même permis 
d'y renoncer en aucune façon- En effet y la 
beauté des Dents n'efi point affaire de coquets, 
terie , bu une beauté d'opinion accréditée 
par l'envie de plaire. La nature , qui entend 
pien mieux qu'aucun art le bel effet dès 
oppojitions , n'a pas négligé ce moyen pour 
les embellir, Cette blancheur lactée , qui fait 
leur principal agrément , ne tire point feule„ 
ment fou lufire de l'émail éclatant qui les 

mvru iitaù mm ù Iqm cc qui les 



AVE R TÏS SEMENT vl| 

envîrom^'- Ce£ gencives, cmîeur de rofe^ 
àam. ksqueU^s. eji encka0 P ivoire des Dents , 
^ le vermillon des lèvres qui bordent la 
bouche contribuent beaucoup à rendre 
cette blancheur encore plus piquante. Mai^ 
tout ceci n'ejl qu'extérieur. \ 

Quel prix tl attacher oit - on pas à un 
ÿmple ornement de Part , qui pourrait ètrer 
en même tems un înjlrument de la fanté t 
C'efi là précifément Pattribut des Dents. 
Tout le monde' en efl convaincu i tous les 
Dentîjles occupés de la confèrvation de cet 
utile ornements. Pinculquent fans ce^e ^ 
la plupart des hommes femblent Poublien 
Il ne faut pourtant que la plus légère atten-^ 
tion , pour r.econmître que les Dents ^ char.-, 
gées dune des principales fondrons de Pé~^ 
conomie animale ^ font abfolument nêcef. 
fair es à fon entretien-. Ge font les outils- 
qui dîfpofent les: alimens fùlides à pajfer dans 
les organes de- la digeftion elles font par- 
conféquent un des plus importans moyens 
de notre fubJlfîance > car fans trituration 
point, de digeMon , ou digeftion pénible ^ 

% ü 



imparfaite, caufe de toutes les maladies cjul 
proviennent de crudités , oU de la part def 
'aUmens.. Du mauvais état .ou de Tabfeno^ 
des Dents , s’enfuit tôt ou tard Taffoiblijfe-^ 
wénî de'l’ejîomac, qui recevant les aliment 
mal broyés, efi obligé de réunir toutes fis 
forcey, d’employer toute la contention de 
fes mufcleSi pour fuppléer à la trituration’^ 
ilufe par çonféquent fis rejforts, fi relâche.> 
s’affaijfi^ ^ bientôt refufi.une partip de fil 
fervices/ 

Des principes expofês cent fois, & répétés 
.par tous ceux qui ont écrit fur les Dents ^ 
louchent fciblement la plupart .des hornmes, 
0i /ne 'voient qu’un rapport éloigné entre 
ley Dents ^ l’JEfîomac. On ne s’apperçolt 
du befoin que pEfiomac a des Dents , que 
qufwfi celles- ci viennent a nous ^^lanqüer ^ 
pn .fiimagine ri^n ati-delà .des douleurs 
aStmliès qu’elles .caufint , forfqu’elles font 
gâtées ; ii faut pu’elles- fi" rendent fenjîbles 
par .des.maux très'- vifs , pour mus'avertir 
.de réparer notre^négïigeùcé ; àlWs ôn n’bé^ 



AVERTISSEMENT. ^ 

pte point à racheter fon repos par le facrijlce 
\des Dents qui troublent notre fécuritê. 

La difformité que produit vifiblement leur 
abfence, eft aujourd'hui presque la feule, 
phofe qui nous les faffe regretter , & encore 
fe réfout-on trop facilement à fouffrir cette 
difformité , fans penfer aux inconvénient 
qu’elle enfraine ; ou fi l’on fdit réparer det 
pertet que l'on quroit pu s’épargner , c’eji 
ordinairement le plus tard qu’on peut, c’eji- 
à-dire, lorfqu'une partie du mal que le dé^ 
faut de Dents rend inévitable ejl déjà fait,, 
& quelquefois fans reffource; Mais tant 
qu’on ne voudra point comprendre que la 
ipigueur de l’Ffiomac , qui foùtient toute la 
ipiacpme , dépend en partie & beaucoup des 
infïrnmens de la trituration, au moins l’in- 
férêt .d’un avantage extérieur dont tant d’au¬ 
tres font dépendans, quoique fort fubordon¬ 
né à ceiut de l’Eftomac, qui eff le plus ef- 
fentiel, doit - il - nous fendre plus attentifs 
à la-confervation de nos Dents. 

Je n’ai pas befoin de faire objerver que 



sr AVER TIS SEMENT. 

h nature, m fépare point P utilité de VagrL 
ment ; que cet ordre exaéiement obfervê danS: 
tous ces ouvrages y ejî principalement fen~ 
jîble chez , nous I que/h beauté même en 
général n'eji que h jleur de la fanté y ^ 
qu'il ny a point de belles Dents qui y pour- 
remplir toute, leur dejiination , ne doivent 
d'abord, être faines. La plus belle bouche 
dégarnie de Dents perd bientôt fes grâces ; 
les joues que ces petits os foutiennenty. faf-. 
faijfent fe creufent, les lèvres dont plus: 
leur relief jîi leur conjiflancéi le menton fc: 
jîllanne y fe ride y tous les traits font 
altérés. . La vom ne tarde pas à fe reffentir 
de la ruine , des. Dents y la prononciation, 
qui efi en partie leur ouvrage y dénuée de^ ce 
rempart naturel qui modifie & qui répercute 
le fon y. pour le faire fortir plus net y main-., 
tenant abforbée par Pair , efl fauffe , aigre 
^ défjgréable ; Sf comme les Dents fervent 
auffi de digue pour retenir la falive toujours 
prête à S’échapper en parlant y leur vuido 
produit encore des défagrêmens qu'on par^. 
donne à peine à la vieillejfe. 

La propreté des Dents a bien iqutrm. 



AVERTISSEMENT. xi 


avantages que ceux d'en faire remarquer H 
blancheur, & de conjerver V haleine douce, 
la bouche fraîche , & les gencives faines. 
Quand la jalive que Von avale continuel¬ 
lement efi [aie, ce recrêment peut porter dans 
le fang toutes les faletés, ce qui doit pro¬ 
duire plujieurs incommodités , quelquefois 
meme des maladies dont on va chercher 
bien loin la caufe. Certaines maladies des 
gencives peuvent caufer le meme défor dre. 
La matière purulente qui en fort , ou le 
moindre fuintement mal - propre, ainjî que 
le limon glutineux qui s'attache aux Dents 
^ fur la langue quand U Je trouve- viciée 
pajfent dans le fang ^ le faliffent à coup fur. 
M. Quefnay , Médecin ordinaire du Roi, 
dans fon excellent traité des Vices des 
Humeurs , dit que toutes les maladies pro¬ 
viennent de la corruption du fang. Or dès 
qu'on a la Bouche mal ^propre, la falive 
.que Von avale, celle qui détrempe les ali- 
mèns, & toutes les faletés différentes que 
ces mêmes alimens expriment des gencives 
ou emportent dans la mafiication, forment 
enfemble un mauvats cUle , qui a bientôt 
altéré k f(iug. 



Sj AVERTISSEMENT. 

La matwaife qualité des Beats n'entrs 
pour rien dans les reproches que mêriteni 
ceux qui les néglige^. On naît avec des 
Dents fragiles ^ caduques , comme avec un 
Eflomac foible,, avec une confiitution cacor 
chyme. Cet état à la vérité exige encore plus 
de foins ; ^ s'ils n’empêchent pas toujours 
la ruine, des Dents ^ ils fervent au moins à 
l'éloigner. Mais je parle ici principalement 
pour ceux qui , pourvus de trèsbonnes 
Dents, en négligent les avantages extérieurs 
^ les avantages folides. On a fait autrefois 
la fable de- l'Eflomac Êf des Membres : 
ifi l'on faifoit aujourd'hui‘celle de l'Eflo- 
mac & des Denis , b cornbi^fdes torts de 
celles » ci fournir oient de griefi à ij^(h 
mac ! 

L'art heureufement , ejî venu che% nous 
au fecours de la nature , ce qui diminue Us 
inconvéniens d'une perte ineflimable ^ qu'on 
ne peut trop regretter. Les Dents pojiiches, 
invention moderne dont l'époque me paroit 
ignorée , fuppléent prefque en tous points 
aux Dents naturelles. Il efl bien étonnant 



AVER TISSEMENt/ xiij 

fans doute, que ceux qui ont recueilli avec 
tant de foin les découvertes des Modernes 
four les oppofer aux anciennes, n^apnt 
jamais parlé êun art important dont on ne 
trouve aucunes traces dans IHndujirieufe' 
Antiquité. Je finis^ par cette réfiexion , ^ 
j’expofe en deux mots le plan de ce petit 
Ouvrage. 

Toutes mes vues ici Je réduifentî 

1*. A Vattention que chacun^ en plein 
état de fanté ^ doit avoir pour confervet 
fes Dents propres, parce que de leur pro-^ 
prêté dépend prefque toujours leur durée. ^ 

Aux moyens de prévenir les accidens 
ordinaires qui les altèrent extérieurement , 
m intérieurement. 

'3®. Aux foins qu^exigent les atteintes que 
les Dents ont reques, foit pour avoir été 
négligées , fait par les divers accidens qui 
demandent l'œil la main du Dentijie. 



A VER 11 sseM Ê îî ï. 

4°i ^ quelques obfervations fur les Dents 
ArtijîckUeSi 

À dés infiruêiont fûs ~ utilesnm 
.feulement aux pères ^ mères , mais encoré 
à tous ceux qui élèvent dès- Enfans. 

^ Foiîà toute la matière de cet Ouvragé i 
extrait en partie des Recherches fur toutes 
Jes parties de l’Art du DeritîRe, 'que f ai 
publiées Vannée dernière. J'ai voulu faire un 
petit Livre * un LiiDre très-fîîbftancml , qui 
fut portatif i ^ que la cümmodiU du forrndh 
pût faire lire û ceux qui ont bcfoin dlêtre 
éclairés fur les intérêts les plus finjîbtes, ^ 
qui dans Vinjiruêlion ne craignent rien tant 
que VennuL 

Je joins ici quelques notions 0mrûlef4 
qu'on verra bien n'ètre pas mifes dans lé 
àeffein d'étalêr une érudition fuperjlm i mais 
que fai cru pouvoir être tttilés , par la nék 
cejjîté d'injirmre Ceux pour qui tout efi pe0s 
être noitveau dans cetté matières. 



X I. )( 



SOINS FACILES 


TOUR La propreté 

DE LA BOUCHE, 

ET 

POUR LA CONSERVATION 
DES E E N T S, 


NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 

JLiEs dents font les os les plus durs , mais les 
feals qüi foient à découvert, & par-conféquerifi 
les plus délicats, les- plus füjets à s’altérer. Lç 
corps entier de la délit eft expofé à toutes les 
impreffions dé l’air, à toutes celles des ali- 
mens , aux efforts de la maftication , & fou- 
vent à des efforts "étrangers. C’eli à ces divers 
aceidens que l’Auteiir de la nature à voulu pour¬ 
voir, en couvrant les dents d’un émail qui les 
défend d’une partie de leurs atiféintes , & qui 
paraît inaltérable. Mais cet émaif plus dur que 
lé diamant, fans participer jà Loii- incorriiptL 
bilité , s’ufe-comme ce précieux folEle , par le 





2 


Conservation 

frottement inféparable de l’adion des dents. 
II s’altère encore de plufîeurs faqons, ainfî 
que par mille ingrédiens qui enlèvent fon éclat, 
fa blancheur, & quelquefois même fa fubf- 
tance. 

Le corps des dents, fous cet émail, eft fort 
fujetàfe gâter, à fe fraclurer, à s’ufer, à s’é¬ 
branler, pu à fe luxer. 

Les gencives font des parties glanduleufes, 
qui, avec les autres glandes de la bouche, con¬ 
courent à filtrer la falive. Elles fervent encore 
à Xertir & à cônfolider les dents.'X)e toutes 
les parties molles ou charnues, elles font aufli 
les plus.Xujettes .à différentes maladies. Elles 
s’affailfent, fe détruifent, fe confument, & 
leurs glandes-s’obftruent, tant par les difpofî- 
tions intérieures, que par notre propre négli¬ 
gence, _qûelqüefois même par Ips-remèdes dont 
on fait ufage. Car les meilleurs , quand ils 
ne font pas appliqués à l’efpèce de maladie pour 
laquelle ils conviennent uniquement, ou ad- 
miniftrés à propos, loin de produire aucun 
bon effet, ne font qu’agraver le mal. 

Les alvéolés font les étuis où logent les ra¬ 
cines des dents: ils fervent par conféquent à 
Jes affermir fur leur bafe. C^and ils font dé¬ 
truits, la dent n’a plus de fbutieii i elle devient 
branlante & incapable de contribuer à la maC- 
tication. Ai.nfî la confervation des alvéolés n’eft 
pas moins importante que celle des gencives,, 
pette gaine offeufe en bien des perfonnes eft 
fort mince, ce qui fait que leurs dents font 
faibles & ne peuvent faire certains efforts fans 



DBS Dents. 3 

être bientôt ébranlées. Ces fortes de dents exi¬ 
gent donc beaucoup de ménagemens & de foinsj 
la moindre négligence eft irréparable. Pour 
peu- de tartre qu’il s’y amafle, pour peu que 
les gencives fe gonflent, le fang par foh féjour 
fe corrompt , & il altère non - feulement les 
gencives, mais encore l’alveole, qui fe confume 
au fe détruit peu-à-peu. • 

La plupart de ceux qui font dans le cas dè 
ces dents, dont la bafe efl: mal aflurée, difent' 
tous les jours qu’ils ne veulent point faire tou¬ 
cher à leurs dents, parce qu’elles font trop 
mauvaifes, ou trop délicates , & qu’ils n’ofent • 
pas y toucher eux-mêmes. Dans cette idée, 
on laifle amaflèr fur les dents du limon, du 
tartre, fans ofer jamais le faire enlever. Ainli' 
les gencives s’engorgent &• fe gonflent, fans 
qu’on penfe à donner une üfue au fang fuperflu 
qu’elles contiennent. 

Une malheureufe expérience ne fait que trop 
voir l’illufion d’une pareille conduite. Quicon¬ 
que, eft en pleine fanté , ne doit point faire de 
remèdes, il doit feulement s’occuper à la con- 
ferver par un bon régime, ürl malade, au con¬ 
traire, ne peut appeller un trop prompt fe- 
cours î - car s’il lailfe faire à fon mal de cer¬ 
tains progrès, il - ne retirera fouvent aucun 
fruit des meilleurs remèdes. Ceci a fon appli¬ 
cation aux maladies des dents & des gencives. 

On entend dire tous les jours, qu’il ne faut 
point tant toucher aux dents, parce que cela 
les ébranle, les déchauflTe, en ôte l’émail ; parce 
qu’on; connaît plufieurs perlbnnes q^ui ont 
A a . 



4 - 


Conservation 


perdu leurs dents de bonne heure, pour y' 
avoir trop fat travailler -, tandis qu’on en voit 
d’autres qui les ont très-belles & très-bonnes, 
quoiqu’elles n’y falTent prefque jamais rien. 

Je réponds que ceux qui ont perdu leurs 
dents de bonne heure, avoient des dents mal 
cqnftituées , ou de mauvailes difpofitions qui 
en ont occaGarmé la perte. S’ils ont eu recours- 
air dentifte,-^ls l’ont fans doute appelle trop 
tard, ou quand tout ce qu’il était poffible de 
faire humainement pour eux, était d’en retar, 
d^r la ruine. Lorfqu’on s’adrelfe à un bon den- 
tille, il n’y a rien à craindre des. différentes, 
opérations qu’il peut pratiquer fur les dents, 
tout çe qu’il fera tant à leur confervation. 

■Les dents mal difpofées ou mal rangées ne ' 
fe trouvent pas placées au milieu du corps de . 
la-mâchoire5 elles penchent en-dedans ou en-':, 
dehors j & alors le contour offeux de la raci¬ 
ne, d’où dépend la foiidité de la dent , eft bien 
plus foible du côté de fa pente : ainff la dent 
eft bien moins folide que quand elle eft dans 
fa Gtuation naturelle. Or peut-on imaginer ’ 
qu’une dent'bien remife en fa place, dans un-: 
âge propre à entreprendre une pareille opéra¬ 
tion, en foit plus foible ou moins.folide, lorf- 
qu’au contraire il eft évident qu’elle acquiert 
ainG plus de force & une meilleure conGften- 
ce? Il eft vrai que les premiers jours la dent 
eft néceffairement ébranjie par la dilatation 
faite à l’alveole j mais peu-à-peu toutes les par¬ 
ties qui renyironnent le refferrent, de façon 
que le vide qu’elle a laiffé du côté de fon an-, 
A 



DES D e n t s.' ç 

cienne pente fe trouve rempli, & que la par¬ 
tie ofleufe fe fortifie en s’épaiflilTant. 

. Les dents trop longues ont encore moins de 
force du côté dès racines que les dents coüf- 
tés:, & ellesvfont aifément ébranlées.- On ne 
peyt donc leur-redonner la folidité convena¬ 
ble'qu’en les racoarciflant beaucoup avec la 
limer Croira-t-ôn que cette opération leur 
fafle du tort i quand l’expérience montre le 
contraire? ;r>i . ;r . . “ r* 

Les dents gâtées i dans leurs - fnterftices pé- 
riffent; fi l’on, n’a foin d’emporter exademént 
avec, la limé toute la partie altérée. Or cette 
opération n& faurait fe faire dans la face'de 
ces iuterfticcsi-fans qu’on n’empbrteinon'feu¬ 
lement l’émail , -mais même une partié du corps 
de la dent malade. Ce qu’on a -fett^anché dé 
cette jdent n’empêche pourtant point <iü’elle ne 
dure encore :plus que nous, &’elle né périt ja^ 
mais par-là. Les exemples en font fi communs, 
qu’il n’eft plus permis d’en douter. 

On ne comprend point affez combien lՎ 
mail des dents eft précieux. Cette admirable 
incruftatioii orne pÆoüeliê'par fa feule blan¬ 
cheur ; elle garaD|iVla;deiit de l’impreffion con¬ 
tinuelle de l’air par fa dureté c’eft encore 
la partie la plus proprekà moudre ou à broyer 
les alimens. La dent" eîf comme ferrée par l’é¬ 
mail; & lorfqu’il manque à l’extrémité du corps 
des molaires , ces dents s’ufent bientôt par leur 
frottement réciproque. 

Les dents dépouillées d’émail font jaunes & 
défagréables ; mais il ne faut pas croire que 
A 3 



f C Q: N: s E R y A T 10 N 


ce foit en^ôtant le tartre qui s’y attache qu’on 
peut le détruire. Il eft à L’épreuve du fer, & 
l’inftrument n’y faurait mordre. Il faudrait 
qu’un dentifte ( s’il en était .d’aflez mal inten¬ 
tionné pour cela) s’armât de patience pour le 
détruire. Six mois de tems ne fuffiroient pas 
en y travaillant une heure par jourî an lieu 
que l’on voit quantité de perîbnnes le détruire 
aifément elles-mêmes en très-peu de tems par 
certaines drogues, ou par les foins mal enten¬ 
dus qu’elles donnent à leurs dents. • 

- Lorfqu’uii dentifte ne trouve rien fur les 
dents ,, il n’y pôrte point le fer,j il fe conten¬ 
tera, d’y palier un peu de poudre , lî elles font 
ternies ; aijifi:c’eft fort mal-à-propos qu’on re¬ 
doute .tant ]a main du dentifte. Mais Ci on ne 
peut furmotiter de vaines frayeurs, il faut donc 
ohferver ce que nous prefcrivons, pour n!être 
point obligé jd’y avoir li Touvent recours. > 



. i33fîOr 



m 


desDents.^ 7 



CHAPITRE 1. 


Pes caufes qui gâtent les dents ^ ^ des moyens 
de les p-évenir, 

^^üand on confîdère la dureté des dents , il 
femble que ces petits os devroient être les, 
moins fujets à s’altérer j cependant c’eft tout, 
le contraire, & la raifon en eft évidente. Tous 
les autres os (ont généralement enveloppés de 
parties charnues j & lorfqu’il en refte quelqu’un 
peu de tems à découvert, il fe defleche, on 
fe carie promptement. 

L’émail don^ les dents font revêtues ne fuffit 
point pour les garantir desampreiîîons du fi’oid; 
& du chaud. Or ces itnpreffions congèlent 
ou coagulent les liqueurs qui circulent dans les 
dents; elles y forment des obftrudions quL 
les décompofent, les, mollifient ou les minent 
peu-à-peu. D’ailleurs le tiflii de la dent eft bien 
plus ferré que celui des autres os; ainfî leurs 
vaiffeaux: étant- bien plus à l’étroit, il s’y for¬ 
me plus aifément des embarras & des obftruc- 
tions, fur-tout quand quelque liqueur y eft 
portée trop froide ou trop chaude, ou quand 
les fibres offenfées s’affairent par quelque effort 
que ce foit. 

Si les fucs que charient les vaiffeaux den¬ 
taires font trop épais , ils s’arrêtent, & fe cor- 
ïompant par leur féjour, ilsaffeélent bien plutôt 
A4 



C ON s E R V A T I O N 


la deritj mais’ elle eft encore plus promptemenfe 
gâtée, s’ils font eux-mêmes alFedés de quelque 
vice, ou fî la dent-mèrne en s’organifant & en 
s’olîifianc s’eft trouvée rnal conftituée., 

• Les dents des pèrfonhes qui ont été nouées j 
ou qui ont eu quelque maladie dans les tems 
qu’elles n’avoient pas encore de confiftence, 
non-feulement font difformes & rempjies d’af- 
pérités à leur furface, mais fe gâtent encore 
ordinairement peu de tems après leur fortie f 
& les greffes molaires y font les plus fujette's. 

Lorfqu’une dent fe gâte, la dent parallèle 
du côté oppofé fe gâte aflez fouvent dans le 
même endroit, & avec la même fymétrie. Gette 
efp'èce de fyrapâthie me paraît avoir une caufe 
fort fimple. Comme toutes les dents parallèles 
s’oflîfient d’ordinaire ehfemble fuiVent les 
mêmes progrès, elles font fufceptiblès dés mê¬ 
mes impreffions & des mêmes engorgemens. 
Æinfî pendant rofîification , le principe de la 
maladié commune aux dents du même ordre, 
s’eft porté aux mêmes endroits, & il y fait plus 
ou moins de ravage, fuîvànt la qualité de l’hu¬ 
meur. • C’eft ^ ce qui fait que quand üne dent' 
fe trouve marquée de quelque' tâché-jaune bu' 
noire , la pareille de l’autre côté -a-'prefquè tou-- 
jçürs'là'même marque. : ; • ^ 

• Les dents- fe gâtent auffi, qûatfd' êlîés- font 
trop ferrées, .parce' que par leur‘preffiqh récL 
proque dans l’aclion des deux rnâchpirès, les’ 
fibres ôftéufes 's’âffaiTéiit'dans'leürs"interftices, 
& que lé fluide n’y circüle plus librement. Les* 
dents de-devant à la mâchoire fupérieuré fonf' 



D ErS D E N T sJ cS! 

tirès-fujettes^ à fe gâter dans leurs'înterflices-ÿ 
tant parce ^ qu’elles font ordinairement trop 
prelfées, que parce que l’air froid pu chaud 
frappe plus ces dents-là que les autres.: ' ^ 
La carie provient d’une infinité d’autres çaïfe 
fes internes OU: externes. c,: . 

- -Les caufes internes les plus commune^font, 
tous les excès,fie la bouches Lufage fies ah 
mens qui font un chile imparfait/ou trop abon 
fiant; l’excès du fommeil & des veilles ; une 
vie trop fédentaire ou trop agitée; enfin tou^ 
tes les paflîons capables d’altérer fia: fiigeftioai: 
d’aigrir ou d’altérer^autrement la mafle du iang* 
de produire des obftruclions ;. de ralentir des 
fecrétions; & les excrétions qui doivent fe. faire 
journellement, & d’opérer d’autres defordreâ 
dans l’économie animale; ' -fij 

.J Lés dents; des. pituiteux & des pléthoriques 
font auffi fort.fujettes à fe gâtJKr.,-&: s’éhraW. 
lent " facilement: Les: femmes?.-pendant ;fieurs 
grolfelTes y font plus expofées qu^eartout au-; 
tre tems , par l’abondance rdnfang,qui e&alors 
rétenu chez elles.;: Lôrfqu’eiles: cceireàîr: d’êtro 
r-églées , leurs dents fe gâtent auffi très - fou-, 
vent:;' ou-s’ébranlent par les fréquentes fluxions 
qui fe; jettent alors fui* les gencives.;. 

‘;;.Ceiles. dont le lait n’a pas bierirpris fon cours 
durant; leurs couches^ fen forte qufiî en-féjourné 
une: pârtté'chez, elife;; ;ont une fanré’forti chan- 
cèlantb , Si fouviiitileuisi dènts afe; gâtent aod 
ébranlent’ par fi^; fluxions quexette humeur 
îailæufeoccafionne;'; ;;; ‘î' - - -j: 

Les dents fontæncarè.altéréesi'-paçfia-.petit^ 



ÏO C 0-N s E R V A T 10 ÎT 

vérole, lorqü’elle eft maligne, '& par d’autres 
maladies de cette nature. 

Les caufes externes qui altèrent, & qui en¬ 
fin dégradent les dents, font en- très - grand 
lîombre. ^Les plus ordinaires, comrrie je l’ai 
dit, font l’ufage des âlimens trop froids ou; 
trop chauds J des diverfes impreflions de l’air, 
tous les elForts que l’on fait-faire aux dents 
& qui en affailTent les fibres, ou même eiï 
font quelquefois éclater le corps, les vapeurs 
de l’eftomac & des poumons, qui en s’élevant 
forment un limon fur les dents , les reftes des 
alimens qui féjournent dans leurs interftices & 
qui s’y corrompent. 

: ■ Il eft encore^ tfès.nuifible aux dents de trop 
fe dégarnir la tête, & de s’expofer au ferein , 
ainfi que de dormir la tète nue ou trop peii- 
couverte: de-là proviennent bien des fluxions. 
D’autre part les dngrédiens dont on ufe pour^ 
fe conferver les dents, leur font quelquefois 
trèsmuilib3es.'‘j : : 

ê : Il en^éû de'niême de certains remèdes que 
ïon employé pour en calmer la douleur , tels 
que l’encens, l’eau forte^ & pareils cauftiques 
qui gâtent toutes les dents qu’ils touchent;.ce' 
qui fait voir qu’il ne faut point faire de 
mède qui ne foit approuvé ou prefcrit par un 
dentifte expérimenté. L’ufage exceffif des fu- 
creries contribue auffi à la deftfudion des dents. 
Les perfonnès qui habitent des endroits hunii- 
des, aquatiques ou marécageux, ou qui boivente 
des eaux trop crues, ont rarement les dents 
&ines , bu. font fans fluxions.. ; : . : 



D E s D E N T S. If 


C H A P I T R E I I. 

Trécautîms à prendre potir empêcher-que les dents 
. ne fe gâtent par quelqu'une des caufes qu'm 
vient d'expofer^ ■ :»; vi3 

Il faut d’abord tous les matins enlever le.l£» 
mon qui s’èft dépofé pendant: le fonimeil fur 
les dents, & l’ôter aifez' exactement pour qu’il 
ne fe forme point de tartre:au-Lorjdjidesj gen-i: 
cives. Après le repas, on. aura-foin;d^ôtec 
tout ce que, les alimens peuvent avoir *iaiffe 
dans les{interftices des dents. / - 

On doit : être fort réfervé dans l’ulage deJ 
fucreries, & lorfqu’on en a^mangé, poiir-en^- 
lever je fuc rvifqueux qui .s’attâche anx dents 
& dont i’àçidité les gâte, il s’agit-de.sbien'fe 
rincer la rbQuehe avec de l’eau tiède. ; h : ' 

• Il faut- encore abfolument i s’abftenir de -.cafï 
fer avec' les/dents rien- de tr<ÿp dur. Mais ce 
qu^on ne peut'trop recommander, c’eft de.ne 
fe jèrvir. Jamais nf'd’enoens , ni d’aucune H-, 
queur rck.ûftiftue, fous quelque prétexteique/ce. 
foit , non plus que d’aucune des drogues? qüe, 
débitent les charlatans,' foic.fiour’fe nettoyer 
les dents, fait pour ajfern^iç les gencives, fait 
poqr calmer les douleurs qu’eiles peuvent pro¬ 
duire., rJ-Ç mets au nombrejde.ces drpgues plu- 
fieurs vinaigres pour tes dcntS; qui fé diftfi- 
huent à :P^is., .Ges; ; vippgpes^ ; dcflechent les 




12 


C G Îî S E R V A T ï‘ O N 


iïents, les jauttiflent à la longue , procîuifetit 
Ibuvent des obftrudions aux gencives, font 
crifper les.‘vailTeaux & les racorniffcnt. Il faut 
donc être bien en garde contre tous ces dijffé- 
rens^,vinaigres & confultér fon dentifte , pour 
fevoir fî la nature des- dents ou celle des gen¬ 
cives permet d’en faire quelque ufage, 

^ Il y a d’ailleurs, pour éviter la perte au l’al¬ 
teration des dents, certaines précautions à pren¬ 
dre qu’on ne peut trop inculquer. ■ 

•. Il s’agit premièrement de ne point s’expofer 
énfortant d’un lieu chaud à un air trop froid, 
làns avoir la tête bien garnie j il elt bon même 
de ie-mettre un peu de coton dans lés oreil¬ 
les. 2 ^. De ne point s’expofer âu' féreîn , de 
ne pas dormir la tête iiue ou trop-peU garnie,- 
fe'd’év.iter:les vents coulis, ainfî qüé les lieux 
bumides'ou marécageiiX. 3 ®. Quand on féjourné 
dans un endroit où les eaux font crues-, & 
qù’on'ée^peut en avoir d’autres j il faut fairé 
chauffer l’eaü qu’Ori ; boit j ufquès à- certain 
èegvé y é&n qu’èllïT' foit-moins' préjudiciable 
sax'dents. Voilà les foins qu’on-^eûl pref- 
ériré-' polir fe garantir^ des caufës -ê'xtériëureg 
qiii 'gâtent> les dents': paflbiïs aux-moyens- dd 
prévenir les caufes intérieures’ de leurs nia-* 
fedfesgÿ:- i -v: r-: ^ 

"jî>£a-ptemiere -chofe’ à ob'ferver'pour la con- 
fërva&ioti dés délits r ' àlrifî'que pour la fante 
du cotps'V eft uri^boiï ïéginieî de fô^fôbridfé-^ 
dés-aKmens fâins- ^&^de' facile' digèftidn 
lai'barë de ce régirrib. ’ G’e'ft la maftîcât-iôn -qùil 
plépar0^4a digqflâoife^dés'alîmens î il fadt -dOh# 





DÉS D E N T S. 

les bien moudre & les bien Broyer avant que 
de les confier à l’efiomac, afin qu’il s’en formé 
un chîle doux, fluide, & qui pafle dans le fang 
fans obftacle, pour nourrir & vivifier toutes 
les parties du corps- 

(^and les alimens ne font pas fuffifamment 
broyés, l’eftomac ne faurait les cuire ni les di¬ 
gérer convenablement. 

Il faut éviter fur-tout de le furcharger d’ai 
iimens & de lui rien donner d’indigefte-, au¬ 
trement le chile qui en réfùlte eft imparfait, 
& chargé plus ou moins de parties fales: 4f 
devient par conféquent la fource de différentes 
maladies. Or les dents né tardent pas à s’enr 
reflentir, foit-par la corruption du fluide qui 
circule dans leurs vailTeaux, fbit par l’effet 
des vapeurs qui s’élèvent de l’eftomac & des 
poumons, foit par l’âcreté de la pituite , ou 
par la vifcofité & répaiftiffement de la faliveî 
toutes difpofîtions vicieufes fiont fè formé; 
un limon acide qui gâte & qui ébranle les 
dents. 

Le moyen de les éviter eft de faire un exer-;^ 
cice modéré , de ne point trop veiller ni trop' 
dormir, de modérer fes paffions, de ne point 
furcharger fon eftomac, dé bien mâcher les* 
alimens, afin que la falive ait le tems de les 
pénétrer, de ne point prendre dé difficile di- 
geftion i enfin de ne point • ufer avec excès dé 
laitage, de légumes, ni-de poiflbns falés, parce' 
que ces fortes d’alimens ne prpduifent pas un 
bon chile. ' 

Ceux qui fe trouvent attaqués de quelque» 



14 Conservation 

afFedio.ns fcorbutiques ou de quelque autre 
vice particulier, doivent promptement travail¬ 
ler à les détruire. Certaines perfonnes dont 
l’eftomac ne fait qu’imparfaitement fes fonc¬ 
tions & dont la fanté eft fort chancelante , 
ont. ordinairement les dents & les gencives 
en mauvais état. Dans tous ces cas, il ne 
faut point différer à fe mettre entre les mains 
d’habiles gens dont on ne manque point à 
Paris. : ' 

Les perfonnes ou répletes, ou .cacochymes 
fie doivent point négliger les remèdes que de-, 
mande la nature de leurs indifpofitions. La 
faignée , par exemple , eft de tems en tems 
néceftaire aux femmes enceintes, tant pour la 
confervation de leur fruit, que pour leur faire 
fupporter plus aifément le poids de la groflef- 
fe, & pour empêcher que le fang raenftruel 
^ui fe dépuroit avant la groiTelTe & fe trouve 
retenu chez elles, ne fe porte aux dents & ne;, 
les gâte. . r 

Les femmes dont après leurs couches le lait 
n’a.pas bien pris fon cours, doivent confulter 
un bon médecin où un habile chirurgien pour 
fe débarralTer de cette partie laiteufe qui altère 
à la fois & la faute & les dents. 

Celles qui ceifent d’être réglées ,' étant par¬ 
venues à ce tems critique, doivent aufli de 
tems en tems fè faire faigner & purger, pour, 
empêcher que le fang ne fe porte aux dents 
ou aux gencives, n’y caufe des fluxions Sc n’é¬ 
branle les premières. Dans les petites véroles' 
malignes & autres maladies, humorales, aulE- 



_ D E s Dents. iT 

tôt que la faute le permet , même avant 
qu’elles caufent aucune douleur, il faut faire 
vifiter fes dents, pour arrêter certains ravages 
que ces fortes de maladies y font. 

Lorfque, pour n’avoir pas voulu s’aflujet- 
tir à aucun régime , ni prendre la rnoindre 
précaution, ce qui n’eft que trop ordinaire, 
le défordre qu’on pouvoir éviter s’eft mis dans 
la bouche, il n’y a plus qu’un moyen pouç 
conferver fes dents , c’eft d’y apporter uft 
prompt remède , avant que la carie ne dé. 
couvre le canal dentaire qui eft occupé par 
le nerf : car pour peu qu’on néglige cette ma¬ 
ladie , elle fait des progrès fi rapides , qu’a- 
près avoir caufé bien des maux la dent périt 
fans reifource. 11 faut donc faire vifiter fou- 
vent fa bouche par fon dentifte , pour le met¬ 
tre à portée de remédier aux moindre défor- 
dres qui peuvent furvenir, foit aux dents, 
foit aux gencives. 




Î6 


Conservation 


CHAPITRE 11 L 

■Dés maladies ^ autres catifes qui altèrent la 
blancheur des dents. 

pLufieurs caufes altèrent la blancheur des 
dents & en temürent l’émail: telles font prin- 
<JÎ|3alément toutes les maladies violentes où il 
ÿ a de la malignité & de la putréfaction. C’eft 
pourquoi dans ces maladies les dents devien¬ 
nent ordinairement noires ou jaunes -, mais 
après la guérifon elles reviennent dans leur 
blancheur naturelle, fi l’on a foin de les faire 
nettoj^er. 

- Les dilFérens remèdes dont on ufe intérieu¬ 
rement dans quelque maladie que ce foit, tou¬ 
tes les eaux ferrugineufes ou minérales , &c 
fur - tout les fels qu’on y mêle terniifent les 
dents j mais on en rétablit aifémenc la blan¬ 
cheur avec de bonne poudre. Certains éli¬ 
xirs , ou certaines eifences dont fe fervent 
quelques perfonnes., foit pour raifermir leurs 
dents ou pour fortifier leurs gencives , foit 
pour en calmer la douleur , contribuent aufiî 
plus ou moins à tornir les dents , fuivant la 
nature de leur compofition. Cependant lorf- 
qu’il n’y eft point entré d’ingrédiens caufti- 
ques ou corrofifs, on ôte parefilement fans 
peine avec la poudre ou l’opiat la cralTe qu’ils 
ont lailTée fur les dents. 

L’ufage 




DES D E îï T S.' 


■17 

ÜuFage de certains alimens, altère plus oit 
ftioins la blancheur des dents, fuivant leurs 
qualités. 

Les perfonnes qui ont l’habitude de fe rincer 
la bouche avec du vin rouge-pur, ou avec quel¬ 
que liqueur fpiritueufe , s’expofent aux mêmes 
inconvéniens, C’eft pourquoi loriqu’on fe fert 
de vin, ou de quelque liqueur force pour les 
gencives , il faut enfuite fe bien eifuyer les 
dents, & avoir recours a la poudre ou à i’opiat, 
quand la craife 11e peut êtrb enlevée par le frot¬ 
tement. 

Ceux qui Fument ou qui mâchent du tabac 
pour leur fanté, ou par fimple habitude, ont 
ordinairement les dents noires ou jaunes i & 
l’on ne peut gueres recouvrer leur blancheur, 
qu’en renonçant à la pipe ou au mâchicatoire, 

Une habitude infiniment plus dangereufe, 
c’eft d’ulèr de certaines poudres , ou de cer¬ 
tains opiat Gompofés de purs corrofifs , tels 
qu’en débitent les charlatans. Ces pernitieufes 
drogues, après avoir donné quelque éclat peu 
durable aux dents, non feulement leur ôtent 
enfuite fans refour ce leur blancheur naturelle, 
mais encore les détruifent infailliblement. 

Le blanc que l’on met fur le vifàge gâte aufii 
les dents de plufieurs façons. Il fe forme fur 
la dent, au botd des gencives , une noirceur 
qui commence par la ternir, qui enfuite la def- 
îéche & en brûle l’émail, û on n’a l’attentioai 
de la faire ôter à mefure qu’on en voit le moin¬ 
dre veftige. 

Au reâe , quelque foin qu’on prenne pous 



Conservation 

conferver Tes dents blanches, il faut obferver 
que leur blancheur dure plus ou moins fuivant 
leur qualité naturelle, & la fanté dont on jouit. 
Il y a d’ailleurs plufieurs degrés de blancheur 
qui font l’ouvrage de la nature, & que l’arc 
peut changer. L’émail des dents, à un certain 
âge, perd néeelîaireraent de fa blancheur. 

De toutes les caufes qui ternilieiit les dents, 
les plus communes font le limon, & le tartre 
qui en eft formé. Ce tartre les couvre fouvent 
d’une efpece de vernis ou de croûte épailTe qui 
ell dégoûtante: pour faire reparoître la blan¬ 
cheur de la dent cachée fous cet enduit jaune 
ou noir , il faut avoir recours à la main dii 
dentifte. 

^ Les dents, malgré leur utilité, fi fenfible» 
&. dont chaque inftant marque l’évidence, oc¬ 
cupent peu notre attention. On les laide com¬ 
munément aller au gré de la nature, fans pen- 
fer aux inconvéniens fans nombre qui fuivenc 
ou accompagnent leur perte. Si l’on a quelque¬ 
fois recours au dentifte, c’ait prefque toujours, 
à TeXtrêmité, lorfqu’il n’y a plus de remede,. 
ou qu’on peut tout au plus éluder pour très- 
peu de tems le facrifice de ces dents ; enforte 
que malgré lui le dentifte eft bien moins oc¬ 
cupé de leur confervadon, qu’à en déharraifer 
promptement ceux qu’elles font fouffrir. 

• Le plus prompt effet de cette négligence , eit 
]a formation du tartre , qu’on a autrement nom¬ 
mé chancre , parce qu’il ronge non feulement 
les gencives, mais encore les alvéolés, & la 
-ff.embran.e qui recouvre la racine des dents» 



b E s t) E T s; 1 ^. 

Or, comme ce font toutes ces partiæ qui les 
maintiennent fermes & folides, îorfqu’ellesfont 
dét ruites conjointement ou féparément, les dents 
deviennent chancelantes, & tombent bientôt, 
faute de foutien, quand on néglige d’y appor¬ 
ter les foins convenables. 

Le tartre fe forme par couches du limon 
gras & vifqueux qui s’attache fur les dents, 
quand on néglige de l’enlever tous les matins. 
Ce limon provient de piufîeurs caufes : de cer¬ 
tains alimens qui s’attachent aux dents, d’une 
falive épaiife ou viciée, de mauvailès digellions , 
de certaines pituites , des maladies & quelque¬ 
fois des remedes mêmes dont on ufe, A raèfu- 
re que ce limon fe durcit, il fe change en tar¬ 
tre ; il augmente peu-à-peu de volume pàr de 
nouvelles couches qui fe dépofent fur la pre¬ 
mière,- il s’iuerurte énfuite, & il fe maftfquè 
à un tel point fur les dents,'qiihl s’en trouve 
quelquefois d’un volume énorme. 

À un certain âge 8t dans la vieilleife, oiî 
efl: ordinairement plus fujet à contracter du 
tartre. Î1 n’eit pourtant point rare de voir au 
jeunes gens des dents qui fe couvrent de-tartre à 
mefure qu’elles iortent des gencives j mais alors 
il provient des difpofittous', 8c des vices donc 
nous venons de parler. 

Par quelque caufe qu’il foit produit, & dans 
quelque cas que ce foit, auiîi-tôt que ce eorp^ 
étranger s’elî accumulé fur les dents, il fau.c 
promptement l’enlever; auireraeiic il fait fur 
les gencives une telle impreilion, qu’il empê¬ 
che ie retour des liqueurs, qui-par leur féjour 



îto CoNSERVA-TIOÎ? 

fe corrompent & détruifenttôt ou tard» com¬ 
me nous l’avons dit, les gencives, l’alvcole, 
& le périofte qui couvrent la racine de la dent. 
En effet à mefure que le tartre augmente de 
volume, il gagne de plus en plus les gencives, 
qui s’engorgent par fa préfence , & fe gonflent 
enfuite peu-à^peu. Alors le fang ou la limphe 
féreufe qui les abreuve, s’épanchant par la 
rupture des vaiffeaux, la membrane de la ra¬ 
cine delà dent fe gonfle, dilate l’alveolc , & 
le fluide qui s’y répand y croupi j ainfî tout 
fe détruit à la fois. Les gencives auparavant 
fermes & folides, deviennent flafques , fon- 
'giieufes, & charnues; les alvéolés s’amoliffent; 
les dents, deviennent douloureufes & branlan¬ 
tes. Cependant tant que ces parties ne font 
pas entièrement appauvries ou détruite*, en 
ôtant parfaitement le tartre, & en évacuant le 
fluide dont les gencives & les alvéolés font 
également fubmergés, on peut raffermir les 
dents. Mais fi on le diffère trop, le tartre s’at¬ 
tache tellement de jour en jour , & fait de tels 
ravages, que fouvent il n’y a plus moyen de 
fauver la dent; parce que tout ce qui la fou- 
tient fe trouve détruit fans reffource, & que 
pous ne fommes point créateurs. 

Les dents ainfî déchauffées ou déracinées, 
non feulement fon difformes par leur feul ak 
îohgement, mais refufent même le fervice. 



DES DentsT 




CHAPITRE IV. 

Def maladies des gencives , ^ des alvéolés. 

T*Outes les matadfes des gencives font pro-’ 
duites par des caufes internes, oü externes, 
qui leur font communes avec les dents. Les 
caufes externes, font un limoii âcre & corro- 
fîf, l’abondance du tartre, une falive viciée , 
certaines drogues dont on fe fert, les coups, 
& les chutes. On peut y ajouter toutes les ma¬ 
ladies des dents qui influent plus ou moins fur 
les gencives. - 

Les caufes internes, font auffi les mêmes 
que celles qui font périr les dents ; un mau¬ 
vais chile , le vice ou la trop grande abondance 
du fang ou de la limphe une plénitude d’hu¬ 
meurs, le fcorbut, bu quelque autre vice in¬ 
térieur. 

Ces différentes maladies ont reçu différens 
noms , luivant les divers fymptômes fous let 
quels elles fe manifeftent. De-là, le gonflement, 
l’excroiflance, & les fungofîcés des gencives; 
de-là l'Epoulis , ainfî qu’on appelle leur excroiC. 
fance extraordinaire, le Paroulis, omhcès d’un 
certain volume, les fiffcules, ou autres ulcères,' 
les bubes, ou petits boutons ^ui s’élèvent fur 
les gencives des dents gâtées , ou fur celles où 
l’on aura reçu quelque coup dans fa jeuneif®., 
enfin les petits chancres, Sc les aphtes. 

B S 





is,% C O .N. s s R T A T ï O ï? 

. La folidité des dents ne dépend pas feulé- 
inent des gencives, mais encore des alvéolés, 
ou des gaines offeufes où-font encadrées les 
racines des dents. Car quand les alvéolés font 
détruits, quoique la genciveJubfifte , la dent 
eft fî ébranlée, qu’elle eft très incommode &; 
même douloureufe. On ne fauroit donc travail¬ 
ler à la confervation des gencives, ou l’on ne 
pourvoye en même teros à celle des alvéolés.. 

Les gencives ne peuvent guères être mala¬ 
des , que les alvéolés ne s’en reifententj Bc 
quand les alvéolés font détruits, les gencives 
ne reftent pas long-tems dans leur état naturel: 
elles fe retirent, elles fuppurent, & les racine.s 
des deiKs qui fe trouvent dénuées de leur gaine 
offeufe 3 & dépouillées de leur période, devien¬ 
nent alors un corps étranger à la genciv^-e, elles 
ne peuvent plus s’y attacher. Ainfi ùn défordre 
en entraine une,autre: quand l’alveole eft dé¬ 
gradé, la racine eft bientôt deiféchée , & la 
gencive dégarnie eft Safque.& ne fertit plus la 
dent. 

C’eft ici l’endroit de dire quelque chofe des 
maladies des alvéolés, & des caufes qui les pro- 
duifent. 

Les alvéolés font les contours, ou les lames, 
ofleufes , qui forment les cavités pratiquées 
dans chaque mâchoire , pour y enchaffer les 
dents. Ce font comme autant de chatons qui 
reçoivent les ^.cines des dents , qui les re¬ 
couvrent & par couféquent qui les maintien¬ 
nent fermes & foiides. Ces contours oiTcux font 



© E s D E N T S« 

à leur tour recouvert par les gencives qui vont 
à leurs extrémités s’attacher au collet des dents, 
endroit où finit la racine, & où le corps de 
la dent commence. Ainfi la gencive s’applique, 
& par le moyen, des petits vaifTeaux fe colle 
fur les alvéolés, à-peu-près comme une peau 
de chagrin s’applique fur l’étui de boi qui fert 
de gaine à un inftrument. 

Les alvéolés font fufc^ptibles de. carie com¬ 
me les dents mêmes, mais plus rarement. Les 
caüfes ordinaires de cette maladie font, ou un 
vice fcorbutique , ou un vice particulier fort 
commun , ou quelque dépôt produit d’ordinai¬ 
re par une dent gâtée , dont la matière viciée 
a féjourné trop long-tems dans cette partie. 

Les alvéolés font encore fort fujets à fe con- 
furaer & â fe détruire, à-peu-près comme les 
racines des dents de lait, fans qu’on fâche ce 
qu’en deviennent les veftiges. C’eft ce qu’on 
peut fur-tout obferver, quand les racines, fq 
déchauffent, & dans la fuppuration des genci¬ 
ves. Leur fuintement, qui eft très-commun,, 
eft ordinairement caufé par l’engorgement de. 
ces gencives , où le fang par fon féjour fe cor¬ 
rompt , ou par une limphe âcre & corrofîve 
qui en abreuvant ces parties les mine peu-à- 
peu, ou par un limon très-acide , ou par la 
feule préfence du tartre. 

Ces différentes caufes font plus ou moins 
de ravage, félon la qualité des alvéolés , & les 
difpoGtions du fujet. Les alvéolés, & les doi- 
fons intermédiaires qui occupent les interval- 
IfiS des racines s’amolliffent quelquefois , & de- 
B 4 



â4 Conservâtïok 

viennent d’une fubfiance charnue ; ce qui ar¬ 
rive dans certaines afFedions fcorbutiqiies. Cee 
amollilfement provient de la ftagnation du fang, 
ou de la liniphe féreufe qui fe trouve infiltrée 
dans les gencives. Aus perfonnes replètes & 
pituiteufes, l’ébranlement des dents commence 
par le définit des gaines oireufes qui ont été 
alFedées'par quelques-unes des caufes , que je 
viens de décrire , & q’ui périlTent 11 on ne veil¬ 
le continuellement à leur confervation. 

Les vieillards perdent d’ordinaire par l’ébran¬ 
lement, les dents qui ont échapé à la caries 
& c’eft prefque toujours ici l’alveole qui man¬ 
que, parce que le fluide qui circule dans cette 
partie n’a plus la même qualité, foit que le 
cours en foit plus lent, foit qu’il n’y ait plus 
aflez de fuc nourricier, ou foit qu’il foit appau¬ 
vri de quelque autre manière. Quelle qu’en 
puifle être la caufe, il eft certain que dans la 
vieiileffe les racines des dents font communé¬ 
ment dégarnies , tant du côté de l’aiveole, que 
de celui des gencives, & qu’elles font par con- 
féquent peu folides. Je me difpenfe d’entrer ici 
dans le traitement rigoureux de ces fortes de ma¬ 
ladies, attendu^qu’elles font du reflbrt des gens 
de fart les plus expérimentés. Comme je n’é¬ 
cris point pour eux, je ne parlerai que des ma¬ 
ladies où l’on peut remédier fof même , ou faire 
remédier aifément. Ceux qui voudront des inf- 
trudions plus étendues que fur Iss différentes 
maladies, tant des dents, que des gencives,, 
pourront confuker l’ouvrage que j’ai donné l’an¬ 
née dernière. 



DES Dents; 


27 


CHAPITRE V. 

Soins que l'on peut apporter foi-même aux âents 
gâtées., tant pour les conferver , que pour en 
éviter la mauvaîfe odeur ^ ^ pour avoir la hou-- 
che propre. 

que l’on s’apperçoit qu’une dent 
eft gâtée , il faut y faire remédier avant qu’elle 
fe faffe fentir. Lorfqu’elle l’eft au point de faire 
mal, & d’incommoder en mengeant, on doit 
mettre tous les moyens en ufage pour tâcher 
de la conferver; & je puis aifurer qu’avec de la 
patience on en confervera/beaucoup. 

Un dentifte eft toujours repréhenfîhle, quand 
il fe preffe d’ôtex une dent, qui quoique gâtée 
n’eftpas fans reifource. Il ne doit en venir là, 
qu’après avoir mis eh ufage tous les moyens 
qui nous font coqnus pour détruire les nerfs 
qui font à découvert. Il y a bien plus de mé¬ 
rite à favoir conferver une dent, qu’à la favoir 
bien oter. Il eft auffi plus fatisfaifant d’être re¬ 
gardé comme confervateur , que de palfer pour 
deftrucleur d’un inftrument précieux, dont rien 
ne peut racheter la perte. Perfoniie ne s’eft plus 
attaché à ménager toutes fortes de dents, & 
n’a mieux mérité le nom de âentifie conferva- 
teur, que le célèbre M. Capperon. . 

Les perfonnes incapables de patience, qui 
voudront plus promptement faire périr le nerf 



55 C O N S E R r A T I 0 ïî 

de leurs dents, auront alors recours au dentîC- 
fe, & celui-ci détruira le nerf de la dent ma¬ 
lade , foit en la luxant, foit en piquant le nerf 
même, foit par le moyen d’un petit morceau 
de coton, qu’il portera par gratktion dans le 
canal où palTe ce nerf pour le comprimer. Quant 
aux perfonnes qui ne font point à portée de 
recevoir aucun fccours du dentifte , elles peu- 
%'ent, fi elles en ont le courage, faire elles- 
mêmes l’opération, qui n’elt pas difficile. Si 
pendant quelques jours, il en refte un reifen- 
timent aiîèz douloureux, il u’eft pas de longue 
durée : la dent s’amortit peu-à-peu, de façon 
que quand elle eft propre à retenir le plomb, 
& qu’elle eft tombée comme il faut, elle fe con- 
ferve bien, fans fe gâter d’avantage. 

Les nerfs des dents gâtées fe détruifent en¬ 
core avec le tems, fans y rien faire. C’eft alors 
la carie même qui ronge Sc la dent & le nerf, 
ce qui produit des douleurs plus ou moins 
durables , ainfi que des engorgemens au cor¬ 
don qui eft enflammé, & quelquefois un ab¬ 
cès. Si enfuite on a négligé*de faire plomber 
ces fortes de dents j elles fe gâtent de plus en' 
plus , s’en vont par petites parties, & n’ont 
bientôt plus que les racines qui ne font aucun 
mal, mais qui au contraire rendent encore de 
bons & de longs fervices. II eft vrai que ces 
dents à la fin s’ébranlent, & qu’elles tombent 
ordinairement d’elles-mèmes, ou fortent prelâ 
que fans douleur; au lieu que fi on les avoit 
fait plomber à tems, on auroit évité leur défi 
trucfciou. Il faut dire auffi que des dents ainS 



-i) B s Dent». a? 

négligées produifent quelquefois des fluxions, 
des abfcès confidérables,, & d’autres accidens. 
Le feul parti qui refte alors eft d’ôter les dents 
qui font la fource du ma!. 

Lorfqu’une dent gâtée eft fenfîble au chaud & 
au froid, qu’elle incommode en mangeant, .& 
qu’elle fait du mal, il faut avoir grand foin 
de ne rien laiifer féjourner dans le creux que 
la carie y a fait, & d’y tenir continuellement 
un peu de coton trempé dans l’eiTence de can¬ 
nelle, ou de girofle, ou dans fefprit de vin; 
on le renouvellera tous les jours , tant pouc 
la propreté , que pour accélérer la guérifon de 
la dent. On continuera cet ufage jufqu’à ce 
qu’on mange biem fur la dent, farts nulle dou¬ 
leur, & enfuite on la fera plomber. 

Il arrive quelquefois que, quand par cé moyen 
limple on amène la dent malade à la guérifon, 
elle caufe des douleurs fort vives; mais ces dou¬ 
leurs font paflagères, à moins qu’il n’y ait d’ail¬ 
leurs quelque vice particulier. Lorfque la dou¬ 
leur eft parvenue à un point que le malade 
eft déterminé à fe priver de fa dent, on peut, 
fans en venir à l’extradion , le guérir fur le 
champ, en luxant la dent de la manière que 
j’aL décrite dans mes recherches fur toutes les 
pcmies de Part, ^c. 

Pendant qu’on fait mourir le nerf d’une dent 
gâtée, & encore quelque tems -après qu’il eft 
mort, on a prefque toujours de petits reifenti- 
mens qui annonce toutes les variations de l’air, 
comme font certaines bleifures ou certaines 
chutes, mais il font beaucoup moins durables. 



«8 c O N s E R V A T I O ÎT 

Pour peiifer ces fortes de dents, il faut in¬ 
troduire du coton imbibé d’elfence, ou d’efprit 
de vin , dans le trou de la carie avec une 
éguille de tête, ou encore mieux avec une fon¬ 
de de dentifte; & lorfqifon veut accélérer la 
guérifon , il s’agit, comme je l’ai marqué, 
d’enfoncer peu à peu ce coton au fond, du trou 
fur le nerf pour le comprimer. Quand le trou 
de la dent eft bien bourré, le nerf devient 
moins fenGb^e ; car la feule preffion du coton 
contribue autant à le détruire que la liqueur 
dont il efl: trempé. 

Il arrive quelquefois que le nerf de la dent 
efl: teliemenc à découvert & G emflammé, que 
l’eifence ou l’efprit de vin en mordant fur lui 
augmente beaucoup la douleur, qui devient 
encore plus vive, G l’on enfonce trop le coton. 
Alors il faut mêler enfemble parties égales d’ef- 
fencp, & de teinture anodine, & introduire 
dans la dent le coton fort légèrement. Si les 
douleurs ne fe calment pas, il faut ôter le 
coron pour en fubftituer un autre trempé feu¬ 
lement dans la teinture anodine, qu’on renou¬ 
vellera d’heure en heure, jufqu’à ce que la 
douleur foit paifée. Si ce dernier expédient ne 
fait point ceifer le mal, on ufera de \2L^iite 
calmamCi qui efl: décrite dans mon livre. 





CHAPITRE VI. 
Remarqués fur les douleurs des dents. 


Les dents produifent deux fortes de douleurs," 
qui doivent être traitées différemment. La pre¬ 
mière dont je viens de parler provient toujours 
des nerfs dentaires. La deuxieme eft caufée par 
la membrane qui tapiffe & Falveole & la ra¬ 
cine de la dent. Dans ce dernier cas, la dent 
n’eft fenfîble ni au chaud ni au froid ; mais 
elle eft fort douloureufe au feul tacl j on fent 
fouvent dans la gencive & aux environs des 
battemens & des élancemens très-aigus ; fou- 
vent les parties voifines fe gonflent, & il fe 
forme quelquefois ufl abcès dans la gencive 
même. Dans ces fortes de douleurs les effences 
& tous les ingrédiens dont on peut ufer ne 
font d’aucun etfet ; il faut bien fe garder alors 
d’employer pour fe rincer la bouche aucune 
liqueur fpiritueufe , parce que les élancemens 
qui fe font fentir ne provenant que de la pré- 
fence du fang, & de la réfiftance des altères, 
ces liqueurs les refferrent encore & y produi¬ 
fent plus d’étranglement, plus d’engorgement, 
& plus de douleur. Les émolliens au contraire,, 
tels que l’eau tiède, & le lait tiède, qu’il fufht 
quelquefois de tenir fréquemment dans fa bou¬ 
che, les figues grades bouillie? dans le lait 




30 


Conservation 


qu’on porte fur la gencive malade, les catâ- 
plafmes de mie de pain & de lait arrofés d’huile 
de behem , quand la joue eft dure & enflée, - 
relâchent les parties tendues, & foulageiit beau¬ 
coup le malade. Lorfque la douleur efl: confî- 
dérable, que la fluxion ne diminue point, & 
que le malade foulFre toujours,' il faut faire, 
faigner : la faignée du pied quand on peut la fai¬ 
re , eft préférable à celle du bras. Les douleurs 
par ce moyen s’appaifent, & la fluxion fe dif- 
ftpe. Qiielquefois cette fluxion ne fe termine 
•que par un petit dépôt dans la gencive: alors 
li l’cii veut être promptement foulage, ou bien¬ 
tôt guéri, il ne faut pas différer à faire jour 
à la matière , en perçant l’abcès. La fluxion 
paffée , on obfervera les premiers jours de man- 
get fur la dent qui a fait le mal, quoiqu’elle 
foit encore faible & fenfîble ; autrement elle le 
couvrira de limon, la gèncive s’engorgera, & 
la bouche contractera de l’odeur, quelques foins 
qu’on puiffe y apporter. .Ces fortes de dents, 
par l’inaction reftent toujours foibles & dou- 
loureufes lorfqu’on veut appuyer deflus j en 
forte qu’au lieu de fe raffermir , elles s’é¬ 
branlent de plus en plus , parce que la mem¬ 
brane ou le périofte qui eft commun à la ra¬ 
cine & à l’alveole s’eft gonflé dans la fluxion, 
& a dilaté celui-ci. C’eft pourquoi la dent qui 
a produit le défor dre fe trouve ébranlée , s’a- 
longe même & devient incommode dans la ren-- 
contre des dents oppofées. Or quand par fen- 
libilité on abandonne ce côtédà j &. qu’on s’ae-^' 
coutume à manger de l’autre, la membrane 



D E s D E N T s. Bî 

commune à !a racine & à l’alveoIe refie fouvenî: 
gonflée J l’humeur qui s’y trouve arrêtée de¬ 
vient âcre & tellement corrofive qu’elle ronge 
peu-à-peu cette membrane , la racine enfin fe 
deifèche & devient corps étranger ; d’où s’en¬ 
fui vent des fluxions plus ou moins fréquentes, 
ainfî que plufîeurs autres accidens, félon les 
.difpofîtions du fujet. On évitera fes fâcheufes 
fuites, en fe conduifant, comme je Tai mar¬ 
qué, dans le cours de la fluxion, c’efl-à-dire, 
en faifânt évacuer la matière quand il s’en fera 
formé, •& en mangeant enfuite peu-à-peu fur 
les dents malades. Les membranes des racines 
qui fe trouvent alors gonflées étant compri¬ 
mées de toute part, pendant la maflication, 

’ cette compreffion chaife ' le fluide qui croupit 
dans les gencives, i’alveole en même tems fe 
relTerre & contient la dent qui par ce moyeu 
redevient folide, infenfîble, & d’auffi bon fer- 
vice que les autres. 

Les dents creufes dont le nerf efl à décou¬ 
vert, & fur lefqiielles par cette railbn on ne 
peut manger fans douleur , fe dégradent en¬ 
core plus par l’inaclion. Il faut donc obferver 
tous les matins d’en bien enlever le limon , & 
quand on mange d’y faire paifer les alimens 
qu’on a broyés du côté qui n’efi: pas fenfible, 
afin qu’ils puilTent emporter le limon qui peut 
refler fur ces dents, & que les gencives s’en¬ 
gorgent moins: car il eft certain que les meil¬ 
leures dents, quand on ne les fait point tca- 
yailler, s’ébranlent & donnent de l’odeur. 

Voilà les foins que l’on doit apporter foi- 



32 Conservation 

même, lorfqu’on a des dents gâtées, Toit pôuf 
les conferver le plus qu’il eft poffible, foit poüir 
éviter la mauvaife odeur, & plufîeurs autres 
inconvéniens. J’ofe aflurer qu’avec cette con¬ 
duite on confervera les trois quarts des dents 
que l’on fait ôter, ou qu’on laiiTe perdre, fau¬ 
te de foins ou d’attention. 


CHAPITRE VII. 

Soîns^ journaliers quHl ejl nécejfaîre de donner foi- 
même à fes dents , quelques faines qu^ elles fuif- 
Jènt être , four en conferver la blancheur, les tenir 
frofres , ^ les fréferver de mauvaifes odeur. 

JLes dents à tout âge exigent des foins, & 
ces foins fe multiplient nécelfairement avec lés 
années, ou félon la complexion de chacun. 

On nous demande tous les jours ce qu’il feut 
faire à fes dents , foit pour les préferver de ma¬ 
ladie, foit pour les entretenir propres, mais 
tout ce que nous pouvons dire eft bientôt ou¬ 
blié , & nous fommes obligés d’ailleurs de nous 
borner à des idées générales qu’une infinité de 
circonftances rendent infuffifantes. Cependant, 
comme les exceptions ne détruifent jamais la 
réglé, j’ai cru devoir donner ici une pratique 
courte, aifée, mais fûre , dont dépend beaucoup 
la confervation des dents. 

§ L 





33 


1 V ' b E s D E ÏT T s. 

;■ '' . . ï. 

J’Oins de tms les jouŸs dans tétai ordinaire. 

Lors même qu’ôn a les meiileures dents, & 
que les gencives font en bon état, il y a des 
foins inévitables qu’on ne peut trop recom¬ 
mander, & dont la négligence eft punie par 
toutes forte! d’inconvénietfs. 

Après que l’on a fait nettoyer fes dents , & 
■qu’eiles font esadement débarraifées du tartre, 
dont les moindres vertiges rendent fans effet 
les foins ordinaires , pour empêcher qu’il ne's’y 
en amalfe de nouveau, il faut tous les matins 
commencer par bien fé gracer la langue. 

Quand tout le limon ert emporté, il faut paf- 
fer un cure-dent de plume entre toutes les dents, 
fans trop d’effort, pour enlever le fédiment qui 
s’y forme pendant le fommeil, & pour faire dé* 
gorger le fang arrêté dans les pointes des gen¬ 
cives qui remplilfent les intervalles des dents. 
L’ouvrage du cure-dent fini, on doit fe net¬ 
toyer la -bouche , c’ert-à-dire, les gencives & 
ies dents avec une petite éponge fine , qu’on a 
trempée dans de l’eau tiède. On peut, fi l’on veut, 
mettre dans cette éau quelques gouttes d’eau 
ballamique & fpiritueufe, telle, qu’on peut en 
trouver chez tous les dentirtes. Si les gencives 
faignent trop facilement, il faut qu’il y ait les 
deux tiers d’eau commune. On porte l’éponge' 
fur la gencive, &: en appuyant un peu on la 
ramene chaque fois vers l’extrémité des dents, 
& nqu en travers. Cette éponge ainfî preffée 



î5-4 C a NSE R V A rr 1 0 N 

fur la gencive & fur la dent, fait fortir le li¬ 
mon qui peut s’ètre gliifé fous la gencive & fut 
la dent, quand les gencives font engorgées» 
elle oblige auflî les petits vailTeaux qui font 
trop pleins de fe rompre , ce qui dégorge les 
gencives,, & empêche qu’en fe relâchant, elles 
ne fe détachent du collet de la dent. 

L’éponge qu’on trempe à plüfieurs reprifes 
étant bien promenée fur toutes les dents, tant 
en. dedans qu’en dehors , ainfî que fur les gen¬ 
cives, emporte tout ce qui a pu s’amaifer fur 
ces parties, & rend la bouche fraiche & fans 
-odeur. On finit cette opération par fe bien rin¬ 
cer la bouche. 

Il efi bon tous les trois ou quatre jours de 
fe fervir d’une petite racine bien douce & bien 
préparée, pour emporter la crafTe qui ternit la 
dent. On trempe un inftant le bout de cette ra¬ 
cine dans de l’eau tiede; après quoi on la pafTe fur 
toute_s les dqnts, en commençant au bord des 
gencives, & en la ramenant jufques à f extrémi¬ 
té de la dent. 11 faut de tems en tems retremper 
. St agiter dans l’eau la racine, afin de la débar- 
rafler du limon qu’elle a enlevé fur les dents. 
Quand on- a. parcouru toutes les dents de cette 
maniéré , il faut y repafler l’éponge & rincer 
fS) bouche. 

Tous les vingt jours, ou fous les mois i il faut 
employer la poudre, fi on s’apperçoit que malgré 
les foins qu’on ait pris, les dents perdent de leur 
blancheur , & plus fouvent fi le cas le requiert. 
Comme les dents peuvent fe 'ternir par Tufage 
4.e. Ge2.tainsL aliraens ou de certaines drogues* 



Ï5 TE S. D E H T s: 3^ 

po«f teut redonner leur blancheur;, ileftné* 
ceflàire d’nferun peu plus fouventde lapoiidre.; 

Certaines perfonnes, pour avoir les dentS' 
plus blanches, les frottent tons les matins, foit 
avec une racine, foit avec de .la poudré, de: 
l’opiat, ou d’autres drogues , pendant l’efpace 
d’un quart d’heure 5 mais par fucceffion ' de- 
tems elles en détruifeiit L’émail, & par iconfé* 
quent la blancheur; car tous frottemens;faits? 
avec les chofes mêmes les plus douces y lorf.: 
qu’ils font trop réitérés, dégradent à la longue 
le corps le plus dur. Les marches ou les degrés 
de pierre s’ufent par le feul. frottement de la 
femelle du foulier Feau qui tombe par gouttes- 
d’un toit creufe auffi la pierre la plus dure j 
il eft donc aifé de comprendre que les frotte» 
mens multipliés détruifent l’émail des dents. 

Il ne faut par cette raifon fe frotter, tous les 
|oars les dents, qu’autant qu’il eft nésfeflaire' 
pour ôter la crafle ou le limon qui peut s’y 
trouver, & ne pas aller plus loin. On^ conçoit 
que certaines perfonnes qui ont plus de difpo» 
Étions à contrader ce limon , doivent pour le 
détruire frotter leurs dents plus longtéms, & 
fe fervir auffi plus fou vent déraciné, de pou¬ 
dre & d’opiat. Mais le frottement ne doit durer 
qu’autant qu’il faut pouf enlever cette pâte gralTe 
& vifqueufe , qui dégénéré'en tartre : avec un 
peu de précaution on n’agira que fur la partie 
qu’il eft queftion de nettoyer , & non fur l’é¬ 
mail qu’on ne peut trop ménager. 

- Qpand on veut mettre la poudre en ufage 
après avoir trempé une racine dans un peu d’eau, 
C 2, 



iS} Conservation 

Sï-fenTuite dans de la poudre, ou la pafle fur 
üs 'dents, toujours dans le lens que je recom- 
tuaiide , on le frotte fufïifamment pour enlever 
le limon qui ternit l’émail, & l’on finit par fe 
rincer la bouche. . 

c Lorfqu’on veut employer l’opiat, on en prend 
au bout du doigt environ de la grofîeur d’un 
pois ï, on l’étend fur la gencive & fur la dent, 
toujours en allant vers l’extrémité, & non en 
travers on frotte avec l’opiat ces deux parties 
pendant l’efpace d’une minute, ou plus, fui- 
vaut que les gencives ou les dents peuvent le 
requérir, & l’on en reprend autant de fois qu’il 
eft nécelïàire, pour en étendre fur toutes les 
dents & les gencives. Quand cette opération effr 
faite , tant en dedans qu’en déhors, on fe lave 
enfuiîe la bouche. 

Là propreté demande encore quelque foin 
après les repas i l’affaire du cure-dent eft de 
chercher les débris de la maftication qui peu¬ 
vent être reftés entre les dents. On les effuye 
bien enfuitè avec une ferviette, ou avec une 
petite éponge trempée dans feau tiede & Ton 
fe rince bien la bouche. Cet ufage, qu’il eft 
ailé de faire paffer en habitude, doit n’être 
jamais négligé. 

§ II. 

Soins journaliers que demandent les dents ^ les 
gencives malades. 

Les dents qui fe couvrent facilement de li. 



des D E N T S.’ 37 

mon, font celles des perfon'nés/dont l’eftotnac 
ne digère pas bien, ou pèche de' quelqp’autré 
manière. Ceux qui ont une pituite vifquètijré 
& la'falive épailîe, ont les dents fujettéV.â'Te 
couvrir de limon pendant le fommeit, de/fa¬ 
çon qu’en s’éveillant ils ont toujours la bou¬ 
che pâteufe. Ces fortes de perfonnes doivent 
donc avoir plus de foin de leur Bouche que 
d’autres, & voici ce qu’elles ont à faire. 

Tous les jours èn fe levant on grattera Bien 
fa langue, ôn paffera une plume, entre les dents j 
& on les frottera avec une racine douce & bien 
préparée. Enfuite on fe lavera les- dents & les 
gencives avec une éponge fine trempée comme 
je l’ai dit, dans de l’eau tiède, où l’on mettra 
d’une eau appropriée. Ce qui reftera de cette 
eau fervira à fe rincer la bouche.' 

Après le repas, il ne faudra pas négliger de 
paifer la plume entre toutes, fes dents , & de 
fe rincer encore la bouche. . - 

Les perfonnes qui font à portée d’avoir de 
Bon vin blanc, s’en ferviront àpfès le repas, 
au lieu d’èaii pour fe laver la bouche j elles y 
porteront même le doigt pour en frotter leurs 
gencives, en allant toujours à l’ejctrêmité des 
dents. Ceci doit fe faire après que le cure-dént 
a pafle entre toutes les dents, & qu’elles font 
débarratTéesdes relies de la mallication qui ont 
pu s’y infinuer. On finit par fe bien eâTuyer 
les dents avec une ferviette. 

' Comme lu limon de cette efpèce eft ordi¬ 
nairement'acide & fi corrofif qu’il ronge non- 
feulement les dents, mais encore les gencivesy 
C 3 ' 




a ^ S.-E . R V A Tnï O H 


%v,ixljçJa .^^racÿne de -guimauve, §c. 
jdu.CMfe-deiit, il faut ufer tous les matins d’un 
ppiai fait avec .le faug de dragon & l’os deffe- 
,ché eh poudr.e bkn mêlés enfemble, & incor¬ 
porés avec, le miel de Narbonne, jufgues à ce 
(ju’il foit d’une jufte condOsnce. On en pren¬ 
dra fur le bout du doigt pour en frotter les 
gencives, & enfuite on fe lavera la bouche, 
comrhe fl eâ dit ci-deffus dans ropérarion du 
inatin. Si les gencives font dures, rouges, gon¬ 
flées & douloûreufes, il faut les détendre tout 
lim-plement à force d’y paîTer de l’eau tiède que 
l’on roulera dans la bouche j on les pique en- 
ïuite légèrement, .on les preiTe avec le doigt, 
^ oh les fait faigner le plus qu’il eft poflîble» 
il faut hfer delî’apiat ci-delTus deux ou trois 
fois le jour, jufqueé ;à ce r^ue les.^geucives foient 
reraifes dans leur état naturel. Les glandes des 
gencives qui font alors obftruées fe dégageront 
& filtréront la faiive. à l’ordinaire. • 

Quand les’gencives font fongueufes, excroiC- 
fantes & molafles, fans être douloureufes ni 
fort gonflées , il faut prendre une once de fàng 
de dragon, deux gros de crème de tartre, & 
deux gros d’alun calciné : le tbut féduit en 
poudre très-fine & bien mêlée, on en fait un 
opiat avec le miel de Narbonne. Ç>n s’en fert 
tous les matins jufques à ce que- les gencives 
foieiit rétablies j puis on en ufe de deux jours 
Tun plus ou moins fouvent, félon que les gen¬ 
cives ont delà difpofidon à pouflèr , &, que les 
dents font fujettes à le Talir. On s’en tiendra 
les autres jours à la racine de guimauve ; mais 




D ï s Dents. 


G, malgré l’ufage de cette racine, les dents fe- 
terniflent & perdent leur éclat , on peut fe fer- 
vir de l’opiat même, ou de la poudre, & en 
un mot dans tous les cas ou la blancheur des 
dents s’altère, pourvu que ce foitavec précau-- 
tion , c’eft-à~dire , qu’après avoir enlevé- ce qui 
peut ternir la dent, on n’en frotte point trop 
l’émail à nu i car il en eft de nos topiques com¬ 
me de tous les medicamens, qui font falutairês 
ou pernicieux, fuivant l’application qu’on en 
fait. 

Pour détruire la fource de ce limon, il faut 
attaquer les caufes qui le produifent, & ceci 
regarde les médecins ou les chirurgiens. Il j^ut 
aiîffi, malgré tous les foins qu’on pratique, 
jaire fouvent vifiter' fes dents\ pour mettre je 
dentifte à pcnrtée d’arrêter îe progj-ès dù mal 
que le limon peut produire: L es perfoitnés qui, 
fans être fujettes au tartre ni aü limon, ont les 
gencives malades, c’eft-à-dire, gonfléês,_ dôu-, 
ioureufes ou excroifïàntes, & Longueufes, doî-,' 
vent iàire de même ufage de l’un ou l’aütrê^ 
opiat, & ils préféreront l’un à l’autre, fuivant"' 
l’exigence du cas. Mais fî après en avoir ufé 
pendant quelque tems , la maladie fubfîfte en¬ 
core, il faut oonfulter les gens (le l’art, pour 
sWurer fi la maladie n’eft pas produifè par' 
quelque dent gâtée, par le défaut dé l’alveolèV 
par plénitude de fang ou d’humeurs , par l’ef¬ 
fet d’une limphe féreufe qui peut^ fe trouver^ 
infiltrée dans les gencives, & qui par fon épan¬ 
chement les détruit, par le.vice de lafalivepu' 
de l’eftomac, enfin par un vice fcorbütîqüe-a 


/ 



40 C a N s E R V A T ÿ Q N 

ou quelque autre vice intérieur, iju..jentiRé 
expérimenté en découvrira'bien la caufe, & 
une maladie connue eft à moitié guérie. 


C H A P I T R E Vni. 

Des caufes ,qui donnent de l’odeur à ta bouche i.. 

; . .^,,des moyem :d’yj-emédier.. 

Les caufes qui donnent de fodeur, font iru 
tèrnes. Les premières proviennent ordinaire-, 
ment -ou des vices de Peftomac:, ou des mau-., 
yaifes digeftians î ou de la.trop grande quan-.^ 
tité de viande que l’on a mangée, ou de la 
plénitude des îiumeurSi Toutes ces dirpofitions. 
rendent laT-duche pâteufe, donnent une odeur 
forte du cad.avere'ufe , telle qu’en exhalent cer-f 
tains, malades. Ilfaut,y ajouter encore les nuxiona 
qui furviennent aux, gencives , &. îçs dépôts 
qui s’y forment par divers engorgemens pro- 
vienans foit de plénitude, foit de quelque vice 
intérieur, i’obftrudjoa de leurs glandes, & les 
ruintemens qui fe font auffi entre la gencive 
É'ia racine de la dent, enfin l’épailfilTement, 
oU Îa vifcofité. de la falive & de la pituite, 

■ .Tes caufes . éxterhçs font le limon qui s’atta¬ 
che aux dents & fur la langue; le tartre qui 
provient du limon ; le fan g qu’il fait féjourner 
^ croupir dans les gencives; le féjour des 
glinisas dans l’interdice des. dents gâtées ou 





BBS. Dents. 41 

ébranlées qui empêchent de manger du côté 
malade ; les maladies qii’eiles produifent auiîi 
quelquefois dans les gencives y &■ même les 
dents artificielles qui produifent ici à-peu-près 
les mêmes inconvéniens que les dents naturel¬ 
les , lorfqu’on ne les fait point travailler, ou 
qu’on n’y donne pas les foins que je prefcris 
dans cet ouvrage. On peut ajouter à ces caufês 
un excès, dont, quoiqu’on dife, les hommes 
aujourd’hui ne font pas plus exempts que les 
femmes : c’eft de parler trop & trop loiig-tems.' 
A force de parler en effet, la bouche s’échauf¬ 
fe, & la falive s’aigriffant, l’haleine devient 
forte & défagréable. Si j’ai un peu généralifé 
cette dernière caufe, il eff aifé de voir que 
j’ai principalement en vue les prédicateurs, les 
avocats , & tous ceux qui font obligés par état- 
de parler en public. , 

Il me refte à donner les mpyens de remé¬ 
dier en particulier à chacune des caufes internesr_ 
que je viens feulement d’indiquer. 

Premièrement, il faut ôbferver de ne point trop;, 
manger de viande, ni de furcharger fon eftomac t 
pour que la digeftion fe faffe aifément; car fî- 
l’eftomac eft accablé d’alimens , le long féjoür 
qu’ils font obligés d’y faire produit des rap¬ 
ports incommodes & fouvent fétides. Si i’efto- 
mac eft rempli d’humeurs ou vicié de queiquo: 
façon que ce foit, ce qu’il ne fera pas difficile aux ‘ 
gens de l’art de reconnoitre, il faut pour dif- 
fipet la mauvaife odeur qui le fait fentir dans 
la bouche, évacuer d’abord d’humeur & réta¬ 
blir l’eftomaç par les remè'des convenables j ceci- 



43 Conservation 

«fi: l’afFaire des médecins > & voici la nôtre. Pen¬ 
dant le cours des remèdes, il faut plufieurs 
fois le jour, oü toutes les fois que Pon fendra 
fa bouche pâteufe & défagréable, fe bien racler 
la langue, & laver fa bouche avec une petite 
éponge trempée dans une eau balfamique. La 
bouche par le moyen de cette eau reftera fraî¬ 
che & fans odeur une grande partie de la jour¬ 
née-, fauf à répéter une ou deux fois par jour. 
Quand l’odeur vient de la faîive ou de la pi¬ 
tuite, pendant l’ufage des remèdes qui vont,à 
la fource du mal, il faut aufli de tems en tems 
fe ratiifer la langue, & fe laver la bouche. Si 
Todeuf provient de quelque fluxion , ou de 
quelque engorgement aux gencives, il faut les 
dégorger & évacuer le faiig qui s’y eft corrom¬ 
pu par fon long féjour. Si la fluxion ou l’en¬ 
gorgement des gencives eft produit par pléni¬ 
tude du fang ou de l’humeur , il faut en dimi¬ 
nuer le volume par la faignée & les purgatifs. 

, Si la fluxion eft caufée par quelque dent, on 
doit^ ôter cette dent malade , s’il n’y a pas d’au¬ 
tres moyens de guérir; mais fi cette dent eft 
infenfible , pour en diffiper la mauvaife odeur , 
il fuffirâ de la plomber, & l’on ohfervera de 
manger delfus. Si jes glandes des gencives font 
obftruées, il faut travailler à les dégager tant 
par les remèdes intérieurs, que par les opiats 
convenables qu’on portera fur ces parties, â 
mefure que les glandes fe débarraiferont, la fil¬ 
tration qui doit s’y faire reprendra fon cours, 
& l’odeur caufée par l’interruption des fluides 
fe diffipera. 



^ . B E s D E N T S.’ . 43 

Lorfque les gencives fuintent & produirenè 
une matière blanchâtre & gluante, il faut faire 
arrêter ce fuintement de bonne heure, par les 
moyens que j’ai marqués dans mon livre, tome 
I, pag. 275. Si la raauvaife odeur de ia boui 
che provient de quelque fiftule aux gencives, 
il faut ôter la dent qui la produit ; fi elle eft 
caufée par quelque ulcère fcorbutique , pour 
le diflîper, il faut s’occuper efficacement â dé¬ 
truire la maladie, tant par les remèdes inté¬ 
rieurs que par les topiques de l’art : & dans' 
tous ces différens cas, il faut avoir foin do 
tenir fa bouche très-propre de la façon que je 
l’ai dit. 

Quand l’odeur eft produite par détartré, ou 
par le féjour des alimens dans les inîerftices 
des dents, il eft aifé d’en ôter la caufe, foit 
par l’enlèvement du tartre, fbit par l’ufàge du 
cure-dent. Si enfin la mauvaife odeur proviens 
de quelque dent gâtée ou trop ébranlée, fur 
laquelle on ne mange plus , il faut la faire ôter 
plutôt que d’avoir une telle incommodité. 

, A l’égard des dents artificielles , en y appor¬ 
tant les foins que je prefcris dans le chapitre 
fuivant, on ne doit pas craindre qu’elles puifo 
fent jamais caufer aucune odeur. 



44 ' C O î^‘ s - E R V A T f 0 î? 


C H A P I T R E IX. 

Soins qt^il faut donner aux dents artificielles » 
pour la propreté de la bouche. 

Les perfonnes qui ont des dents poftiches,; 
ne font pas plus difpenfées d’y donner certains 
foins qui coûtent fort peu, foit pour les con- 
ferver blanches , foit pour la' propreté de leur 
bouche, que celles qui ont leurs dents natu¬ 
relles. La matière des dents artificielles eft la 
dent du cheval - marin , & non de l’ivoire com¬ 
me bien des gens fe l’imaginent j ou bien ce 
font des dents humaines. La dent du cheval- 
marin par eile-mème n’eft fufceptible d’aucuné. 
odeur : fi par halard elle en donne, c’eft que 
les dents qui en font faites , Ou ne font pas bien 
placées ou .font fort négligées: par ceux qui les 
portent. 11 fautndonc tous les matins enlevefl 
avec le cure-dent le limon qui ell entre, les 
dents, puis les .bien frotter avec une époiige' 
tre.tnpée dans de l’eau tiède, avec quelques goût-- 
tes d’eau fouveraine, ou de quelque eau fem- 
blable. Tous les deux ou trois jours il eft bon 
d’y palfer de la poudre ou de l’opiat, comme 
fur les dents naturelles. 

Bien des perfonnes fe figurent que , pour fe 
faire mettre de faulfes dents ,• il faut auparavant 
fe faire ôter les chicots ou racines : c’eft tout 
le contraire. Les chicots font d.e bonnes bafe^ 





b E s Dents: 45 

lur îefqueîles on aflîed l’édifice. On y ente- 
auffi avec un pivot ou un tenon d’or des dents 
naturelles , & ces dents font auffi folides que 
nos propres dents, fans qu’il foitnéceffaire de 
les attacher aux dents voifines , en forte qu’il 
n’eft pas rare d’en voir durer pendant fix ans 
& plus fans le fecours du dentifte. Ges dents 
mortes , quand elles font bien placées, imi¬ 
tent fî parfaitement les dents vives, qu’il n’eft 
prefque pas poffible qu’un dentifte les recon- 
noifl’e. On y mange auffi bien que fur fes pro¬ 
pres dentg, elles font bientôt naturalifées au 
point d’être diftinguéesà peine, des perfonnes 
mêmes qui les portent. 

Ôn fait très-bien tenir uns pièce de dents 
artificielles plus ou moins étendue, que l’on, 
fixe avec des fils d’or fur les dents voifines qui 
les maintiennent en place pendant plufieurs 
années. Il y;a même des perfonnes qui, après 
avoir appris de nous la manière de les attacher 
( ce qui eft fort aifé , fort fimple) , fe les at¬ 
tachent elles-mêmes fort bien avec des fils or¬ 
dinaires qu’elles renouvellent à leur gré, & 
c’eft alors qu’il eft néceffaire pour la propreté 
de les renouveller fouvent. 

C’eft une erreur de croire que quand on 
n’a plus de dents, il n’eft plus poffible d’en 
feire tenir d’artificielles. Il y a un grand nom¬ 
bre de perfonnes qui en ont les deux mâchoi¬ 
res garnies, fans qu’il leur refte une feule dent 
naturelle pour les tenir. Nous avons furmonté 
cette difficulté, & nous avons trouvé les moyens 
de faire tenir ces fortes de dents avec des reff 



4S CONSËRVAÏÏOH 

forts. Il eft vrai qu’il n’efr pas aifé de bien 
exécuter cette opération ^ & que tous les den;. 
tiftes ne réuflîffent pas : mais quand on aura 
bien étudié M. Fauchard fur cette matière, & 
qu’on ly joindra les obfervations que j’ai faites 
dans mes Recherches » on y parviendra fûremeiit» 

Quand ces fortes de pièces font bien prifes 
dans leurs dimeniîons & qu’elles font bien pla¬ 
cées , que les reflorts en font bien faits & 
jouent bien , on a l’avantage non-feulement 
d’avoir un ornement de plus qui aide à la pro¬ 
nonciation , mais encore de manger .bien plus 
aifément que fî l’on n’avoit point de dents. 

Les perfonnes qui portent de ces fortes de 
pièce's, avec un peu de propreté j ne font nul¬ 
lement fujettes à avoir de fodeür, comme on 
î’eft à un certain âge, quand les dents font ébran¬ 
lées ; parce qii’ordinairement alors les gencives 
ne ceàent de fuinter jufqu’â ce que les dents 
fbient toutes tombées. Les foins qu’il faut ap¬ 
porter à ces fortes de pièces, confîftent à les 
ôter tous les matins , ce qui eft auffi facile que 
de les remettre^ à les bien nettoyer avec une 
petite broflè, & à les frotter de tenis en temS 
avec un peu de poudré pour lés tenir blanches. 
Il faut auffi tous les fept ou huit jours regar-. 
nir les relforts de la façon que 1è dentifte l’au¬ 
ra montré. C’eft ainlî que les dents artificielles; 
bien faites & bien mifes , pour qu’on ait foin 
de les tenir propres, ne font non plus füfcep- 
tibles d’odeur que nos propres dents. Mais il 
faut, comme je l’ai dit, obferver de manger 
dedus. Les perfonnes auxquelles >l peut refter 



DSS D 1 N T .S. 47 

^ 5 e's dents foibles , ou qui auront les gencives 
ïnolles, CS qui les gêneroit en mangeant, au* 
^ont l’attention de mâcher les alimens plus ou 
moins fur les autres dents, & de les ramener 
enfuite fur les dents fadices, afin d’enlever le 
limon qui pourroit s’y être attaché, & d’em¬ 
pêcher les gencives de s’engorger par leur inac¬ 
tion. Après le repas, il faut encore obferver 
d’ôter les alimens qui peuvent être reftés dans 
ces dents , & de les bien laver avec nne épon¬ 
ge, ou du moins de les efluyer avec fa ferviette. 


C H A P I T R E X. 

§. I. 

Ifîjlru&îons nécejfaîres pour les pères ^ mères de, 
famille y ^ pour ceux qui élèvent des enfans. 

Îl eft- très-important de donner quelques inf- 
trudions aux perfonnes qui par état ont befoiii 
d’être éclairées fur les principales circonftances. 
de la dentition , pour pouvoir procurer aiix, 
enfans les fecours de l’art qui font toujours né¬ 
gligés, quand la néceffité n’en eft pas connue. 

Quoique j’aie parlé dans mon livre des dc- 
fordres & des accidens qui devancent ou ac¬ 
compagnent la Ibrtie des dents, ainfi que des. 
moyens de les éviter j quoique la matière y 
foit traitée amplement, pour rendre,ce petit 





48 C 0 ïï s Ê R V A T I 0 Tî 

ouvrage plus utile , je vais dire uii mot des 
' foins qu’il faut donner aux enfans dans le tems 
que leurs dents croiffent & veulent percer. 

Le ptialifme ou la falivation annonce que 
la dent poulfe & eft arrivée à la gencive. Alors 
il faut la frotter de tems en tems avec du jus 
de citron, dont on a le doigt bien trempé » 
jufqu’à ce que la dent foit découverte, & la 
gencive divifée : on fait la même chofe à cha¬ 
que dent qui perce. Il faut mettre de bonne 
heure en ufage ce jus de citron, & ne point 
attendre que la gencive foit enflammée. 

Quand les dents caufent le dévoiement eiî 
fe formant ou en perçant, c’eft d’ordinaire un 
bien pour l’enfant, que ce dévoiement garan¬ 
tit fouvent d’autres accidens plus fâcheux. Ce¬ 
pendant il faut obferve-r-de ne pas lui donner 
de bouillie, ou de lui en donner peu & légère.^ 
8 c de ne point non plus furcharger fon efto- 
mac de trop de lait, jufqu’à ce que le dévoie¬ 
ment foit palTé. Car fi vous ne lui retranchez 
point une partie de cette nourriture, comme 
il fe trouve alors dans fon eftomac certains aci¬ 
des qui font aigrir & cailler le lait ou la bouil¬ 
lie, il aura des indigeftions continuelles j le 
dévoiement augmentera & deviendra dangereux» 
Dans ce cas l’enfant qui eft altéré prendra fa¬ 
cilement du bouillon qui le foutiendra, & qui 
fe digérera mieux que la farine & le lait, il 
ne faut pas manquer d’appeÜer alors un méde., 
cin , ou un chirurgien, pour travailler plus effi¬ 
cacement à arrêter le progrès de la^nrafadie par 
le moyen de quelques petits remèdes» 



DES D E K f Si' 49 

, Si niâlgré cela la fièvre devient cdhfîdérable 
& fi l’enfant a des convulfîons, il ne faut pas 
îiéfîtei: à appeller uh dentifte pour qu’il dècou-- 
vre lés délits qiii veulent percer. Si la dent qui 
ëft parvenue à là gencive n’eft point alTez éle¬ 
vée , il faut faire emporter la gencive, afin d’é¬ 
viter qu’élle ne fe rêunifle & he reproduife qüel- 
Ique autre accident. Cette petite opération e(ï 
bien plus effrayante pbur les pàrëns, que doü- 
Ibureufe pour l’enfant meme. J’ai décrit danS 
inori livré U rnanière de la faire kvée fuccès. 

Les detits de lait forties, l’enfant à quatre anS i’ 
quatre & demi, oü cinq ans, fe trouve encorë 
lourmèrité par les premières gtoiTes molaires î 
qui font le nombre des viiigt-quatre dents; 
^uarid elles fdilt venues. 

, A niefüre qu’elles s’offifieht & S’élèverit, elles 
dilatent les parois jdes alvéoleè, k difteiidéht 
les merribràhes qui 'i,es couvrent; 

Souvent l’enfant eft triffe , perd l’appétit à 
Inaigrit à vue d’œiij & fe trouve tourmenté d%- 
iie nèvrë lente, fans qu’on fàcHe à qtloi en 
attribuer la Càufe y & cét état dure {ilus bu 
inoins de tëms, fuivaiit lés difpofitions du fù'- 
jet. Quoique à .cét âge-là, les molaires prbdui- 
fent ceS fortes d’accideiis; elles ne pafoiffent 6r- 
dinaireùieht qu’uii oü deux ans après. J’ai mêmë 
fëniatqüé que la plupart des enfanà qui étoient 
tnaladés pendant l’accrbifTeiiient de leurs dents, 
ite rétbierit pas âe triêmè quand elles përqoietn» 

Mais pour être cértafn fi c’eft faccroifTemènt 
des dents qüi produit lé tfial ; il faut faire exàtni- 
lier les gencives par des gens de l’art, qui recon- 
iioltront âifément fi les parois des alvéoles font 
D 



C 0 N S E R V A T I 0 N 

écartées par l’élévation de la dent. Quand les ac¬ 
cidents fubfiftent trop long-tems, & que mal¬ 
gré tous les remèdes l’enfânt dépérit de jour 
en jour, quoique la dent ne lafTe point encore 
d’éminence à la gencive , fi l’on veut prompte¬ 
ment tirer l’enfant de ce fâcheux état, il faut 
débrider le péri - maxillaire d’où vient tout le 
anal : c’eft ce qu’on fait en'ouvrant la gencive, 
.& en divifant cette membrane. Cette opération 
■fuffit, fans qu’il foit befoin d’emporter la gen¬ 
cive, attendu que la dent n’eft pas encore prê¬ 
te- à y arriver , & je l’ài faite fouvent avec 
beaucoup de fuccès. J’ai auffi guéri des enfans 
dans un cas pareil, en leur ôtant fimplement 
la dernière molaire de lait. Comme cette opé¬ 
ration eft toute nouvelle , en voici les motifs 
êi le réfultat. 

îl faut remarquer qu’à lafortie de cette dent, 
la mâchoire de l’enfant a fi peu d’étendue qu’el¬ 
le eft forcée de s’élargir par les efforts que fait 
en pouffant; la molaire, parce qu’elle eft gênée 
d’un côté par la dent de lait voifîne, &: de l’au¬ 
tre par l’apophyfe coronoîde, fituée à l’extré¬ 
mité de la mâchoire : car cette dent prend d’a- 
, bord en s’ofiifiant toute la groffeur qu’elle doit 
avoir, pour fe garnir enfuite intérieurement, 
après quoi la racine fe forme. Or la pxéfence de 
la dent encore renfermée dans la mâchoire, com¬ 
prime & dilate avec force & l’alvéole & le pé- 
xiofte qui l’environne , ce qui irrite ces parties 
& occafionne tous les accîdens dont j’ai parlé. 
.Dans ces circonftances, fi on ôte la dent de lait 
qui eft à côté , on débride en partie par l’ex- 
cra^ion le périofte j on fait place à k dent qui 



D E s D E N T s. fï 

s’accroît, & ainfî les acciâens doivent fe cal¬ 
mer. Il en eft ici comme des dents de fagefle, 
qui ne trouvant pas de place , cauFent beaucoup 
de douleur; il s’en trouve mènie qui ne peuvent 
ibrtir, & le malade ne guérit qu’én ôtant l’a¬ 
vant-dernière. 

Vers l’âge de diît à onze ans, on Voit quel¬ 
quefois arriver les mêmes açcidens, & il y a 
tout lieu de croire qu’ils font produits par les 
dents. 

Quand ce font des filles , on attribue Couvent 
cet état aux règles qui veulent s’établir, tan¬ 
dis qu’il provient des dents qui percent vers 
l’âge - de treize ans. Maintenant. que l’on'efl: 
inftruit dès ravages que les dents Font long-tems 
avant que de percer, ainfi qu’en perçant, lorC- 
• qu’à ces âges les enfaiis feront incommodés, 
il ne Faut pas négliger d’appelîer les habiles ^ens" 
de fart, qui décideront après un mûr examen, 
de l’état des dents du fujet, 

■ . i It 

Fâcon âë conduire ou de gou-derner la bouche des 
enfans , pour, procurer un bel arrangement ann 
dents, à 'me[itre qidelles fi ’rsnouvelleni. 

Bien des perfonnes qui s’imaginent que pour 
procurer un bel ordre aux ïècondes dents ^ il 
né s’àgit que de leur donner beaucoup de pla¬ 
ce, & que fon ne rifquè rien d’ôter plufîeùrs 
dents de lait du même côté j quoiqu’elles né 
foient point ébranlées. Il y à' même des deilti& 
tes de réputation qui penfent de mèmg. Pour 



fâ CôïrèERfÀttb^ 

moi je ne démeublé point la bouche des enfaiiê 
fans néceflité, Sc je pènfe fur cela comme 
Cappèron , avec qui j’ai cohféré fou vent fur no¬ 
tre art. Te n’ignore pas qu’il faut donner une 
place fûmfante aux dents qui fe renouvellent ^ 
pour letir faciliter un arrangement convenable, 
je fais que l’ôn pèche en ménageant trop le ter- 
r.ein, comme eii voulant trop le prodiguer : 
& je perife que l’habileté confifte à éviter l’üne 
& l’autre de ces extrémités qui font fort per- 
nicieufes. Oh me difpenfera de rapporter tou¬ 
tes les raifons pouf lefquelles il ne faut pas 
ôter ihdifctéteraènt trop de dents de lait; les 
bornes que je me fuis prefcrites ne me permet¬ 
tent point de m’étendre fur nette matière; J’ob- 
ferverai feuleitient que je vois fouvent des per- 
fonnes d’un certain âge qui ont encore plufieurs 
dents de lait, & que ces dents ne leur font 
reftées que parce que les fécondés ont manqué,’ 
& ii’ont point pris d’accroiifement. Si raalheu-i 
léuferneilt ces perfonhes étaient tombées dans les 
mains de certains dentiftes ,> qui ôtent les dents 
de lait fans nécefEté, elles feroient dépourvues 
de dents âtix endroits où ces dents de lait füb- 
fifteht mêriie dans un âge avancé. Je rencontré 
tous leâ jours des bouches qui ont été déman¬ 
telées par cette pratique. Ce n’eft jaihais la derii 
de lait qui empêche la fécondé dènt de paroître ; 
ou de fe développer ; cè n’eft jamais non plus cette 
dent.de lait qui eft caufe que celle qui Vient lui 
fuccçder.fe place mal : c’eft toujours faute dé 
terrein. Ce font les dents voifines qui gênent 
Ta nouvelle dent j parce qu’elle elle eft plus lar¬ 
ge que celle qu’elle vient remplacepi 



-DES Dent s; 52 

Quand la mâchoire a une étendueTuffifante, 
& que les dents de lait ne gênent point les 
dents qui fe renouvellent , il faut laiffer tom¬ 
ber les premières d’elles-mèmes, ou Iprfqu’elles 
font fort ébranlées , les ôter avec les doigts, 
ou avec un filj pn peut alors fe paffer de la 
main du dentifte. Mais pourquoi faire fouf- 
frir inutilement de pauvres enfans ? Ppurqupi 
leur ôter fans néceflîté des dents, dont l’extrac¬ 
tion , quand elles ne branlent point > leur fait 
à-peu-près autant de mal que celles des dents 
renouvelléès , parce qu’alprs elles ont encore 
des racines fort longues, 

Voilà plus de raifon qu’il n’en faut pour 
ne point ,ôter les dents dé lait fans une, gran-^ 
de néçeffité. Il refte à prefcrire la faç(m donc 
il faut conduire & gouverner la boiiche des 
enfans. . 

Quand les dents de devant commencent à 
branler , que celles qui leur fuecèdent trou¬ 
vent aflez de place, & qu’elles ne font point 
gênées par les dents de lait voifînes, iljeft bon 
alors d’ôter ces dents branlantes:, iorfqu’elles 
ne tiennent prefque plus, de la façon que je 
l’ai dit, avec les doigts ou avec un fil. Ç^iand 
les deux nouvelles dents ne trouvent pas une 
place fuffifante, parce qu’elles font toujours 
pluss larges; qUe leurs devancières , il faut.a voir 
recours Æu dentifte, (& vfaire, ôter la dent de 
lait voifîne, quoiqu’elle: ne. branle pas, parce 
qu’elle gêne la nouvelle de^nt, l’empêche de 
fe bien placer. Cette; dent par ce nioyen s^a- 
îonge fans peine, fe rédrefle naturellement, 
^ fe place bien. 



5 » 4 C O N % i k V- A T-r^o s 

Lorfqtie Ta fecoitclë^ dent vient- léeté^feieei» îa 
dent de lait qu’on a ôtée j pour favonfer l’ar-i. 
rangernent de- la première, cette' féconde dent 
à fqn'tour ne trouve plus une place fuffifante 
pour fe bien aligner; il faut donc ici-faire: en? 
coreTà même opération 'que pour la première ; 
Sc ôter la dent de lait voifine qui gêne iaUlou- 
velle. Gn fait fuceeffiveraent la même chofe 
à toutes les dents de lait qui gênent leurs vof- 
fînés, à mefure qu’ellés- fc; renouvellent.- ■ ^ 

Il eft bon de faire obfêrver que pendant ce 
renouvelle ment, -qui eommence vers l’âge de 
ûx ou fept ans, Jufqùes' à quator2e ou quinze 
ansla niâcHôiÿe s^’éténd plus ou moins, ce qui 
donrie'dé la 'place aux fécondés dents , toujours 
plus lâfgés' 4ue^ lés-préhitères, à rexcepfion de 
deu^-molaires dè lait de chaque côté de Ta mâ'- 
choire. Car les dents qui viennent les rempla¬ 
cer font ordihaîrernent'ùioins larges d’^ün tiers 
que célles^ci; de fàqori que quand ôn a conduit 
le' réhouvellémênt dés dents jufqu’à ces mo- 
lairek de laits que T’ôn-été alors , leur abfen- 
ce met à T^aifé Tés den’fà -\>difines-, &-celles qui 
lés rejmplâcèht étant bèaücqüp plus étroites s’ar- 
ïâhgênt-bien. ' - ' ; ' c 

Nous avons â chaque mâchoirfe: dix:-dents, 
qui-pour l’ordinaire fe renouvellent. Gr com¬ 
me On ;‘ne doit ôtéi; les llén'ts ide lait'^qué pour 
fairè 'place aux deUT¥%{^fi|îés , qui fârîs Céla ne 
pourroient ‘pâ^;'bi*î?^ s^àligne'r , 41 peut;arriver 
qu’une délit de Tait^îqu’on aura ôtée ne fe re- 
lîouvélte point, parce qu'il ne fë trouve point 
de gérmé'-' poqr une féconde dent ; :rnais il en 
rçfulte un hiên. Les dents qui alors- font tou- 




^-bs-D E îî T s;^ 

Jours gênées'■ pat ".rinfuffirance dfe''la* place ^ fè 
mettront àl’aire, & la brèche fe troü^éra bou¬ 
chée par les dents voifînes. Au refte quand dit 
Ôte les dents de lait avec lés précautions'^[ue 
j’ai recommandées, on ne crâiifdra jamais qu’u2 
îlè bouche foit un jour dégarnie de dents, puiE^ 
que pour mettre les fecqmles dents à leur afô 
fd,; on^ efl: toits' les-'jdurs -qbligê d’Ôter mémo 
drcés'dernières.' 

\ ^^ahd les dents toutes renouvelîées fe trotii 
vérit trop preifées , pour les mettr<e^^à" raife’î 
pouf leur dbhnér un plus beC affangemènt’ J 
&.poür empêcher qu’elles ne fe‘gâf^tv'if faüf 
ôtér à'chaque mâqhoire des deux'côtés mhë 
des"'petites molaires; ’ ' ' ,;j:^iuiGv 

- Lorfque la déht canine qui' effi^-p^iiftjuè fè rè^^ 
nouvelle la dernière,''fouvent 'êllë' ne trouve 
plus de placé ^ jperce en dehors ja mais' en-ôtàié 
alors la petite molaire voiline, bette canine fe 
glilTera d’elie-mêmè-dans la bfèche'W la-ferait 
P lira en 's’àrrangèahé^bien. n-faut faire'-cette 
opération de bonne heure . &"'dès':que l’on vpif 
oètté canine péfcer en-deffus.- II -faut encore ob- 
ferver d’ôter.la petite ntolatre de l’autre; côté ^ 
àfi'n que le " demi - cercle de la mâchoire ' fOic 
uniforme dés^^dettif côtés de-la bouche : ce de¬ 
mi-cercle fad^^cèlâ fera plus bombé du côté 
de la mâchoire où l’Oh aura laiffé fubfiftér'la 
petite molaire, que ; du côté oppôfé j- ce -qui dé=i 
figure cette partie,'& rend'la mâchoire’ irrégus- 
Hère;; \ - ^ ' 

Quand les mâchoires font trop évâfées, Si 
que le demi- cercle de là mâchoire a une forme 
défagréable, il faut de même de bonne heure. 

D 4 



0 Q- ^ ^ B. R f- A ir 

ôter de^ chaque côté la petite - molaire j la 
çhoire ce moyen prend une forme plu| 
agreaSle, & le demi-Gercle devient régulier. /’ 
Quand la mâchoire inférieure avance & dé^ 
palfe la fupérieure, le menton alors fait une 
faillie dont la diiformité très-commune s’ap¬ 
pelle trivialement menton de galloche. Qn peut 
corriger cette düFprmité par le moyet^ des pla¬ 
ques qui font gravées dans mon livre ; mais. G â 
l’âge de feptans on a l’attention de faire ôtera 
l’enfant de chaque côté^j feulement à la mâchoi¬ 
re inférieure, (& jamais à la fupérieure) la pre- 
pîière grpffe molaire qui alors ne fait que de 
parpître » la mâchoire inférieure prendra un jplus 
petit volume, tandis que la fupérieure, cpn- 
ferv?nt.le,-Gen:i s?élargira même par le moyen 
des groltes, dents qui viennent enyirpn à 13 ans, 
pr ces groliès; dents rem'pïiïïant la brèche quç 
les dents ôtées depuis iqng-tèms ont lailïeei 
elles ne feront ppiiit, çpmme à'^.m^phofre fu¬ 
périeure, étendre le depiim^rclë" de finférieu- 
re^ celle-ci peu-à-peu .avancera moins , & Iq 
faillie du menmn fs-f^rpuyerâ corrigée. Ce pro¬ 
cédé tout mouyeau, que je ne fajs qu’indiquèr;^ 
pourra fuggerer aux dentilies di^rens-moyens 
pour réformer en pluGeu^s cas |es défagréniens 
du yifage. Le plan où_ je me.,fuis borné,, né 
ne me perniet pas d’ajputer rien-de plus fur 
cet pbjpt. : Mais M. C^p^eron , qui dans nos fré-- 
quens entrétiens m’en a fait haître ^ l’h,eur.eu.fé 
idée, doit publier inceliamnient Un ouvrage, 
GÙ cette intérelïante matière fera traitée- de 
& ne iaüîera rien à déGrer<* 




U A RT 

D E 

SOIGNER LES PIEDS, 



INTRO DV CT ION. . 

C^’Est. à feu M. Rouflelot, mon prédécefleur 
à là Goût , qite lé public eft redevable des pre¬ 
miers élémens de: l’art de foignér les pieds, 
-Avant lui, MitQn^.> Duval, Àuvray, Poujfe & 
quelques autres a voient donné des fpéciiiques 
pour les cors, & avoient acquis une certai¬ 
ne confiance j mais à peine ces praticiens êtoient- 
ils connus. : . 

- M. Rouiïèlot fit imprimer en un ou¬ 
vrage-intitulé : nOMvelleJjObfervations fiir ïe irai- 
■femmt. des cors i en 1769, un autre^, inti¬ 
tulé -. toilette des. pîeAs, ou traité de la-guérifon. 
dès cors , verrues. ^ : autres maladies de la peàu. 

Quoique ces deux ouvrages ne continiTent 
pas tous les détails néceifaires fur cet objet, 
ils iie làiflerént pas de faire connoître leur au- 
teùrs & de le iïigttre en réputation. Hs firent 




^0 I ^ T R 0 D tr ef T I O î?» 

auflî connoître qu’il étoit poifible d’obtenir def 
ibulagemens, qui, par la fuite, pourroient pro- 
çurer la guérifon radicale des cors & des au¬ 
tres incommodités qui furviennent ^ux pieds, 
ou, au moins, une cure palliative. 

L’ouvrage imprimé en 1753, ne contenoife 
que des détails peu fatisfaifans j, mais celui que 
M. Rouflelot publia en 1769 , faifoit le détaü 
de ce dont -le premier, ne donnoit que l’idée ; 
■auflî fut-il enlevé dès qu’il parut. Le projet de 
l’auteur étoit de faire une nouvelle édition de 
cè traité fi bien accueilli du public j mais il 
mourut trop tôt pour l’exécuter. Devenu fon 
fuccefleur pour le fervice de:la Cour, & ayant 
traité avec fa veuve, pour lui laifler, fa vie 
durant, le moyen d’élever fa famille, je demeu¬ 
rai pbflefleuf de fes manufcrits, notes & o.b- 
fervatioiis. Je formai alors le projet de., faire 
imprimer ce qu’une pratique confiante du foin 
des pieds & lés remarques de mon prédécefleur 
m’avoient appris , pour les communiquer zv. 
public, dans l’ouvrage que je lui préfente. 

■ Une chpfe çèpendant m’arrêtoit dans l’exér 
cutiqn de ce projet le défaut de qualité en 
public. Mohlîeür, frère du Roi, m’honjora;,. en 
Ï77S » d’üii brévet de chirurgien pédicure^ 
'attaché au fervice de fa ^erfonne y 8 c le pre^ 
inïer avril de cette année 1780, Monfeigneur 
le Comlè d’Artois m’a honoré du même .titre, 
L’obftacle levé, j’ai mis la dernière main à cet 
ouvrage. S’il n’a pas le mérite de la diéiioHj, 
il aura certainement celui de l’obfervadqn l^ 

plus ferupuleüfe, de la pius vérité 



Ï^TKOÈtlCtïdîT. éf 

Au mois d’odobre dernier , le roi m’a honoi. 
xéde fa confiance j & ce nouvel emploi auprès 
de Sa Majeftéj n’a fait qu’augmentèr le defir 
que j’ai toujours eu de me rendre utile au public. 

II ne faut pas confondre lê foin des pieds i 
avec les fpécifiques propres à la guérifon des 
cors. Xa toilette & l’entretien dés pieds con- 
fiftent fimplement à fe les faire foigner métho¬ 
diquement j Sc dé manière à prévenir ou dé¬ 
truire tous les aceidens qui les affedentj ce 
qui ne tient en rien au charlatanifme. 

2“. Comme c’eft une des premières joüiflan- 
ces de’la vie, que ^de pouvoir-fe tranfporter 
librement où la volonté conduit î fi l’on fent 
de la douleur aux pieds, l’on néglige de mar¬ 
cher , & la fahté pat contre - coup » en reçoit 
Un dommage réel. 

La méthode de foigUer les pieds ne peut que 
s’accréditer de jour en jour, puifque fon but 
tft de maintenir les pieds dans une aifance & 
dans une libèrté continuelles, & que l’on doit re¬ 
garder comme le plus grand des aceidens qui 
puiffent leur arriver ,- celui d’être privé de quel¬ 
ques mouvemens aux articulations- 

Deux câufes contribuent aux aceidens qui 
àffeâent les pieds , la marche forcée & les chauf. 
furesî une troifîème que l’on pourroit 7 join¬ 
dre , eft le peu d’attention que l’on apporte à. 
les foighenOn doit cependant rapporter le tout 
à là chauflure ; car j en fuppofarit la plus grande 
fatigué à les pieds, malgré leur délicatelTe, la 
fupporterôient &: s’endurcir oient, fi l’on n’en 
portoit pâSi . 



53 I TT T R O D U C T t O N. 

Les chauffures, en effet, expofent à des frot- 
temens continuels , qui donnent lieu à des cors, 
des durillons & des oignons : elles gênent les 
ongles dans leur accroilTement ^ elles concen¬ 
trent la tranfpiration naturelle, & la changent 
iouvent en une fueur âcre & corrofîve ; la peau 
s’excorie : de là réfultent divers petits accidens, 
qui, faute de foins, donnent naiifance à une 
infinité d’autres beaucoup plus fâcheux. 

Le rapport & la connexité des différentes 
parties qui compofent le pied, devroient bien 
eng^er à lui conferver la liberté dans tous 
fes mouvemens, qui déjà font gênés par la 
chauffurej cependant c’eft la chofe à laquelle 
on penfe le moins. - 

Obligé, par état, de chercher la caufe de ces 
accidens, j’ai examiné de près le travail que 
font les doigts ou orteils 'dans la marche, & 
j’ai remarqué que ces rnêmes orteils étoient, 
non-feulement toujours en aélion pour main¬ 
tenir l’équilibre & le poids du corps, mais 
encore qu’ils fervoient infiniment au mouve¬ 
ment de progreffion j ce qui fouvent occafîonnê 
les douleurs momentanées, qui arrivent dans 
ces parties. 

Nous apportons-tous en naiffant une manière 
de marcher qui nous eft donnée par la nature , 
& qui tient beaucoup à notre conftitution pre¬ 
mière : un rien peut déranger cette marche; 
ce dérangement caufe des douleurs auxquelles 
on ne fait d’abord point d’attention : l’on fou¬ 
lage la^ partie douloureufe, en fatiguant le côté 
oppofé> l’on perd infeniibiement fa marche j 



Introduction. 

&, comme il y a beaucoup d’articulations-, il 
en refte d’immobiles : la liqueur fynoviale s’é- 
paiflît & fe durcit au point de fonder exade-^ 
ment deux os dans l’articulation j l’on marche 
alors comme fi l’on avoit des pieds poftiches. 
C’eft bien', je le répète, le plus grand des ac- 
cidens, parce qu’il eft abfolument incurable. 

J’ai vu plufieurs perfonnes à qui il auroit 
abfolument été impoffible d’écarter un de leurs 
orteils, pour s’ètre mifes dans le cas dont je 
viens de parler, ou pour les avoir forcés dans 
des chauifures trop courtes ou trop étroites. Les 
orteils n’étoient plus rangés comme ils dévoient 
l’être naturellement, ce qui occafîonnoit des, 
durillons fâcheux au talon & à la plante du 
pied. 

Les cors, qu’il ne faut pas confondre avec 
plufieurs excroiffances cutanées , occupent tou¬ 
tes les parties du pied , mais principalement 
la tête des os qui entrent dans fa compofition, 
les jointures des phalanges, dans leurs parties 
latérales , à leurs extrémités, ou la plante du 
pied. Ils font très-douloureux, lorfqu’ils ont ac¬ 
quis une; certaine groffeur, & qu’ils font for.- 
cés, ou dans les changemens de tems. Ils font 
tous d’une même nature, formés par la même 
caufe,, mais plus ou moins compliqués. Leur 
guérifon n’eft pas impoffible 5 mais il eft im¬ 
prudent de l’affurer. 

Les verrues font ordinairement placées à la 
plante du pied. Elles font très-douloureufes à 
cette partie, parce que tout le poids du corps 
porte deffus j mais il s’en trouve peu. Leur fié» 



§4 I N t k b B ù c T i 0 ÿ; 

le plus ordinaire eÜ: aux mains î elles en bc- 
éuperit indiftinâément toutes les parties : elles 
proviennent d’une humeur lente & bralTe, dur, 
cie dans les pores de la peau. Leur nature efl: 
abfolument différente de celle des cors, en ce 
Qu’elles jettent leurs racines en-dehors j au lieu 
que les coirs ont les leurs éii-dedans. Il y a 
beaucoup plus d’erreurs populaires fur leur 
traitement j que de moyens certains pour les 
guérir J cependant jé puis affurer leur guérifon 
avec les caUftiques, mais cela démânde dès foins 
<& la préfence d’un praticien inftfuit. 

Le durillon , en général èft Une fuite 
des divers frottemeris qui macèrent & déta- 
ehent l’épidèrme j ou furpèaü. Cpmnié elle fé 
fégénère ayec beaucoup de facilité , il s’en dé¬ 
taché une grande quantité j qui, fe réuiiidàntj 
forme une efpêçè de carton. 

Le durillon fe détruit, eh détrùifarit la caüfé 
^üi y a donné lieu* Le moyen de lui procu¬ 
rer Une guérifon palliative, èft de le diminuef 
avec un inftrument commode^ 

Les oignons ont leur fiège fur la tête de l’üii 
des os du raétatarfe, & à fon articulation avec 
îè pouce ; ils font fouvent la fuite de la dépreft 
fioil des lames pffeufes de là tête de cèt os i 
caUfée par une chauffure trop courte. Les femî 
mes y font plus fujettes qiie lès hommes, par¬ 
ée que leur chauffüre leur jette toujours le pied 
ên devant, & comprime l’articulation de cet 
orteil. 

La prefljon. des oignons contre' la cHaufrU-» 
tes arrête la circulation j êa caufè la ftagnâtiPii 

des 



î N T R a D ÎJ C T t d ÏT. éf 

dès liqueurs; elles entrent alors en fermeîitation >, 
& fouvent elles s’abcèdeiit avec douleur : il ne 
faut pas en ce cas s’efforcer: de marcher. J’in¬ 
diquerai ci-aprèis les nïoyens de lés foulager, 
ou de les guérir. 

Les maux qui furviéniiént aux ongles font 
de deux éfpèces. lis proviennent, ou d’ün vice 
de première conformation, ou d’accidens inat¬ 
tendus j ,comme lorlqu’il tombe deffus quelque 
corps pefant, ou qu’ils éprouvent un choc vio- 
lenti Je détaillerai cet objet à foii article. Je 
dirai feüleràent ici, qu’à l’égard des aceidens 
qui leur arrivent j il faut, le plutôt poffible,, y 
tremédier, fi l’on Veut éviter, leurs'mauvaifes 
conformations. , . , . , 

Il eft une efpèce d’incopnjqdité, qui fou- 
Ireilt'âffecte,les pieds, & qu’on nomme engetu- 
tes -OU mules-, fuivant rerîdrqic auquel elles 
s’attachent» Cette incommodité à pour principe 
iaftagnation dufang, caufée parle reffèrfemsnt 
des vaiffeauX capillaires de la peau, ce qui n’eft 
occafionné que par la rigueur du froid» Lès hu¬ 
meurs 9 ainfi fixées, déchirent & ulcèrent les 
parties, & leur féjour les, fendant.plus âcres, 
occafiorine la douleur qu’oii y éprouve, 

La trànfpiration naturelle , interceptée par 
les chauffures , ne demande que des foins. La 
lueur perd le piechv îa^peau s’ëxeorté , ,fe brû¬ 
le, blanchit-, & il devient ttès-douloureux. On 
trouvera ci-après les rnüyeas de parer à cet iii- 
Gonvénient. 

îl n’eft point de petits maux aux pieds , par- 
Gé qu’ils donnent riaiffance à une infinité d’au-*- 

È 



très , beaucoup plus fâcheux, comme je viens 
de le dire; mais c’eft particulièrement dans la 
jeunefle que l’on y doit faire attention , parce 
que, dans ce tems, il eft toujours poffîble de 
remédier aux accidens. 

Ce font ces confidérations qui me font ha- 
farder d’écrire fur une partie qu’il faut tirer 
de l’aviliflement. Mon défintéreffement fera bien 
prouvé, quand le public connoitra, par les 
détails exads de* ma manière d’opérer & de 
foigner les pieds , que je n’ai d’autres vues que 
de lui être utile. Je fuis même perfuadé que 
mon exemple encouragera nombre de praticiens 
en cette partie, à tâcher de mériter fa confian¬ 
ce , & j’aurai alors le bonheur d’avoir contri¬ 
bué à délivrer, ou préferver l’humanité de 
maux, qui, légers en apparence, vont fouvent 
iufqu’à conduire au tombeau; ce qui n’eft pa? 
*ns exemple. 



C ^7 ) 


CHAPITRE PREMIER» 

DES CORS. 

Article Premier. 

Définition des cors> , 

JLé cot a pris différentes dénominations, fuî* 
vant les diflierens auteurs. Avicenne {a) le dé¬ 
finit une excroilTance à peu près de la nature' 
dés ongles, laquelle vient près des jointures - 
& vers les. extrémités des doigts des pieds: il 
le nomme corne de pieds. Cette définition ne 
paroit pas conforme à la nature des cors. 

Les Latins ont appellé le cor, verrue blanche 
ou doUi par la reffemblaiia| qu’il a avec la tête 
du clou. Quelques-uns font encore nommé 
teil de pie ou de coq, à caufe d’une certaine t⬠
che noire que l’on apperçoit au centre j & que 
l’on diroit être la prunelle d’un œil. 

^ Plufîeurs auteurs, dans leurs Traités com¬ 
plets fur l’art de guérir, ont dit un mot de 
cette partie. Cslfe ( ), traitant des maladies 


(ûXLib. 14. 

,^b) Lib. î. cap. 28. n*?, 14. 





^8 Chapitre Î. 

de la peau, diftingue les cors qui abondene 
moins en iang, que les autres exeroiffances de 
la peau. Beritard Valentin (/i) en fait mention 
dans îa grande chirurgie, & rappelle des exem¬ 
ples de malheurs arrivés par la fedion impru¬ 
dente des cors. Juncker en fait un arti¬ 
cle détaillé, dans lequel il cite divers moyens 
propres à leur guérifon, Verduc (c) touche 
auffi cet objet dans fa pathologie. Heifter ^dy 
en donne un chapitre entier,, qu’il divife en 
deux articles. Doiœus (e) dans fon Encyclo. 
pédie, Pigray (/} dans fon Epitome, Lavau- 
guion (^) dans fon Traité des opérations, Coî- 
de-Villars'(b) dans fon cours de ehirurgie, 
& nombre d’autres, traitent des cors des pieds j 
mais après avoir parco:uru tous ces auteurs 
on a le défàgrément de voir qu’ils fe font preP. 
que tous copiés, fans entrer dans aucuns dé¬ 
tails fatisfaifans fur cette partie. 

En-général on pourroit définir le cor, urt 
tubercule rond, ou excroiiTance cutanée, qui 
approche de la natu{|| de la verrue ou duril¬ 
lon, parce que, dans ce cas, il paroit une émi¬ 
nence fur la peau. 


(à) Sed. 4-. §. J. 

(6) Cap. i7â. 

(c) Tom.i. càp. 51. arhs. 

(d) Cap. 176. 

Ce.) Lib. 7. 

(/) Cap. 15. 

C^) Chap. 4ç. 

(/() Des tumeurs, chap. 5. art. 



D E S Cor s.. 

M. Wifetnann (i) penfe qu’il y a une diffe¬ 
rente eflentielle entre le cor & la verrue, eit 
ce qtie celle-ci pouffe ' la peau en dehors, & 
que l’autre commençant à la cuticule;, jette 
les racines en dedans. 

La pratique m’a confirmé cette vérité^ je puis 
même ajouter qu’il y a encore une très-grande 
différence entre le cor & le durillon, en ce que 
celui - ci n’occupe que la fuperficie de la peau, Sc 
que jamais il ne pénètre plus avant , tandis que 
le cor & la verrue ont leur fîège dans la partie 
intérieure de la peau, nommée le cuir. 

Je vais, fans m’arrêter à de plus amples dé¬ 
tails , papr au développement des cauiès ds 
cette infirmité. 

Article IL 
Des caufes ^ de la nature des cors. 

On attribue la caufe du cor à une humeur 
épaiffe & vifqueufe, durcie dans les pores de 
la peau par une preffion conftante, qui for¬ 
me enfin une fubftance calleufe. 

(a) Platérus prétend que ces excroiffances 
font produites par le lue nourricier, deftiné 
.à l’ufage de la peau, arrêté & durci dans les 
pores par une preffion conftante. 

Selon le fyftême de Lavauguion, il femble 


(i) Chirurg, lib. i. c. 20. 

(a) Troifieine titre ds l’Extubérance , page ' 

E 3. 




70 C H A P î T R « 1. 

quels caufe-du cor provienne de la rupture 
des filamens nerveux du rézeau, ou plexus de 
la peau , & qu’alors le fuc nourricier qui fe dif-: 
tille continuellement de leurs extrémités , Te 
coagule fous l’épiderme , & forme, par foii 
épaiffilfement la fubftance du cor. 

Ce fyftême eft non feulement vraifemblable, 
mais encore il fe rapporte à tout ce que j’ai 
pu examiner dans la pratique; car je n’ai jamais 
trouve un vrai cor qui ne foit ou fur l’articu¬ 
lation des phalanges, ou à i’extrèmité de l’une 
d’elles. ■ 

Je conclus de-là que la. caufe du cor & celle 
du durillon font la même. C’eft une preffion, 
ou un frottement qui leur a donné lieu ; à la 
différence cependant que la preffion confiante 
donne plus fouvent des cors, comme les frot- 
temens donnent des durillons, parce qu’ils at¬ 
taquent plus particulièrement fépiderme, ou 
furpeau, & que fon fiège eft dans cette partie, 
tandis que la preffion confiante fait éprouver 
au plus profond de la peau un ferrement con¬ 
tre la tète des os ; ferrement qui caufe enfuite 
le déchirement. Ce qui fuit va le prouver. 

En découvrant légèrement la fupcrficie d’uti 
cor avec ua? inftrument tranchant, on apper- 
qoit quelquefois deux & même trois points 
blancs, que le vulgaire appelle racines du cor; 
ce font autant de points cfe rupture-où la cir¬ 
culation de la lymphe s’eft arrêtée & épaiffie. 

J’ai trouvé la fubflance calleufe du cor quel¬ 
quefois fi ferme & fi fèche, que ceux qui en 
étoieut incommodés, brufquant la douleur , oc-^ 



cafîonnoient bientôt des meurtriiTures qui for- 
moient des tumeurs & des abcès î &, dans ce 
cas, le foyer de la fuppuration, fe trouvant 
au plus profond, & le pus ne pouvant fe faire 
jour à travers le cal, il occafionnoit des rava¬ 
ges affreux, qui, par un caprice delà nature, 
ont opéré la guérifon radicale , parce que la 
préfence du pus avoit détruit les adhérences 
du cor, & que, lors de la cicatrice, les liqueurs 
avoient pris d’autres^ routes ; mais c’efl: un 
moyen bien dangereux. 

Quelquefois cette fubftance eft comme delà 
glu, par trochique affez confîdérable s mais cela 
n’arrive qu’aux perfonnes avancées en âge, & 
dont les cors font anciens , parce qu’il y a long- 
tems que la nature s’eft frayée cette route, qu’elle 
s’y dégage en abondance, & que les liqueurs 
font dans un plus grand degré d’atténuation^ 

Je l’ai vue (rarement à la vérité ) fermenter, 
au point de fe diffoudre en eau, renfermée, 
dans une efpèce de kifte, que l’on trouvoit après 
avoir découvert la première fuperficie. 

Il fe trouve nombre de cors, en d'eflbus det. 
quels il y a une petite poche pleine d’un fang 
vermeil, qui, dans l’inflant où il entre en fer¬ 
mentation, caufe de grandes douleurs. 

Il eft une efpèce décor qui fe place aux ar¬ 
ticulations des phalanges des orteils, particuliè¬ 
rement au petit doigt, & qui caufe des dou¬ 
leurs cruelles. Je l’ai examiné de près , & j’ai 
cru reconnoître que ce cor provenoit, comme 
les autres, de la rupture , ou du déchirement 
des filaraens nerveux de la peau i mais que ces/, 

£ 4 



ha P I T R E R 


décliiremens s’étalit feits dans un tems où les, 
capfules des articulations ont été tuméfiées , il 
s’eft fait une adhérence de la peau avec ces cap- 
fuies ligamenteufes ; & cela eft d’autant plus 
douloureux, qu’au moindre frottement, la peau j 
faute de jouiffançe, s’en troiive vivement a& 
fedlée. 

Ordinairement çes cors abondent moins en 
matière excrémenteufq à leur fuperôcie-, mais, 
au moyen de l’adhérence, les liqueurs étant les 
mêmes, il n’eit pas étonnant qu’elles fe foient 
ouvert des paflages, & qu’elle fe pompent mu^ 
tuellement. 

Je ne dois pas oublier de dire que tous les 
vrais cors ne viennent pas feulement aux or¬ 
teils, J’ai dit que le frottement fur les parties 
oiTeufes , ou la preffion extérieure, caufoit les 
déchiremens qui donnent nailTance aux corsi 
la plante du pied, fes parties latérales même en 
font quelquefois,attaquées : alors çes cors font 
environnés d’un fort durillon qui augmente 
leur volume , qui les fatigue beaucoup , & qui 
Iss rend très-douloureux. 

Article III. 

De la dmleitr oecafioimée par les cors. 

Plufieurs eau Tes contribuent à la douleur 00- 
eafîonnée par les cors. J’ai déjà fait voir que 
xeux qui avoient des adhérences aux membra¬ 
nes, étoient très-douloureux. 

Quant aux cors ordinaires, qui ont à leurs 
extrémités une forme calleufe, il fe fait une 41 - 



D E s C O R 73 

tration continuelle. La fource étant au fond, 
il faut qu’elle fade elFort pour fe faire jour, & 
elle occafionne par-là des drailleniens affreux 
& infupportables ; cé qui caufe quelquefois une' 
inflammation très - douloureufe. 

Le cor efi: abfolument infenflble en lui-même; 
la douleur n’eft oocafionnée que par l’intimité 
& l’adhérenee qu’il a avec la peau. La preuve 
en réfulte de la quantité que l’on peut en em¬ 
porter avec rinftrument, fans caufer aucune 
douleur. 

L’on pourroit comparer l’humeur excrémen- 
teufe qui forme la fubftance du cor, à de la 
corde à boyau, laquelle fe refferre dans la fé- 
cherefle , & fe gonfle dans l’humidité. Dans l’un 
& l’autre cas, elle caufe de la douleur, & ibu- 
vent de l’inflammation ; ce comme le prétend 
JDmiis (a), fait Aire à tous ceux qui en font in~ 
commoâés , qiCils ont aux pieds un almanach qui 
leur annonce le changement de tems. 

Avant d’indiquer les moyens de guérifon pal¬ 
liative, ou radicale des cors, je crois devoir 
indiquer ceux de faire cefler & difparoître cer¬ 
taines excroiffances cutanées, qu’il ne faut pas, 
confondre avec les cors. C’eft ce que je vais 
faire dans l’article fuivant, pour raettfe ceux 
qui en font incommodés, en état de les düHn- 
guer & d’être en garde contre les charlatans, 
qui, ayant pu guérir ces fortes d’excroiflances, 
fe flattent de guérir également toute efpèce de 
cors. 


0 ?) Opération de chirurgie, page 656. 



74 C It A P I T R E ’ï. 

Article IV. 

De quelques excroijfames cutanées , auxquelles on 
donne vulgairement le nom de cors. 

Il furviént aux pieds nombre d’excrçiflànces 
cutanées dont le détail feroit ici hors de place. 
On peut confuiter les auteurs qui ont traité des 
maladies de la peau, principalement le dodeur 
Turner (a) & autres. Comme je n’ai pris pour 
fujet de ce Traité que ceux des accidens qui 
font caufés, foit par la fatigue de la marche» 
foitpar les chauflures, je me borne à cet ob^et. 

IL fe fait entre les orteils des frottemens en 
marchant. Si ces frottemens font continus, ils 
brûlent !a peau ; elle devient blanche de la lar-, 
geur d’une lentille, parce que la fueur ou la 
tranfpiration interceptées , occalîonnent une 
inflammation dans ces parties. 

Le moyen d’ètre foulage, c’eft de faire em¬ 
porter avec un inflrument la partie blanche & 
brûlée, de fe repofer, & de mettre entre les 
orteils aifedés un morceau de moufleline unie» 
qui defleche cette partie. Il ne faut pas crain¬ 
dre que le coton çaufe d’accident, parce que 
ces parties ne font jamais au vif. 

Entre le petit orteil & le voifin , près de 
leur articolatîon avec les os du métatarfe, la 
peau fe trouve continuellement comprimée & 
pincée en marchant, ce qui détache l’épider- 


^a) Traité des maladies de la peau, art. 2 . chap. f. 




Des Cors; 


7Î ' 

. me ; &, par la facilité qu’elle a de fe régénérer, 
elle Jette continuellement à l’extérieur des fu- 
perfluités que j’ai vu quelquefois égaler la grof- 
feur d’une noifette. 

Le moyen le plus certain de fe délivrer de 
cettè incommodité, c’éft de faire emporter avec 
un inftrument tranchant ce fuperflu. Le fond 
fe trouve vif & vermeil , c’eft ce qui caufe de 
la douleur, parce que ces excroiifances, imbues 
d’une fueur âcre & corrolîve, irritent perpé¬ 
tuellement ces parties. 

Après cette opération, il faut fortifier l’efpè- 
ce de plaie avec de l’eau-de-vie de lavande,oit- 
autre infufion de (impies à froid dans l’eau de- 
vie. On'garnit enfuite l’entre-d’eux des doigts 
avec du coton cardé, que l’on a foin de chan¬ 
ger tous les jours, parce qu’il fe pelote, & l’on 
fe repofe autant qu’il eft poffible. 

On peut traiter ces incommodités comme les 
brûlures, parce que ce font en effet des efpèces 
de brûlures, caufées par le frottement que fouf- 
frent les orteils dans le marcher. L’onguent 
qui fuit m’a fouvent réufîi : 

Deux blancs d^æufs , deux onces de tutie d'Aléxaiu 
drîe , deux onces de chaux vive , lavée dans 
neuf eaux , une once de cire neuve > ajoutez-y 
mitant d'huile rofat qu'il en faudra pour en 
faire un onguent de moyenne confijïance. 

Pour l’employer, on prend de la laine graflf ; 
çn en forme un peloton que l’on enduit de 



7^ C H A P I T R E I. 

cet onguent, & on l’affujettit avec une petite 
bande entr^ les deux doigts. 

J’obféry^rai que ces excroiflances fe trouvent 
plus particulièrement aux pieds des femmes. 
Elles font occafionnées par leurs chauflüres, 
qui contiennent leurs pie^s comme dans une 
efpèce d’entonnoir, où ils s’efforcent toujours 
d’entrer, au moyen de la hauteur de leurs ta¬ 
lons. 

Enfin, à divers endroits du pied, par uii 
defféchement des fibrilles nerveufes de la peau, 
il fe forme à la fuperficie de petits nœuds qui 
ne laifTent pas de gêner les parties voifines, & 
qui, d’ailleurs , prennent de l’accroiffement ; ce 
qui eft auffi gênant que fi l’on avoit des grains 
de fable dans fes chaufTures. Il faut les empor¬ 
ter au plus profond de la peau, cela lui redon¬ 
ne fou élafticité première $ &, comme il eft 
polîible de les emporter entièrement, ,& quhl 
ne refte aucune végétation, une ou deux opé¬ 
rations délivrent pour toujours de cette incom¬ 
modité. 

Article V. 

De la, <ure palliative des cors. 

La cure des cors fe divife en palliative , & 
en radicale. Souvent celle-ci eft la fuite de l’au- 
tre ; mais elle ne peut jamais fe tenter , que 
l’on n’ait mis la première en ufage. 

La cure palliative confîfte à emporter & ex¬ 
traire , autant qu’il eft pofEble, le cal des cors » 



Des Cors. 


77 

avec un inftrument tranchant, car il eft cer¬ 
tain que les cors fe reprodùifent des racines 
du cal que l’on n’a pu extraire. 

Plufieurs perfoniles font dans l’ufage de met¬ 
tre leurs pieds dans l’eau une demi-heure, ou 
environ, avant de procéder à cette opération ; 
mais il eft bien plus avantageux de les fàire 
couper & extraire à,fec, lors , toutefois, que 
l’on confie fes pieds à un praticien prudent. 

Celui qui opère peut & doit découvrir, fans- 
douleur, la fuperficie des cors: cela lui fait 
appercevoir les différens couloirs de la matière 
excrémenteufe, qui s’annonce par autant de 
points blancs ou noirs , que vulgairement on 
xiommeracinés ducor. On les cerne au plus pro¬ 
fond , ce qui eft d’autant plus facile, que ces 
parties , n’étant pas ramollies par l’eau, paroif- 
fent fort diftinéles. 

H ne faut employer aucune force pour cou¬ 
per les cors, mais feulement contenir l’inftru- 
ment , & en élever le tranchant , afin qu’il ne 
s’engage pas dans le cal. L’inftrument qui fert 
à découvrir la fuperficie du cor doit être plat; 
&; ceux qui doivent fervir à cerner les racines 
doivent être pointus & concaves, afin de les 
extraire au plus profond. Si cependant la fu¬ 
perficie du cor étoit fi ferme & fi fèche, que 
l’on ne pût l’emporter fans courir le rifque 
d’émouffer le tranchant de l’inftrumerit, ou eau- 
fer des tiraillemensdouloureux, il faudroitbien 
rhumeéler avec de i*çau tiède fimple, ou avec 
des fpiritueux. 

Les cors qui » après avoir été découverts à 



Chapitre I. 


leur fuperficie, ne lailTent appercevoir aucun 
point blanc ou noir;, ne doivent pas être cou¬ 
pés fort avant, autrement ils faigneroient. U 
faut, quand on apperqoit au fond une couleur 
de chair alfez naturelle, tondre les environs , & 
l’Opération eft faite. S’il exifte au deflbus du cal 
une efpèce de kifte rempli d’eau, il faut lui don¬ 
ner ilTue ; & s’il y a du fang prêt à s’extravafer , 
ce qui s’apperçoit à une tache rouge & ver¬ 
meille qui occupe le centre , il faut enlever tout 
ce qui eft cal,'-& ne laiiTer qu’une pellicule 
fur la poche de fang qui fe defléchera, ou, ce 
qui eft mieux, lui donner ifllie. 

Cette première opération bien finie, l’on 
met les pieds dans l’eau environ un quart- 
d’heure ; les adhérences à la partie calieufe que 
l’on vient d’extraire, fe gonfient j il paroit, où 
étoit le cal ,,une 4iévation très-blanche & fpon-. 
gieufe, que l’on emporte de nouveau au fortir 
de l’eau. C’eft alors que l’on peut être affuré 
d’avoir obtenu une guérifon palliative affez du« 
rable i fouvent même, par ce moyen, j’ai dé¬ 
truit plufieurs cors. Je vais à préfent détailler 
les inçonvéniens qui fuivent la méthode de 
mettre fes pieds dans l’eau ayant de faire cou¬ 
per fes cors, & indiquer les vrais moyens’de 
les foigner foi-même avec fureté. 

Mettre fes pieds dans l’eau , c’eft donner lieu 
à un ramolliffement de toutes les parties caî- 
leufes i c’eft .mettre & le cal, & les chairs qui 
l’avoifînent, dans un même état, de manière 
qu’il n’eft plus poffible à celui qui opère de 
dîftinguer ce qui eft cal d’avec les chairs, & 



Des Cors. 


79 


Il a bien plus de peine à conduire l’inllrument. 
Il fe contente alors de cerner le cor au plus 
profond, & de tondre les environs- 

Mais quelque habileté, quelque connoifTanca 
que l’on ait dans cette partie, il eft impoffible 
de ne pas laifler exifter quelque portion calleu- 
fe, qui ne feroit pas reftée en fui vaut »îa mé¬ 
thode que j’ai précédemment indiquée. 

Cependant cet ufage ne doit pas être prof, 
crit entièrement ; car, li l’on coupe fes cors 
foi-même’, il eft bon de mettre fes pieds dans 
i’eau demi,heure avant : la raifon de cette pré¬ 
caution eft, que l’on eft toujours mal à l’aife 
pour opérer, & que fî, malheureufement en 
coupant un cor, l’inftrument venoit à s’engaJ 
ger dans le cal avant que l’on eût fenti de la 
douleur, on pourroit avoir attaqué une partie 
fierveufe ou tendineufe, ouvert les membra¬ 
nes de l’articulation & féparé les ligamens , ce 
qui peut caufer des ravages,affreux, & même 
la mort. 

Il ne faut pas croire qu’en coupant un cor, 
Sr le faifant faigner, il peut s’enfuivrela mort, 
c’eft une erreur t s’il arrive des accidens f⬠
cheux, ils ne peuvent être que les fuites de la 
négligence & du peu de foin que l’on, apporte 
à ces coupures j car fouvent, en coupant un cor 
foi-même & à fec, l’inftrument s’engage dans 
le cal jufqu’au vifj on retire l’inftrument & 
le cal, venant à fe rejoindre, enferme ou du 
fang qui s’extravafe , ou de la mal-propreté, 
ce qui caufe une fuppuration fouvent dangereux 
fe, particu^èrement fi le fang eft attaqué de 



§Ô C H A ^ î î îl Ë t. 

quelque vice ou Ci les perfonnes font fort âgées i 
éc ont par conféquent les extrémités fùibies & 
débiles. 

Cette cure, que je nomme palliative j pour- 
roit s’appeller de préparation pour parvenir à 
la radicale ; car il feroit impoffible d’efpéretf 
cette dernière s Ci l’on n’avoit primitivement 
mis celle-ci en ufage. 

A R T I c L É VL 
De la cufe Yaâicale des corSs 

îl faut toute la hardiefle poffible pont adufet 
■fa guérifon radicale de toute efpèce décors, 
& une GonüancG aveugle & témérairè pour fe 
livrer aux épreuves dangereufes que l’on met 
"en üfàge, & dont on eft fou vent la vidime. 

J’ai fait voir la nature des cors j & prouvé 
^ le peu d’affurance que l’on pou voit donner de 
leur guérifon j rnais^ d’ailleurs , il eft facile de ‘ 
juger fonmême que lorfque lâ nature s’eft frayé 
la route d’un écoulement quelconque , il eft 
extrêmement difficile de la changer/ Tout ce 
■que Pon peut faire ^ c’eft d’eflayèr avec eirconf. 
peélion de la détourner ; mais on iîe peut ja* 
mais en aifurer la réuffite pofîtive. 

J’ai fait quantité d’épreuves fur nombre 
de perfonnes qui auroient tout rifqué pour 
en obtenir la guérifon : elles m’ont fou vent 
réuffi ; mais j’ai employé divers moyens , & 
'fouvent je n’ai réuffi que contré mon attente, 

' ■ ■■- taiîidis 



DES Cors. 


8i 

tandis que celles qui me paroilToient infaillibles 
n’avoient aucun fuccès. 

Ce n’dc pas d’aujourd’hui que la recherche 
duü ipécinque pour les cors en général, a été 
reconnue infruclueufe. Le doéleur Turner (a) 
dit d’aprts Sydenham , i’Hippocrate Anglois, 
que fi quelqu’un employoit toute fa vie à dé¬ 
couvrir un fpécifique pour les cors , il méri- 
teroit bien de la. podérité, & auroit fuffifam- 
.ment fervi le genre humain. 

D’après des autorités de cette efpèce, ne fe- 
roit-ce pas une ^ folie que de fé vanter de 
polTéder un fpécifique radical pour la guérifon 
de toute efpèce de cors ? n’eft-ce pas une ab- 
furdité incroyable d’imaginer que le même fpé- 
cifiqne agira avec la même force fur les qua¬ 
lités différentes des peaux? Il faut n’avoir ja¬ 
mais vu ni fuivi l’accroifrement'& la deftruc- 
tion des cors, pour tenir un pareil langage. 

Les gommes font un des meilleurs fpécifi- 
ques pour la guérifon des corsj j’ai particu¬ 
lièrement éprouvé cet effet du galbanum. Il 
échauffe, attire & réfout : avec ces qualités, 
il opère fouveht la guérifon des cors ; mais il 
eft d’une odeur fi fétide, qu’il faut en quelque 
forte fe féqueftrer de la fociété pendant qup 
l’on en fait ufage. On le fait diffoudre dans le 
vinaigre, & l’on en met gros comme un pois 
fur les cors, après les avoir bien préparés j oïi 
les couvre enfuite de peau , & l’on a foin de 
changer cet opiat toutes les vingt-quatre heu- 

(û) Traité des maladies de la peau, Torâ. Il. chap. j. 

F 




82 


Chapitre I. 


res, & de racler la petite furpeau. La poix 
navale dont fe fervent les cordonniers , eft fort 
bonne pour les détruire î on l’emploie comme 
le galbanum. 

La gomme ammoniac ramollit, attire & ré¬ 
fout les tumeurs & duretés , ce qui la rend 
bien efficace pour guérir les cors. En général, 
tout ce qui amollit, fond & réfout, a la même 
propriété, mais principalement toutè efpèce 
de gomme. Je vais donner quelques recettes- 
d’emplâtres qui m’ont également bien réuffi. 

Emplâtre compofé par Sennert. 

Une once de poix navale. 

Une demi-once de, galbanum dijfous dans le vi¬ 
naigre:' 

Un fctiipule de fel ammoniac} 

■Un gros ^ demi de grand diadiÿlurn. 

Mêler le tout félon Part. 

Du recueil des méthodes de M. Helvetius, 

- Une demi-once $ antimoine cru , pulvérifé i 

Deux dragmes de mercure doux, 

■ Et fix grains de fublimé corrofif. 

Broyez le tout pendant long-tems fur le por¬ 
phyre , & l’incorporez exaâement avec l’huile 
d’œuf, pour en faire un onguent de moyenne 
confiftancc. L’on en applique fur le cor, gros 
comme une lentille , après qu’il a été bien pré¬ 
paré i l’on réitère toutes les vingt-quatre heures 
ce même panferaentj il m’a fouvent réuffi. 



D Ë s Cors. 


83 


Je joindrai, d’après M. Rouflelot (a), la re- 
ceite d’un onguent que feu Son AitefTe SéréniC- 
üme Monfeigneur le Comte de Clermont, Prin¬ 
ce du Sang, fit plufieurs fois compofer en fa 
préfence, pour le ài^xihxxtt gratis. 

Prenez de la cérufe lavée à Peau rofe, de 
la litharge broyée à Peau de muguet, du mi¬ 
nium purgé à Peau de morelle, de chacun trois 
onces : d’huile de rofe par infufion , vingt-deux 
onces } de la cire vierge, jaune, une livre j met¬ 
tez le tout dans une terrine vernilfée, joighez- 
y quatre onces d’eau de morelle j faites cuire 
le tout à petit feu, jufqu’à ce que l’eau foit 
évaporée , en remuant toujours avee une fpa- 
tule de bois , pour empêcher la litharge de 
brûler, & pour qu’elle fe communique : quand 
vous appercevrez que le tout enfemble prendra 
confiftance, vous retirerez la terrine du feu 
pour y ajouter fept gros de camphre raffiné & 
broyé dans fîx à fept gouttes d’efpdt d’eau-de- 
vie de lavande, & fîx gros de térébenthine,* 
alors vous remuerez le tout jufqu’à ce qu’il 
ait pris une cônfiftance d’emplâtre; vous l’éten¬ 
drez fur un marbre pour en faire des magda- 
léons. Il faut, pour s’en fervir, employer de 
la peau de gant. 

J’ai éprouvé tous ces emplâtres , dans leC 
quels, s’il y entre des cauftiquès, il entre aufîî 
aflèz de eorreélifs pour que Pon n’ait rien à 
craindre; & je puis aflurer que les peaux les 


C«) Chap. i de fon fixiéme Traité. 

F Z 



Chapitre I. 


plus délicates ne rirqueut point d’en faire ufa- 
gej au contraire, i’ufage réitéré de leur ap- 
plication peut amener la deftruélion des cors, 
en ne gênant plus la circulation. L’on peut 
employer avec beaucoup d’efficacité les empl⬠
tres qui fuivent : 

VEmplâtre de Vigo avec ou fans le mercure. 

Xâelui de grenouille avec le mercure. 

Celui de ranis de Mynfîcht, le mucilage, le 
diapalme , &c. j & l’on en recevra de grands 
foulagemeiis, même la guérifon, fi les cors 
cnt été bien préparés, & pourvu que l’on foit 
confiant dans l’application du remède. 

Je vais encore indiquer quelques moyens plus 
fimples 5 mais defquels il ne faut attendre que 
des foulagemens momentanés, parce qu’il faut 
toujours en venir à faire extirper le cal. 

La cire verte à criftaux, ou la cire molle 
dontfe fervent les Notaires, le favon de toute 
efpèce , la peau d’empois que l’on trouve chez 
les chandeliers, la joubarbe pilée, les feuilles 
de fouci, celles de rofe , la vermiculaire qui 
croît le long des murailles, la feuille de lierre 
& autres adoiiciflàns & émolliens , qui main¬ 
tiennent le cal des cors dans un état de mol- 
JelTe & de düTolution , peuvent s’employer. 

Les remèdes càuftiques font fans contredit 
les plus fpécifiques pour la deftrudion radicale 
des cors» après qu’ils font bien préparés; mais 
les inconvéniens de l’emploi font très-dange¬ 
reux , parce que ces càuftiques venant à fç 



D E s C 0 R s. 85 

fondre, peuvent attaquer le genre nerveux, les 
tendons, & faire des ravages affreux. T’aime- 
rois mieux me fervir des cautères aduels pour 
cautérifer les différens couloirs de la madere 
excrémenteufe j car c’eft tout ce que l’on peut 
defirer que de divifer la matière, & lui faire 
enfiler d’autres routes que celle qui produit la 
formation du cor. 

Avicenne (/i^. 4. ) confeille de deffécher par 
degré le cor avec un morceau de bois enflam¬ 
mé , qu’on /approchera du mal le plus qu’on 
pourra : il faut, félon lui, réitérer cette opé¬ 
ration jufqu’à ce que le cor foit emporté, & 
appliquer enfuite du beurre cuit, pour ache¬ 
ver de deffécher la racine du cor. 

Chauliac (a) indique un autre remede dont 
l’effet me paroit aufli incertain que celui du 
précédent. Il faut, dit-il, racler la partie du cor 
qui excède, & l’applanir le plus qu’il fera 
poffiblej enfuite appliquer une platine de fer- 
blanc, ou un emplâtre, au milieu de laquelle 
fera percé un 'trou de la grandeur du cor, & 
verfer une goutte de foufre brûlant, qu’on laif. 
fe éteindre fur la partie du corj après quoi le 
frotter avec du cérat, & prendre du repos. 

M. Rouffeîot (^) rapporte l’hifbire d’une per- 
fonne de confidération , renfermée depuis dix 
ans au Château de la Baftille. Il dit que cette 
perfonne , après avoir guéri des verrues qui 


(а) Chap. 7 de fon fisieme Traité. 

(б) Toilette des pieds, page 65. 

F 3 




C H A P I T R E L 

lui défiguraient les mains, employa avec au¬ 
tant de fuccès le même moyen pour fes cors. 
Elle faifait un peloton de la toile d’une arai¬ 
gnée, le pofait fur le cor, & y mettoit le feu; 
la toile, ainfi pelotée , ne fe confumant que 
par degrés, lui faifait relfentir les plus vives 
douleurs; mais elle parvint par ce nioyen à fai¬ 
re difparaître fes verrues, & enfuite fes cors. 

J’ai indiqué ces trois remèdes violens, parce 
que, s’il fe trouve quelqu’un aifez téméraire 
pour les mettre en ufage, la douleur cruelle 
qu’ils feront éprouver, avertira qu’on ne doit 
pas pouffer la tentative plus loin. Le dernier 
de ces moyens m’a cependant réufîî; mais il 
ne faut pas l’employer indiftindement fur tous 
les cors. 

J’avoue qu’une perfonne qui fouffre, ofe quel¬ 
quefois tout entreprendre pour obtenir du fou- 
lagement, & que dans ce cas on emploie fans 
répugnance les remedes les plus forts, croyant 
en éprouver de plus prompts & de meilleurs 
effets ; mais il ferait fort imprudent de courir 
les rifques de s’eftropier; ce qui arriverait, fî 
les cors avaient de fortes adhérences aux parties 
nerveufes ou tendineufes de la plante du pied 
ou des orteils; &, dans le cas où l’on fe déter¬ 
minerait à employer ces moyens , il ne fau¬ 
drait jamais les rifquer de fon chef, mais ap- 
peller ceux qui font en état de juger & du mal 
& du remède. 

Une deriiiere réflexion qui mérite que Fon 
y faffe attention, c’eft de ne jamais employer 
que des palliatifs dans le cas où les cors font 



D E s C O R s. 87 

douloureux & lorfqu’il y a inflammation : fl 
l’on veut tenter la cure radicale, il faut atten¬ 
dre que l’inflammation foit diffipée, pour ne 
point rifquer d’augmenter le mal. 

. Lorfqu’im cor eft douloureux & qu’il y a in¬ 
flammation, il n’y a plus à balancer j il faut 
prendre du repos, pour tâcher d’obtenir la ré- 
folution de l’inflammation, qui peut n’avoir été 
caufée que par une marche forcée , ou par des 
chauflures gênantes; Mais, dans le cas où l’in¬ 
flammation né diminueroit pas, c’eft une preuve 
qu’il y aura abcès aux environs ou au-deflbus du 
cal j il faut alors appliquer fur le cor un empl⬠
tre d’onguent de la mère, que l’on étend fur un 
morceau de peau de gant de la largeur d’une 
pièce de vingt-quatre fous, & couvrir le pied d’un 
cataplafme compofé de mie de pain & de lait, 
auxquels on ajoutera deux jaunes d’œufs. L’on 
peut même, fl l’inflammation eft confidérabie, 
faire fur toute la partie une embrocation d’hui¬ 
le rofat, avant d’appliquer le cataplafme. 

Cet accident bien foigné eft l’affaire de deux 
fois vingt-quatre heures, fans laiffer à craindre 
d’autres accidens. Le pus fe fait jour aux en¬ 
virons du cal, où l’on donne iffue à la matiè¬ 
re ; on lave la partie avec du vin chaud, & 
l’on applique deffus un emplâtre de grand dia- 
chylum, qui achève de cicatrifer. 

En coupant un cor foi-même, on peut s’il 
eft fur les parties latérales des orteils, ouvrir 
une petite artériole, ce qui donneroit du fang 
en abondance : il ne faut pas s’effrayer, mais 
appliquer fur l’ouverture un morceau d’agarie 
F 4 



88 


C K A P I T R K 1 . 


de chine que l’oiî trouve chez les apothicaires, 
& le contenir avec une petite bande. A défaut 
d’agaric, on met fur l’ouverture un petit mor¬ 
ceau de papier brouillard & deflus une petite 
comprefîe: la réunion ne tarde pas à fe faire, 
parce que ces parties ne font point charnues, 
Sc qu’il y a un point d’appui. 

On peut encore piquer un nerf ou un ten- 
don; la douleur alors feroit horrible & même 
convulfîve. 

Dans ces cas, il faut employer les remèdes 
balfamiques purs, tels que l’huile de térében¬ 
thine, celle de cire, ou celle des Philofophes : 
lesdjaumes de Fioraventi, du Pérou, de mille¬ 
pertuis, ou l’efprit de vin. 

Souvent trop de crédulité, ou d’inexpérience, 
fait que l'on applique fur les cors des empl⬠
tres compofés dé cantharides , ou de cauftiques 
violens, qui occalionnent des ravages confidé- 
rablesj il furvient inflammation, la peau s’ex¬ 
corie , les tendons fe trouvent quelquefois dé¬ 
couverts. Il ne faut pas, dans ce cas, employer 
les onguens gras & onctueux; il faut y appli¬ 
quer les fpititueux & deflechans, & avoir at¬ 
tention d’appliquer fur toute la partie un ca- 
taplafme émollient, pour diflîper l’inflammation. 

S’il s’étoit formé efcarre, il faudroit en pro¬ 
curer la chute par un digeftif fait avec le beur¬ 
re frais, l’huile d’amandes douces , un jaune 
d’œuf '& le fafran, ou fe fervir de bafîlicuai 
avec un peu de baume de térébenthine , & 
lever ce digeftif lorfque l’efcarre viendra lâche 
& mouvante, pour y fubftitusr tes remèdes 



D E s C O R s.' 89 

balfamiques que j’ai indiqués pour la piquure 
des tendons & des nerfs. 

Tant de précautions paroîtront minutieufes 
pour des maux fi légers en apparence ; mais il 
ne faut pas perdre de vue qu’il n’eft pas de 
petits maux aux pieds. 

D’ailleurs, il faut remarquer que les os des 
phalanges des orteils font fpongieux, & nulle¬ 
ment crouteux , par conféquent faciles à fe 
carier ; que les cors font près des gaines des 
tendons , foUvent adhérens, & capables de com¬ 
muniquer leur douleur dans tout le corps muC- 
culeux auquel ils appartiennent; Sc que la pen¬ 
te des humeurs & le vice des liqueurs peut fe 
communiquer par ce moyen à l’habitude du 
corps: c’eft pourquoi il faut, autant qu’il efi: 
poffible, remédier promptement à cesjaccidens. 

Je pafle maintenant à ce qui concerne les 
verrues & la manière de les traiter. 



[ 90 ] 


CHAPITRE II. 

DES VER RUE S- 

9 _ 


Article Premier. 

Des caufes ^ de la nature des verrues. 

Suivant Galien (a) les verrues font une ma¬ 
tière hétérogène & contre nature, qui fe trou¬ 
ve poiiflee avec violence vers la peau, par la 
force des facultés internes j d’où il faut conclu¬ 
re qu’elles font de la nature de tous les autres 
boutons ou puftules qui paroiflent fur la peau. 

Suivant Jmcker , les verrues font des ex- 
croiflances extraordinaires des fibrilles nerveu- 
ies de la peau , qui s’attachent fur-tout au vi- 
fàge & aux mains. Les principes de toutes ces 
cxcroiflances procèdent d’une humeur groflière, 
mélancolique ou flegmatique falée, & convertie 
en mélancolie, qui, deftituée de circulation, 
s’épaiffit infenfîblement, & forme ces callofîtés 
qu’on appelle verrues. Cette forte d’incommo¬ 
dité ne produit aucune douleur, en lui laiflànt 


(a) Lib. a. de Morb. 






Des Verrues. 91 

■un libre cours, elle défigure feulement la partie 
alFedée. 

Ce qui diftingue les verrues des cors, c’eft 
que ceux-ci ont leur bafe beaucoup plus large 
au fond de la peau, & très-petite à fon extré¬ 
mité, tandis que les verrues ont une furface 
plus ou moins large au niveau de l’épiderme, 
& qu’elles forment une efpèce de pivot. J’ai dit 
qu’elles ne caufoient aucune douleur ; mais cel¬ 
les fîtuées à la plante du pied font très-doulou- 
reufes, parce qu’elles font continuellement ma¬ 
cérées dans la marche. 

On compte plufîeurs fortes de verrues, qui 
toutes procèdent du même principe j il n’y a 
de différence que dans l’efpèce, ce que je vais 
faire en forte de développer le plus clairement 
qu’il me fera poflible. 

Les verrues font différenciées quant à l’efpè¬ 
ce, & le font également quant aux effets. Les 
anciens ne s’accordent pas avec les modernes 
fur leur nom, leur nature & leur caufe : c’eft 
pourquoi je ne parlerai ici que des plus con- 
nues.- 

Les verrues proprement dites font de trois 
efpècesî fa voir, les rondes, les plates & les 
pendantes. Elles s’attachent plus aux mains & 
au vifage qu’aux pieds. 

Les rondes, qui font les plus ordinaires, ont 
une tète femblable à celle d’un petit porreauj 
C’eft auffi la raifon pour laquelle on leur don¬ 
ne le nom de cette plante, & parce qu’elles 
s’attachent à la peau par de petits filamens. 

Les plates ont une bafe moins élevée que 



C H A P I.T R E IL' 


les précédentes, mais font beaucoup plus larges î 
on les nomme en latin verrucdi formkarU , ver¬ 
rues de fourmis, ou verrues balles j parce qu’en 
coupant leur fuperficie , on éprouve une dou¬ 
leur femblable à celle que' caufent ordinairement 
ces fortes d’infedes. Celfe prétend qu’elles s’at-" 
tachent plus volontiers à la paume de la main 
& à la plante des pieds , comme je l’ai remar¬ 
qué , ayant fouvent trouvé de ces verrues à la 
plante des pieds, où elles caufent de très-gran¬ 
des douleurs. 

Les pendantes ont une élévation fur la peauj 
on les nomme par cette raifon verrues pendan¬ 
tes , verruc<z penfdes , ou açhrocorda : celles - ci 
jiailfent ordinairement fur les mains des enfaris 
& tombent d’elles-mèmes. 

On met encore au rang des verrues différen¬ 
tes efpèces de condylomes, tels que le fie, le 
înarifca , les crêtes & les thymus ; on y met 
auffi différens tubercules , comme le charbon, 
le furoncle & les bourgeons, le noli-me-tangere, 
le ptérigion j & enfin des taches de la peau, 
comme les alphos, le mêlas & la leucée ; mais 
je m’en tiendrai feulement aux verrues propre¬ 
ment dites. 





Des Verrues. 95 
Article II. 

Du traitement des Verrues. 

On connoît deux manières ^de traiter les ver¬ 
rues 5 favoir, l’extirpation, ou l’application des 
remèdes extérieurs. Le Docteur Turner en dit 
tingue trois , le cautèTre aduel ou potentiel# 
rincifîon, & la ligature. 

Ces différeiîs traitemens ont lieu fuivant les 
différentes efpèces de verrues j mais il faut, 
avant tout, examiner fî l’excroiffancq n’eft point 
accompagnée de quelque vice malin qui puifle 
la faire devenir cancéreufe. Dans ce dernier 
cas, les figues diagnoftics font un picotement 
continuel & une douleur extraordinaire dans 
la partie affligée.. Il faut examiner en fécond 
lieu fur quelle partis la tumeur eft fituée, afin 
de pouvoir déterminer le genre de remède ou 
de traitement que l’on peut employer, autre¬ 
ment on expoferoit le malade aux accidens dont 
j’ai parlé dans le chapitre des cors. 

Les vernies rondes & pendantes étant à peu 
près femblables, fe traitent également, lorfqu’el- 
îes font fîtuées avantageufement, c’eft-à-dire , 
lorfqu’elles ne fe trouvent point placées fur 
les jointures des phalanges : on peut employer 
la ligature, & l’extirpation peut s’en faire fans 
laiffer à craindre de fiuxion. Pour y parvenir, 
il faut lier la verrue dans fa racine ^vec un 
crin , ou du fil ciré, & ferrer par degrés , au¬ 
tant que le malade peut le fupporter. Alors, 



94 Chapitre II. 

les fucs qui fe portoicnt dans cette partie» 
étant interceptes au moyen de la ligature , il 
eft fans difficulté que les verrues doivent fe 
deflecher & tomber d’elles-mêmes* Pour opérer 
une chute plus prompte, il feroit extrêmement 
dangereux de les frotter avec de l’arfenic ou 
du fublimé. On peut, lorfque la verrue eft tom¬ 
bée, toucher la racine avec quelque efearotique, 
ou fîraplement avec une aiguille rougie au feu » 
ou bien fe fervir de la toile d’araignée, com¬ 
me je l’ai indiqué à l’article de la guérifbn des 
cors. 

On peut employer l’incifion pour traiter les 
verrues de la même efpèce. Cette opération fe 
pratique en la coupant au niveau de lapeaüj 
mais alors il eft néceflaire de cautérifer, pour 
deifécher radicalement la racine, au lieu que 
la ligature peut fouvent l’emporter toute entière. 

On peut encore les enlever de la même ma¬ 
nière que les cors, en les cernant légèrement 
tout autour avec le biftouri j mais cette opé¬ 
ration ne fe doit confier qu’à une perfonne ex¬ 
périmentée , fi l’on ne veut pas s’expofer au 
danger qui pourroit réfulter de l’inexpérience 
du praticien. 

Les verrues balfes , ou verrues de fourmis » 
qu’on nomme mjirmeda, font encore plus dif¬ 
ficiles à emporter que les précédentes , par la 
raifon qu’étant moins élevées fur la furface 
de la peau , les racines ont plus de profondeur. 

Sur cela plufieurs auteurs font d’avis de cau¬ 
térifer, & emploient, en effet les efearotiques 
les plus %ûolens , tels que le foufre, la pierre 



Des Verrues. 9S 

infernale ou le fubliméi mais c’eft un genre de 
traitement trop dangereux pour pouvoir être 
confeillé : je vais en citer un exemple rappor¬ 
té par Turner. 

(a) “ Une fille fort incommodée de verrUes, 
if fenfible aux reproches de mal-propreté qui 
JJ lui furent faits à cet égard, s’adreifa, pour 
J, s’en délivrer, à un barbier, qui, pour uit 
JJ demi-écu, en entreprit la cure. Pour y réuf- 
jj fir, il en entoura d’abord plufieurs de terre 
jp glaife, couvrit leurs têtes avec du foufre, 
JJ auquel il mit le feu avec une allumette. La 
JJ courageufe fille, remplie du defîr de fe voir 
„ délivrée de cette difformité, fupporta la dou. 
JJ leur en héroïne, & dit même au barbier de . 
J, continuer à brûler ces excroiffances, s’il le 
JJ croyoit néceffaire ; mais cet empirique l’ayant 
JJ aflurée que celles-là étoient fuffifamment brû- 
„ lées, il lui ordonna feulement de mettre à 
JJ la place de la terre glaife un peu de beurre 
,j frais, & de revenir le lendemain pour en eij- 
„ treprendre d’autres. Elle fut tourmentée par 
J, la foif & la clialeur durant toute la nuit, 
jj qu’elle paflà fort inquiète ; elle trouva le ma- 
JJ tin la main & le bras enflés jufqu’à l’épaule, 
J, avec douleur & jinflammation. Dans cet état 
„ elle envoya cl^rcher le barbier , qui, fort 
JJ furpris de l’aciifldent, fut chercher un chkur- 
„ gien, qui, uii peu moins ignorant que lui. 


(a) Turner, chap. V. fécondé partie, pag. s6&z7/ 
des maladies de la peau. 




Chapitre II. 


96 

„ fit une embrocation fur le bras avec l’huile 
„ rofat, & appliqua le cataplafme de mie de 
3, pain & de lait fur le dos de la main. La dou- 
3, leur fut adoucie Sc la tumeur défenflée par 
33 cette méthodes mais continuant, après la 
33 chute des efcarres, les applications graifleu- 
3, fes, les tendons découverts dans deux des 
j3 articulations des phalanges fe corrompirent, 
33 comme l’auroient fait les ligamens ' & les 
35 cartilages, lî une perfonne plus expérimen- 
33 tée n’eût été appellée ; mais , malgré tous fes 
,3 efforts une des articulations refta gênée, & 
33 une'autre prefque fans mouvement”. 

Il paroit affez clair que la tumeur & l’inflam¬ 
mation du bras furent occafionnées par la gran¬ 
de fenfîbilité des jointures des doigts, que l’o¬ 
pérateur ne diftingua point des parties charnues 
& moins fenfîbles, ni à l’égard de la dofe du 
foufre, ni à l’égard du panfement. 

Article III. 

Des differens moyens de guérir les verrues, 

Rhazis prétend que pouj réfoudre & deffé- 
cher les verrues, il faut les frotter avec des 
feuilles de câprier, ou des carobes humides, 
jufqu’à parfaite guérifon. 

D’autres confeillent d’appliquer deflus des 
feuilles pilées de miîlefeuille, d’herbe à Robert, 
de pourpier des Indes, de grande fcrophulai- 
te, de la verrucaire ou herbe aux verrues, 
dont on diftingue la grande & la petite, qui naif- 

fent 



DBS Verrues. 


97 


fent toutes deux le long des chemins & des 
lieux incultes & fablonneux. Chacune de ces 
herbes pilées peut s’appliquer féparément ou 
enfemble. Leur vertu eft de relâcher les parties* 
& de réfoudre l’humeur épaiffie : elles peuvent 
s’employer fans aucun danger. 

Le lue d’alleluia, ou trifolium acetofmn, qui 
croît dans les forêts, celui de tithymale ^ ou 
lé lait de figuier, peuvent aulïi s’employer. 
Ils ont cependant une vertu corrofîve qui peut 
attaquer les peaux délicates > mais l’inconvé¬ 
nient fe bornera à très-peu de chofe. 

On preferit aufli un cataplafme compofé de 
fiente de chèvre, de vinaigre, de nielle pilée, 
qu’on applique fur la verrue. 

Différens auteurs confeillent de les frotter 
avec du vieux levain de feigle, délayé dans 
du lait de figuier & de tithymale. 

On fe fert encore d’-ifn Uniment compofé de 
la maniéré fuivante : 

Trois Aragmes à^huiîe ds tartre, 

. Une dragine d’onguent hlanc camphré» 
Un fcrupule de chaux vive» 
ou bien encore 

^ Cire neuve , Réfini , Huile de Camo¬ 
mille » de chaque un gros» Taca- 
mahqca deUx âragmes» Orpiment 
une dragme » dont vous faites un 
emplâtre : 

Ou bien employez l’emplâtre de Vigo » avec 
le quadruple de mercure. 


G 



^ C H A P I T R E IL 

La méthode des andens s’exécute par les 
cauftiques & par les acides, & c’efl; celle qui 
m’a toujours réuiïî. Elle demande des connoif- 
fances fur l’état de la verrue; mais il s’en trou- 
Ve peu qui ne puiflent être guéries par ces 
moyens. La verrue étant, comme je l’ai dit, 
l’aflemblage de plufîeurs fibrilles de la peau, 
il ne faut que corroder ces fibrilles, les défu- 
nirj'& lorfque l’on eft parvenu à ce point, 
îa verrue périt & tombe en pouffière. 

L’eau.forte m’a toujours réuffi fans incon¬ 
vénient , étant appliquée prudemment. Pour 
l’employer, on trempe la pointe d’un curedent 
dans l’eau-forte la meilleure poffible, l’on en. 
iaiflè tomber la première goutte qui feroit trop 
cpnfidérable, l’on pofe enfuite la pointe du cu¬ 
redent au milieu de la verrue ; le peu d’eau- 
forte quis’y trouve fermente & défunit toutes 
îes parties de la verrue^ on réitère cette opé¬ 
ration deux fois par jour, & lorfqu’on apper- 
qoit que la verrue fe défunit, il faut quitter 
i’ufage de l’eau-forte; la verrue tombera d’elle- 
même. L’huile de tartre par défaillance opère 
la même chofe ; mais l’efiet en eft plus long, 
il faut obferver de ne toucher que les plus grof- 
fes verrues fi les mains font remplies, les pe¬ 
tites fuivrunt la chute des autres. 

Gà/ien parle d’un homme qui ne les guérif- 
foit qu’en les fuçant avec les lèvres, ce qui les 
rendort aifez éminentes & lâches pour pouvoir 
être arrachées avec les dents. Cette manière 
de les guérir eft beaucoup moins douloureufe, 
& n’efl: fufceptible d’aucun des inconvénieas 



Des ‘Verrues: - 

Riîîrqiiels on s’expofe par Piifage imprudent que 
Pon peut faire des cauftiques. 

11 ne fuffit pas d’employer fîmplerâent les re¬ 
mèdes indiqués, pour obtenir la guérifon qu’ils 
doivent opérer j il faut encore mettre en ufage 
dilFérens moyens que l’intelligence feule de l’o¬ 
pérateur peut déterminer , foit pour hâter la gué¬ 
rifon, foit pour éviter la douleur. Par exemple, 
en touchant avec l’eau-forte les verrues bafles à 
îa plante du pied, au moment de la défunion des 
fibrilles, on éprouveroit delà douleur, ou il fau- 
droit ne point marcher j alors on met dans le 
Ibuîier une feffielie de chapeau où de buffle, à 
laquelle ori fait un trou à l’endroit de la ver¬ 
rue, ,& alTez grand pour îa contenir. Par ce 
moyen on a le double avantage, & d’éviter 
îa douleur, & d’empècher la verrue dé prendre 
de raccroifTement. Le même moyen peut s’em¬ 
ployer pour foulager les durillons douloureux 
de la plante du pied. 

En parlant des verrues, j’ai dit qu’il y avoit 
plus d’erreurs popuiaires fur leur deîlruâüon, 
que de moyens aifurés de les guérir. En effets 
chacun a fort remède , ou pour mtepx dire 
chacun a Ton erreur ,• & il ne faut que les exa¬ 
miner pouf s’ert Gonvaincre. 

C^e le vulgaire ait adopté dés erreurs, qu’el¬ 
les fe foient répandues dans le public, que 
l’on en adopte l’uîagé , cela paroit poffible ; 
mais que des auteurs rerpeàables ayent donné 
les leurs i cela paroîr étonnant. 

Etmuller dit avoir fait ufage de Tufnéehnmzu 
ne , efpèce de moufle verdâtre qui croit fur leê 
G % 



ioo 


Chapitre IL 


crânes des perfoniies mortes d’une mort vio¬ 
lente , & expofés à l’air. Il prétend qu’en appli¬ 
quant cette moufle fur la verrue, elle doit fe 
guérir en peu de tems. 

Mais le remède le plus extraordinaire eft ce¬ 
lui que prefcrit Juncker, page 241. Il faut, 
dit-il i prendre un fil de la chemife d’un pa¬ 
tient ou d’un mourant, & le prendre dans un 
endroit imbu de Tueur*, par exemple , fous 
les aiATelIesi faire à ce fil autant de nœuds que 
le malade a de verrues; frotter une de ces ver¬ 
rues avec un des nœuds, enfuite enterrer le 
fil dans un endroit humide, par exemple fous 
une gouttière ; & les verrues tombent à me- 
fure que les nœuds fe pourriflent. Juncker af- 
fure que ce remède lui a pa^aitement réuffi, 
de même qu’à tous ceux qui ont, comme lui, 
été'dans le cas d’en faire ufa^e. Je veux le 
croire; mais il femble qu’il faut une grande 
foi pour fe le perfuader. Au refte, l’expérience 
n’eit ni coûteufe^ ni difficile à faire ; toute la 
difficulté confifte à favoir quel rapport il peut 
y avoir entre un pendu & une verrue. 

Je poùrrois rapporter une infinité d’autres 
remèdes indiqués par djfférens auteurs, & qui 
reviennent tous à peu près au même ; mais 
i’en ai déjà trop cité. J’obferverai feulement 
que les remèdes les plus doux font les meil¬ 
leurs, fi l’on veut les employer foi même; fi 
au contraire on met fà confiance»>en ceux qui 
connoiflerit cette partie, les cauftiques opére¬ 
ront bien plus promptement leur guérifon, & 
pç feront aucun dommage à la peau. 


Des Verrues. 


m 


CHAPITRE HL 

Des Durillons , âe leurs caufes , ^ des moyens 
les guérit • 

L E s durillons ont' pour caufes ou des frot- 
temens, ou des corapreffions conftantes: .c’è(| 
Une macération de l’épiderme ou furpeau , qui i 
étant continuellement expofée à des frottérâenS, 
eft plus particulièrement affedéé. 

La facilite avec laquelle répiderme fe régé¬ 
nère , fait qu’auffi-tôt qu’il eft détaché du corps 
muqueux, il ne peut plus s’y rejoindre, pâfCô 
qu’il y en a déjà un autre de formé. Alors Cette 
première peau, deflechée , ne reçoit aucun fuê 
nourricier ni accroilfementi les frotterâens réi¬ 
térés en détachent plufieurs qui s’unifient en- 
femble, & forment cette éfpèce de carton quç 
figurent fi bien les durillons;. 

Les durillons occupent toutes les parties diî 
pied qui éprouvent un frottement ou une preÇ. 
fiôn confiante : les jardiniers & les gens dé k 
campagne qui" marchent pieds nus , en ont 
un feul qui leur occupe toute la plante dû 
pied î il leur fert de femelle, au point qu’ils 
marchent habituellement fur les pierres, fartsf^ 
éprouver aucune feufation douloüreufé j il fau¬ 
drait, pour les piquer , qu’ils rencontràfl'ea^ 




loSi Chapitre IIL 

un corps pointu qui aurait percé la femelle d’un 
V foulier. 

Les Religieux dédiauffés, & tous ceux qui 
portent des fandales, ont autour de la plante 
des pieds un bourrelet de durillons , parce 
que les chairs de ces parties n’étant pas conte^ 
- nues, elles fe trouvent macérées 8 i pincées au- 
/ tour de la fandale, ce qui interrompt la circu¬ 

lation & caufe ce defféchement. 

Les- perfonnes de cabinet, les Dames qui 
portent fouvent des pantouffles, font dans le 
'même cas, mais feulement autour du talon ; 
parce qu’Ü n’y a que cette partie qui n’eft pas 
contenue, & qui eft expofée à cette macéra- 
tion. . ' * 

Quand les durillons ont acquis une certaine 
épaiffeur & qu’ils font deiféchés, ils deviennent 
durs comme de la corne; & c’eft l’inftant ou 
ils: caufent de la douleur, parce que, foit en 
marchant, ou en faifant tout autre exercice, 
iisgênent extrêmement & meurtrilTent les chairs 
qui les avoifinent, & de ces meurtrilfures naif- 
fent des fluxions accompagnées de tumeurs * 
dé, rougeur, & quelquefois d’abcés ; cela arrive 
plus particulièrement fous l’articulation du gros 
orteil avec le premier,os du métatarfe , endroit 
où ces dunUons fe placent le plus fouvent, ainlî 
qu’aux talons. - 

En général les durillons ne font point dou¬ 
loureux, s’ils ne font compliqués d’aucuns ac- 
cidens; iis éprouvent feulement le même incoii- 
yénient que les cors, c’eft-à-dire, de fe gon¬ 
fler par l’humidité s 6 s de fe contracter dans 



Des Terrues.' io^ 

la fécherefîe, ce qui caufe des tkailleraens fen* 
fibles. 

Le durillon fe détruit de lui-mènte -en drétrUji- 
fànt la caufe qui y a donné lieu , lans êtrè 
©Lligé d’appliquer rien deffus j mais comme il 
eft impoffible de faire ceifer la caufe de ceux 
qui viennent aux pieds, & qu’i! faüdroit rè- 
noncer à marcher, il n’y a qu’un moyen de les 
foulager, c’eft de les faire diminuer lorfqu’ils 
ont acquis Une certaine épailfeur i par ce moyenL 
on évitera les méurtriffures, les gerçures des 
talons,' & les autres aceidens dont ils font fou- 
vent compliqués; ' s " 

Cette opération fe fait, fans douleur, aved 
un infiniment tranchant ; on enlève le cal 
feuille à feuille au fbrtir de l’eau i ià peu près 
comme il s’eft formé ,* ce qu’on ne doit pas 
-faire trop avant , parce qu’outre la, douleur 
que l’on éprouverèit en marchant,'il pourroie 
en réfulter des fuites fâcheufes. ^ 

On peut, en cas d’accident & à la première 
douleur, appliquer deffus un cérat compofé dq 
partie égale de farine de nielle, de farine de 
froment & de cire neuve, que l’on incorpo¬ 
rera enfemble; ou l’emplâtre de mucilage. L’hui¬ 
le de chaux efl auffi fort bonne pour ramolir les 
durillons, & avec cettèïp|écautj.on on évitera les 
aceidens les plus fâcheux ; mais le plus certain effe 
de les enlevèr prudemment avec l’inflrument- 

On peut encore, après s’ètre mis les pieds 
dans l’eau pour ramollir les durillons, les frot¬ 
ter fortement avec une pierre“ponce, ou avec, 
de la peau de chien de mer. 



104 Chapitre IIï. 

S’il furvenoit meurtrilTure au^tatotij pu à 
l’articulation du gros orteil avec l’os du métàr 
tarfe, &-que, l'on, fentit une douleur exccflive 
dans le fort du durillon, avec chaleur & in;- 
fiammation aux environs , il faudroit appliquer 
deiîus ce que je viens d’indiquer pour le ramol- 
Hr, particulièrement , le mucilage ; & , iorfqu’il 
eft ramolli, on enlève le cal feuille à feuille 
légèrement; & û l’on s’apperqoit qu’il veuille 
s’ahcéder, il faut promptement donner ilTue à 
la matière , corroborer la partie avec quelque 
Ipiritueux ou du vin chaud , & appliquer en- 
fuite du diachyium gommé qui achèvera de 
cicatrifer. 

; Il ne fa-ut pas ouvrir les poches ou ampoules 
qui avoifinent les durillons, il n’en réfulte-: 
xpit rien de l^cheux , mais beaucoup de dou- 
îfiur^ V 

^ Ç’eft à^quoi, fe home le traitement de cette 
incommodité. 



Des Oîgnoîîs; 


ÏOf 


CHAPITRE IV. 

î}e la nature ^ des caufes des Oignons , avec kS 
moyens de s’en garantir. 

Les oignons font une tumeur contre nâture, 
^ui , à proprement parler , eft une efpèce 
d’œdème froid , laxe & mou, de couleur blan¬ 
châtre: fans douleur par eux-mêmes , leur mol- 
lefle eft télie, qu’en les comprimant avec lê 
doigt, ils en confervent l’empreinte, pourvu 
que les mamêions du centre ne foient point 
deirèchés. ; ; 

Ce qui a donné lieu de les noriimer aihfî, 
e’eft la parfaite rèlFemblancé de cette tumeur 
avec un oignon de jacinthe, dont le centre eft 
d’un rouge brun-, environné dé petites pèllicu- 
ies blanchâtrês , détachées les unès dêS' autres 
en forme de rofaee. Leur liège eft ordinaire-i 
ment à la partie latérale intérieure du pied, fut 
l’articulation du métatarfe avec le gros orteil ; 
les femmes en font plus ordinairementincom-' 
Hîodées que les hommes. 

Leur eâufé diffère totalement de celle des 
cors & dès durillons i c’éft une trop grande & 
continuelle trituration de' l’humeur lynoviafè 
qui leur donne lieu: cette trittiratibn de iaffy- 
novie l’appauvrit , i’atténüe. & -la-dtvife Tou- 
vent 5 en l’obligeant de fortjr de fes capfüles, 




J 06 C H A P I T R H IV» 

pour fe porter j en fe coagulant, au centre de 
la tumeur. 

Les cartilages qui garnilTent intérieurement 
la tête ou la cavité des os, privés du rafraî- 
ehilTement que leur fourniflbit la fynovie, fe 
deifèchent & fe tuméfient5 il furvient même 
gonflement à la tête des os de cette articulation, 
caufé par l’échaufferaent & la dépreffion des 
lames oifeufes j ils occupent alors plus de pla¬ 
ce j. les tendons qui fervent au mouvement de 
f orteil, fe trouvent contraints & fubitemênt 
tendus les uns contre les autres; ils obligent 
fouvent même cet orteil à fe courber & à fe 
placer [deifus ou deffous ceux'qui l’avoifînent : 
alors le pied devient d’une difformité qui pa- 
roit malgré la chauffure la mieux faite. 

Dèux caufes contribuent à la trituration de 
l’humeur fynoviale de cette articulation. , 

La première, eft la cbauflure trop élevée des 
talons , à l’égard des femmes furtout. En effet, 
le pied étant élevé du talon fur un pivot qui 
a peu de furface, il faut deux autres points 
pour rendre la marche affurée ; l’un fe trouve 
àu'petit orteil, & l’autre à l’articulation du gros 
orteil ayec l’os du métatarfe ; & c’eft cette corn- 
prefîîon qui donne lieu iaux oignons. 

Il éft de toute impoffibilité que-de cette po- 
fition il ne réfulte pas beaucoup de frottemens 
intérieurs à cette articulation , parce, qu’elloj 
eft brifée & contre nature , vu qu’il n’y a que 
le gros orteil qui foit étendu, que la pointe 
du pied forme une p ente, dt qu’il faudrait que 



Des Oignons: iq7 

le pied fïit horizontalement placé à la ligne de 
terre pour être à l’aife en marchant. 

L’autre caufe vient des chauflures trop cpuri 
tes. Le pied étant contraint entre rextrêriiké 
du gros orteil & letàlon, il Te brife près cette 
articulation , & forme unë éminence extérieur^ 
fujette à des frottemens'continuels. 

L’éminençe çaufée , Toit par le gonâemenfe 
des cartilages , foit par celui des-os de cette ar¬ 
ticulationétant çontihuèlléraent préflTée par îÿ 
ehaulTure, arrête la circulation: dê la lymphe p 
& caufe la ftagnation du farig'Lpu, fi rhumeur 
lynoviale fe porte àu centré. & s’y deffècheV 
rpn éprouve de la douleur j Çpramè fi un gtai^L 
de fable était'dans un endroit très-vifi Si ellV 
fe joint au fang coagulé,, il en.'tefuite unè fer- 
inentation 5 &, jufq.u’à ce que laipattiè,foit ab- 
cédée , on éprouve une douleur liorriblë. Ain- 
fi, de quelque accident que iës bignphs fpient’ 
compliqués, ils' font extrêrnemênt douloureux. 

Ce que je viens de dire des pignons, qui 
attaquent plus, particulièremerit lés fênimes que 
les hommes , m’amèriè naturellemèht à une ob- 
fervàtion que je ne puis placer qu’en cet en¬ 
droit. 

Si l’on confîdère que le talon; eft beaucoup 
plüs élevé que les deux aütres''poihts d’appui 
dans ie . marcher , dès , femmés’,. oii appercevrâ 
\ facilement que les points qui font près des ar. 
ticulations doivent' beaucoup fatiguer y ce qui," 
comme je l’ai déjà dit, bccafionne des oignonsp 
pu caufe des' macérations de la peau entre les 



Ï08 


Chapitre IV. 

deux derniers orteils j accidens qui ne fe ren¬ 
contrent que chez les femmes. 

D’où l’on peut conclure que , fi la chauflure 
des femmes eft avantageufe à leur taille, elle 
les fatigue extraordinairement à ces deux points 
d’appui, puifqu’elle leur caufe des accidens très- 
douloureux. 

Les jeunes gens qui marchent en équilibre 
fur la pointe pied, font dans le même cas 
que les femmes.: 'cependant ils font moins in- 
commodes qu’elles , parce qu’ils ont des inf- 
tans de délalfement, & qu’ils ont encore dans 
cette façon de marcher un mouvement élafti- 
que, dont les femmes font privées par la hau¬ 
teur de leurs talons. 

Le feul moyen de fe garantir d’oignons, Sc 
même de toute incornmodité aux pieds, c’efL 
d’être abfolunient en garde contre les chaulTu- 
res trop courtes ; car elles font, comme je l’ai 
déjà dit, la caufe de prefque tous les accidens 
qui arrivent aux pieds. 

Lorfque.îes pignons font encore dans un état 
àp mollefle, que les mamelons du centre ne 
font point encore defféchésdurcis, on peut 
fe contenter de faire des friétionsj pour cet 
eifet, on met de là falîve, à jeun, dans le creux 
. de la main > & l’on en frotte la partie affligée 
jufqu’à ce qu’il ne refte plus de falive, ce qu’il 
faut réitérer plùfieurs jours de fuites on ap- 
j^lique après, en fe couchant, un petit fachet 
4 e fél ammoniac, trempé dans de l’eau rofe , 
dn raffujettit p)our la nuit, & on l’Ôte tous les 
matins. 



1,09 


Des Oignons. 

On y peut encore appliquer l’enjplâtre de fiel 
de porc, qui fe fait ainfi : prendre un fiel de 
porc tnâle, le fufpendre dans la cheminée pour 
le deflecher à moitié, de manière que le fiel fe 
réduife à une efpèce de pommade compade; 
en prendre de la grofleur d’un pois, l’étendre 
fur du vieux gant, & l’appliquer fur l’oignon, 
en réitérant toutes les vingt-quatre heures. 

Lorfque le centre eft dur & calleux par l’amas 
de la fynovie qui s’y eft defféehée, il faut ex¬ 
tirper cette partie calleufe, & appliquer deflus 
des émolliens & fondans , pour l’adoucir & 
empêcher qu’elle ne s’irrite. 

Si une trop grande & continuelle prefiîon 
a fait coaguler & delfécher dans le centre dé 
la tumeur une humeur gypfeufe j il faut alors 
en faire l’extirpation avec l’inftrumenti &lorC. 
qu’enfuite il fort de la cavité une humeur fy- 
noviale glutineufe, il faut appliquer un empl⬠
tre de diachylum gommé, qui diflipera entiè¬ 
rement le mal. 

On ne peut pas trop prefcrire ce qu’il faut 
faire aux oignons lorfqu’ils font compliqués d’ac- 
cidens , parce que c’eft la nature de ces aCcidens 
qui détermine le traitement. Il faut toujours y 
faire attention de bonne heure, & fe fier à 
quelqu’un de prudent & d’expérimenté, afin 
d’arrêter le mal dans fon principe, & de l’em¬ 
pêcher de faire dés progrès : c’eft fouvent da 
foin du pied que l’on obtient la guérifon des 
açcidens qui lui arrivent, comme je l’ai dit plus 
haut. 



ÎIO 


Chapitre V. 


CHAPITRE V. 

Des Engelures ^ des MuleSo 

^Es engelures ont pour principe.la ftagm- 
tion du fang, caufée par le refferrement des 
vaiffeaux capillaires de la peau, ce quin’eft oc- 
cafionné que par la rigueur du froid : les hu- 
n’.eurs étant ainii fixées 3 déchirent & ulcèrent 
les parties. 

Les figiies çaradériftiques de ce genre de mal, 
fe manifeftent ordinairement par une rougeur 
dans la partie affligée, accompagnée d’une en¬ 
flure inégale dans là peau , d’une chaleur ex- 
ceffive & d’une démangeaifon qui rendent cette 
Incommodité infupportabîe. l.eur-fiège eft or¬ 
dinairement aux mgins, aux doigts des pieds9 
aux talons, aux coudes, au fiez, aux oreilles,' 
on les nomme mules lorfqu’elles s’attachent au2t 
talons. 

Les engelures ne font paâ dafigereufes ; ce¬ 
pendant, quand on n’y porte pas remède de 
bonne heure, elles deviennent très-difficiles 
à guérir i elles peuvent même quelquefois atti¬ 
rer la fuppuration & la gangrène dans la partie, 

Lorfque cette incommodité fe déclare , & que 
démangeaifons commencent à fe Faire fenr 
^ir, il faut Faire ufàge d’une décodion de Pher- 
be appellée ^ied-d'oie , dans laquelle 011 mêlera 





Des Engelu r e s. iiî 

une quantité füffifante d’eau végéto-miilérale, 
s’eh laver les pieds plufîeurs jours de fuite, 
& réfoudre les humeurs par quelques fomen¬ 
tations, pour ouvrir les pores de la peau, avant 
qu’elle foit ulcérée. 

On emploie à cet effet différens remèdes, 
tels que la faümure de boeuf , l’eau faléè, les 
bains froids ou la neige, dont on frotte la par¬ 
tie malade. Mais ces remèdes ne feraient pas 
fuffifans fî le mal étoit parvenu à un plus haut 
degré; dans ce cas, on prèfcrit différens re¬ 
mèdes, tels que la décodlion de navets gelés, 
le vin bouilli avec le fel & de l’alun, réduits 
en cataplafme, avec la farine de feigle, du miel , 
du foufre, de l’encens, réduits en liniment 
avec de la graifle de pore. Turner indique en- 
eore les fuivans : 

Du vin hlanc, une pinte} de l’alun^ 
une once. 

Taire bouillir le tout un moment, laver 
la partie malade,: • - 

©U bien 

De l’huile de Laurier a deux onces }. 
du miel ordinaire ., une once } 
de la Térébenthine , demi-once. 

Mêlez le tout t ^ frottez la partie. 

Ce que je prefcris ici pour les pieds, convient 
& peut s’employer également pour les mains. 
Ceux qui fontfujets aux mules, ou engelures 
aux talons, doivent fuivre la même méthode 



1 J 2 Chapitre W 

pour préfervatif, ou faire ufage de l’emplâtre 
de Turner ; il eft eompofé de diapâlme , de bol 
d’Arménie, d’huile rofac & de vinaigre; il fert 
en même tems à garantir de la congeftion ou 
ftagnation des humeurs. Il faut avoir la pré¬ 
caution de le renouveller, fitôt qu’il commen¬ 
ce à devenir lâche, & continuer ainfi tant que 
le froid fe fait fentir. 

Lorfque les engelures, foit des pieds, foie 
des mains, font ouvertes, on peut encore em¬ 
ployer avec fuccès le remède fuivanc : Pren¬ 
dre un vieux foulier, le faire brûler jufqu’à 
calcination, le mettre en poudre, le mêler avec 
de l’huile rofat, & l’appliquer fur la partie*. 
Pour former cette pommade, on prend une de¬ 
mi-once de favate calcinée , deux gros de li- 
tharge ; broyer long-teras le tout dans un mor¬ 
tier de plomb, enfuite y ajouter fuffifamment 
d’huile rofat pour réduire le tout en pomma¬ 
de, & l’appliquei^ fur les parties ouvertes & 
ulcérées. 

On doit obferver de ne pas fe préfenter toüt- 
à-coup à un grand feu, lorfqu’on fe fent les 
extrémités affeélées, d’un grand froid, parce 
qùe cela peut augmenter Pengorgement des hu¬ 
meurs & oecafîonner de l’inflammation : il faut 
réchauffer les parties froides par de^ré, les la¬ 
ver d’abord avec de l’eau tiède, & augmenter 
enfuite la chaleur. 


CHAPI- 



Des Ongles." 


113 


CHAPITRE VI. 

DES ONGLES. 


Article Premier. 

De leur nature. 

Le s ongles font des corps durs & folides, 
de figure ovale, tranfparente 5 fitués à l’extrê- 
mité des doigts , tant des mains que des pieds; 
leur fubftanceeft femblâble à de la corne, étant» 
comme elle, compofée de plufîeurs fibres lon¬ 
gitudinales qui fe lient à mefure qu’elles fe dé¬ 
tachent de répiderme, & qui fuivent la cour¬ 
bure de l’extrémité des doigts qu’elles -recou¬ 
vrent. 

Dans leur epaifièur, ils font à-peu-près fem- 
blables au carton compofé de plufîeurs feuilles 
collées les unes fur les autres; enforte que les 
fibres de la première couche extérieure étant 
plus anciennes, font au® plus longues ; & les 
intérieures diminuent par degrés, tellement 
que, depuis fpn unioii avec l’épiderme où l’on* 
gle eft plus mince, il augmente en épaifleur 
jufqu’au bout des doigts. 

Les ongles font cependant diaphanes » de ma- 

H 







II4 Chapitre VL 

nière qu’ils laiflent appercevoir les qualités de 
rhümeur qui domine au corps. Ils font ordinai¬ 
rement pDurprins aux hommes fanguins, bruns, 
obfcurs aux vieillards & aux mélancoliques, 
pâles !aux perfonnes délicates j ils changent de 
couleur aux approches des accès de fièvre tier¬ 
ce ou quarte, & l’on tire des indications de 
leur couleur aux perfonnes attaquées de poifon. 

Les Anatomiftes anciens ne font pas d’accord 
avec les modernes fur la fubftance première 
qui leur donne l’accroiflement. Les uns pré¬ 
tendent qu’ils font produits par les mamelons 
de la peau & l’extrémité des nerfs, & les au¬ 
tres croient qu’ils ne font qu’une continuation 
de l’épiderme. En effet, fi, après la macéra¬ 
tion , on tire adroitement l’épiderme de la 
main , lés ongles fe détachent pour le fuivrej 
ce qui ferable prouver le dernier fentiment. 

Ce qu’on peut encore remarquer, c’eft que 
fi, par un accident imprévu, un inftrument 
tranchant entame la peau aux environs des ra¬ 
cines de l’ongle, la cicatrice fera fixée en cet 
endroit, & ineffaçable. Au contraire, fî une 
légère écorchure n’attaque que l’épiderme au 
même endroit, avant la guérifon, on la verra 
fe porter vers la racine de l’ongle, en fuivant 
à peu près fa marche & fôn accroiffement : ce 
qui porte à croire que la fubftance eft fournie 
par J^épiderme. 

Lorfque l’épiderme eft parvenu à fon extré¬ 
mité i il fe forme un repli fémilunaire, dans 
lequel s’enveloppe la racine de l’ongle. 

L’épiderme, à. ce repli, eft fujet à fe cor- 



t) E s O N G t E S. II? 

fômpfè par l’affluence des fucs nutritifs qui 
âgilTent continuellement. De-là provient la Rup¬ 
ture de cette furpeau, qui occafionne en par¬ 
tie cé qu’on nomme envies ^ fi douloureufes & 
fi dangereufes lorfqu’on les arrache j parce qu’el¬ 
les tiennent à la chair vive. 

Les ongles bien conformés iè renouvellent 
tous les quatre mois environ : il y a cepen¬ 
dant des perfonnes qui perdent entièrement 
les ongles de leurs pieds tous les ans à cer¬ 
taine époque i il leur en vient fans douleur 
de nouveaux, qui, ayant acquis affez de eon- 
fiftance, repouffent entièrement ceux dont ils 
prennent la plaee. 

Les ongles des mains & ceux des p-ieds ont 
bien la -mèmè confiftance & le même accroiffe- 
mentî mais les vices de conformation & les 
accidens qui leur arrivent font très-différenS. 
Je vais détailler dans l’article fuivant' leslacdi- 
4ens dont ceux des mains font le plus affeélés, 
avec les rnoyeiis de les^prévenir ou de les gué¬ 
rir. Je palTerai enfuite à ceux des pieds. 

A R T I G E E IL 

Des moyens de bien confirmer les ongles des mains î . 
des vices de première conformation j ^ des ac- 
cidens qui leur arrivent * avec les moyens Id'y 
remédier. 

Une belle main ajouté â un beau Corps. Si 
élLe ne répond pas aux autres agrémens , il fem- 
ble qu’il y ait une difformité ou défeduofité 
H 2 



ji6 Chapitre VI. 

qui choque au premier coup d’œil , parce que 
cette partie eft une de celles qui fe préfeiitent 
le plus naturellement à la vue. 

C’eft à l’infpeciion de la main que Ton juge 
fouvent d’une perfonne bien née : c’efl: ce qui 
la diftingue du commun j & c’eft à la maniè¬ 
re dont les ongles font foignés. que l’on juge 
de la propreté de la perfonfte. 

Ott ne peut difconvenir que des ongles bien 
faits , bien rangés, de figure ovale , tranfpa- 
rens, fans aucune tache ni cannelure, animés 
• d’une certaine couleur de chair-, ti’ajoutent beau¬ 
coup à la beauté de la main, mais tout le mon¬ 
de n’eft pas doué de cet avantage. Il faut alors, 
pour y remédier, fe confier à ceux qui , par 
état, peuvent juger des moyens qu’il faut em¬ 
ployer. 

-Si les ongles font viciés dès la première coii- 
fortiaîion, il eft prefque toujours impoffible 
d’y remédier, c’eft-à-dire, s’ils font fcabreux, 
raboteux ou cannelés; mais s’ils n’ont que de 
l’inclination à fe porter plus d’un côté que de 
l’autre, s’ils font trop couverts-vers la racine, 
fi, ayant été coupés long-tenis trop courts, ils 
ne peuvent plus atteindre le niveau de la peau, 
il eft très-poffible d’y remédier. 

Flufîeurs Charlatans ont annoncé qu’au moyen 
d’un emplâtre appliqué fur les ongles viciés 
dans leur conformation, iis lès feroient tomber 
Sc qu’enfuite ils reviendro'ient beaux & bien 
faits. J’affure au contraire , que l’on eft fort 
heureux quand ils ne,reviennent pas plus mal 
conformés ; mais comme il eft des cas où il 


Des Ongles. H7 

faut procurer la chute des ongles des pieds, 
j’aurai ocçafion, à leur article, d’indiquer les, 
moyens de les faire tomber. 

Les accidens qui ne font pas vices de con¬ 
formation, & qui font les plus fâcheux, font 
les panaris de plufîeurs elpèces , parce que 
fouvent le foyer de la fuppuration détruit les 
adhérences de l’ongle dans fa racine, par le 
féjour du pus, & qu’il tombe enfuite ; qelui 
qui lui fuçcède eft fouvent mal conformé, & 
peut fe mettre au rang de ceux viciés dans la 
première conformation : il fe jette en croiiîant 
tout d’un côté , ou ne croît plus enldrigueurî 
fouvent m.ême il n’a aucune forme détérmihée ; 
c’eft une maife calleufe dont on ne petit tirer 
aucun parti. 

Quelque accident qui arrive à un, ongle bien 
conformé, s’il eft foigné à l’inftant, & qire la 
racine ne foit point endommagée, il reviendra 
beau & bien fait i quand même un inftrument 
tranchant auroit abattu la totalité de l’ongle 
découvert, il en reftéroit aifez dans le repli fé- 
mi-lunaire pour qu’il revînt tel que fon petit 
le defirer. 

Dans ce cas , il faudroit appliquer deffus de 
la charpie imbûe de quelque liqueur fpimuèu- 
fe, telle que de l’eau-de-vie de lavande par in- 
fufion, l’eau-de-vie camphrée , ou autres capa¬ 
bles de modifier la plaie'; & lorfquè l’ongle a 
pris une certaine croiiTance, & qué la partie 
retranchée eft devenue crouteufe, il faut appli¬ 
quer defius le cataplafrae fui vaut, qu’il céavieii- 



ïi<8 Chapitre V|. 

dra d’employer toutes les fois qtie Ton voudra 
aider à la renaiiTahce de Tongle. 

ÇJ. Deux ou trois poignées de 
Quinte-feuilles , pilées avec, 
de la panne de Porc mjile , 
^ Pappliqiier deffus. 

Dans une chatte violente, ou lorfqü’on re- 
^oit un coup de quelque inftrument conton¬ 
dant fur les ongles, il faut à l’inflant roettre 
la main dans l’eau froide; e’eft un des meilleurs 
répercufljfs ; & s’il fe fait .extravafation de fang 
fous l’ongle , il faut i’en tirer , ce qui s’opère 
fans douleur en perçant l’ongle à l’endroit du 
dépôt; par ce moyen, fou vent on évite la chute , 
de l’ongle, -parce que le fang extravafé ne fe 
delTèche pas toujours., il entre quelquefois en 
fermentation & caufe fupputation. Après avoir 
fait évacuer ce fang, il faut appliquer deffus 
l’ongle un peu de charpie imbue de baume d’Ar- 
cæus. 

Si l’ongle fe trouvoit foulevé & en partie dé¬ 
taché de fes adhérences, il faiidrait emporter 
avec Un inftrument tranchant &, commode , la 
partie de l’ongle foulevéè & détachée des chairs s 
le plus près poffible de fes racines; enfuite ap¬ 
pliquer deffus un plumaceau imbu d’un digeftif 
fimple , tel que la térébenthine', le jaune 
d’œuf & l’huile d’hypéricum bien mêlés en- 
femble. 

-Dans le cas où un corps piquant aurait pçrc| 
rpagle , ou fe ferait introduit deffbus ou dans fes 



Des Ongles. ir^ 

parties latérales , il faudrait bien faigner, & en- 
fuite tremper le doigt dans l’huile d’olive, l’en¬ 
velopper bien exadement, pour le défendre des 
injures de l’air ou de la mal-propreté, & il 
n’arrivera aucun inconvénient. 

Toutes les fois qu’il renaît un o^gle, il faut 
tenir le doigt enveloppé dans un doigtier : cela 
facilite la régénération , enfuîte appliquer le 
cataplafme ci-deffus; autrement il fe pourrait que 
l’air extérieur durcît la partie crdûteufe & s’op- 
pofât à fa nutrition ^ alors il pourrait s’arrêter 
avant d’avoir pris toute fa croifiance. 

Les taches blanches q^ui parahTent aux ongles3 
font caufées par la féchereflTe des lames donc 
ils font compofés, & de ce qu’elles ne font pas 
istimément liées enfemble. C’eft faute deliai- 
fon qu’elles paraiflTent i elles fuivent la croif- 
fance des ongles jufqu’à leur extrémité. 

Pour les prévenir, il faut fairedifiToudre de 
l’alun dans de l’eau de rivière & s’y tremper 
fouvent les mains. 

Je n’indiquerai aucun moyen dé fe^confer- 
ver les mains en bon état; il y a afifez de pâtes 
& de îinimens qui produifent tout l’eflfet que 
l’on en peut efpérer. 

La manière de foigner les ongles bien faits, 
eft des plus faciles. Il faut les couper en-ron¬ 
deur & fuivant la -configuration des doigts, 
fans qu’ils furpaflTent la chair, ni que la rfiair 
les furpaflè, -enfuite détacher avec la pointe des 
cifeaux 5 ou un inftrument commode, la pelli¬ 
cule de l’extrémité de l’épiderme à l’endroit de 
la racine de l’ongle, qui fouveijt le recouvre 
i H 4l 



120 Chapitre VL 

en partie, & cependant il ne faut point la cou¬ 
per de trop prèsj enfuite on ouvre un citron, 
& on les plonge dedans en triturant, ce qui * 
achève de les nettoyer & de les animer; & avec 
une éponge imbue de la liqueur {uivante, on 
les maintient toujours nets & luifans; elle dé- 
■barraffe d’ailleurs ces furpeaux, que l’on nom¬ 
me communément envies. 

Une once d’huile dAmandes 
amères > 

une dragme dhtiile de Tartre 
par défaillance i 
une demi-once dyeux dEcre- 
vijfes , préparés , 

Mêlez-ÿ PEffence de Citron ^ pour aro- 
matifer. 

Article III. 

Des vices de conformation des Ongles des pieds , ^ 
des accidens qui leur arrivent. 

Les o-ngl^ des pieds ont abfolument le mê¬ 
me accroiflement & la même conformation que 
ceux des mains , fî ce n’eft que ceux des pieds 
ont ■.•ordinairement plus d’épailTeur ; ce qui con¬ 
tribue beaucoup à affermir le pied en mar¬ 
chant, & à le garantir des rencontres fâcheufes. 

L’ongle du pied a beaucoup plus, de facilité 
à ;s’épaiiïlr que celui de la main , parce que les 
liqueurs qui lui donnent l’accroifTement, s’y 
portent avec plus d-abondance. 



Des Ongles. 121 

Un des principaux vices de conformation des 
ongles des pieds, c’etl d’entrer dans les chairs 
par leurs angles. Il eft des ongles qui croilfent 
naturellement en limaqon , ou fe replient , 
& vont piquer rorr^-il voifin ou celui auquel 
ils appartiennent : d’autres s’élèvent extraordi¬ 
nairement, au lieu de fuivre le niveau de la 
peau î d’autres, quoique bien conformés, acquiè¬ 
rent une épailTeur extraordinaire , en lorte qu’il 
eft impoffible de les couper avec des cifeaux j 
d’autres n’ont aucune forme déterminée, & ne 
font qu’un corps calleux. Souvent l’afRuence des 
fucs nutritifs ne pouvant etre employée à la 
conformation de l’ôngle, ils lè dépofent dans 
les angles ou à l’extrémité, & s’y corrompent 
au point de faire tomber l’ongle en pourriture, 
de manière qu’il fe trouve deflbus une pouifie- 
re grifâtre ou une matière gélatineufe qui hâte 
leur deftruélion. Tels font les principaux vices 
de conformation qui affeèlent les ongles. 

Les accidens qui arrivent aux ongles des pieds 
& qui ne font pas vices de conformation, font 
de deux, fortes 5 lorfqu’il tombe delfus quelque 
corps pefant, ou lorfqu’en marchant ou cou¬ 
rant on éprouve un choc contre un corps folide. 

Dans le premier cas, il eft rare que le coup 
reçu ne caufe la chute de l’ongle, parce qu’il 
fe fait en-delfous une extravafation de fang qui 
entre en fermentation avec douleur fouvent 
l’orteil eft attaqué d’une inflammation CQniidé- 
rable, d’un gonflement extraordinaire j ia dou¬ 
leur devient alors abfolument infuportable. 
Mais ftie coup n’eft pas coufîdérable, Ü le for- 



I3Z 


C H A P I T R E Vï. 


mera fimplement une échymofc ou un dépôt 
de fang fous la peau à la racine de l’ongle. 

Dans le fe?ond cas, lorfque Ton fe heurte, 
il ell: rare que tous les orteils reçoivent le choc ; 
il n’y a que le gros orteil qui foit dans ce cas. 
Si b coup étoit conlîdérable, il pourrait cau- 
fer la chute de l’ongle; mais il s’en produit un 
nouveau. Si l’ongle a peu de conflftance , il 
fera moins d’effort dans le choc; il fe détache¬ 
ra feulement de fa racine quelques-unes des 
lames qui entrent dans fa compofition: alors 
ces lames détachées du corps de l’ongle, ne 
croîtront plus avec lui, mais elles croîtront 
deffous;'&, au lieu de prendre la forme pla- 
te ordinaireelles prendront la forme pyrami¬ 
dale en eroiffant avec effort fous l’ongle , ce 
qui devient fort douloureux, quoiqu’il ne pa.- 
raiffe fouvent rien extérieurement. 

Il arrive auffi qu’un choc violent peut dé- 
funir toutes les lames de l’ongle, lors même 
qu’il eft bien conftitué. Cette dépreffion chan¬ 
geant totalement la forme, il ne croit plus en 
longueur. J’en ai vu s’élever jufqu’à la hauteur 
d’une noifette j ce qui gène beaucoup dans la 
çhauffure. 

En général; les accidens qui arrivent aux 
ongles font très-doulourçux, demandent à être 
foignés promptement & avec connoiffance i 
mais, avec du foin, il eft poffible de les gué-' 
rir parfaîtement. 



Des O n « l e s. w 

Article II’'. 

moyens de t'emédier. aux vices de conformation 
des Ongles, 

Les moyens de remédier aux vices de pre^ 
miere conformgtion , font en général de réfor¬ 
mer leur première maniéré de croître, peur 
Jeur donner la meilleure forme poflîble. 

Il arrive très-fouvent que l’ongle du gros or¬ 
teil venant à s’engager dans les chairs par l’un 
ou par l’autre côté, produit dans cette partie 
des douleurs très-vives , de l’inflammation, & 
rend la marche très-.diflScile. Pour y remédier 
on fera tremper le pied dans l’eau tiède envi- 
ron une demi-heure , & jufqu’à ce que l’ongle 
foit ramolli i enfuite on le ratiflera, Toit avec 
un inftruraent commode, foie avec du verre, 
afin de l’amincir ; après on le foülèvera légère¬ 
ment avec une fonde convenable, & l’on pouL 
fera avec cette meme fonde un peu de charpie 
entre l’ongle & la chair, à l’endroit où l’on 
fent de la douleur i on panfera avec du vin 
chaud ,• on réitérera ce panferaent le lendemain, 
fi la douleur étoit toujours la même, ce qui efl 
rare. 

: ^Si xependant ces moyens étaient infuffîfans, 
on en viendrait à l’opération, qu’on exécute¬ 
rait de la manière fuivante. Après avoir fait 
tremper le pied pour ramollir .l’ongle, on in¬ 
troduit avec fcirconfpediott une des bran¬ 
ches des cifeaux fous la portion de l’ongle en- 



124 


Chapitre VI. 


gagée dans la chair, on la coupe, & on la tire 
après , doucement, avec des pinces. Si elle ne 
vient pas d’elle-mème » on fe fert avec plus d’a¬ 
vantage, pour cette opération, d’un inftrument 
fait en forme de pince à reflbrt, dont les tran- 
chans viennent perpendiculairement l’un fur 
l’autre, en divifant d’un feul coup la partie, 
ce qui épargne beaucoup de douleur. On appli¬ 
que enfuite fur cette partie de la. charpie, ou 
des compredes trempées dans i’efprit de vin ou 
de l’eau de chaux, qu’on aura foin d’humecler 
pendant la journée, & l’on fe repafe. 

U n’arrive pas toujours qu’en emportant là 
partie de l’ongle avec des pinces ou des cifeâux, 
on parvient à l’empêcher de croître de cette ma¬ 
nière j mais pour en prévenir le retour, on 
amincit l’ongle dans Ton milieu, foit avec du, 
verre, jufqu’à ne laiffer qu’une pellicule fort 
déliée; on foutient les ongles avec un peu de 
charpie, & on l’éconduit autant qu’il eft poiHble. 

Dans tous les accidens qui arrivent atix on¬ 
gles du gros orteil, il y a à craindre l’alonge- 
ment des chairs baveufes & des champignons 
très.difficiles à réfoudre, parce que les humeurs 
fe portent naturellement à cette partie. On em¬ 
ploie pour les manger de la charpie râpée que 
l’on laupoudre d’un peu d’alun calciné , des 
trochifques de minium, ou du précipité rouge 
ordinaire ; mais cela demande une grande at¬ 
tention, tant pour l’emploi des cauftiques, que 
pour conduire le traitement & delTécher ces par¬ 
ties, qui, fouvent laiffent après la fuppuratton 
des eaux roufles qu’il eft impoifible de tarir. 



Des Ongles. 


12^ 

ïl n’y a rien de meilleur, dit le Dodeur 
Turner (a), que le précipité rouge ordinaire» 
il agit fans caufer beaucoup de douleur, & fait 
des merveilles dans ce cas : “ J’en couvre or- 

dinairement le fungus j je mets enfuite un 
55 plumaceau chargé de quelque lénitif, & je 
55 laiife le tout fur la partie pendant deux jours i 
55 il fe fait durant ce tems-là une fonte cônfi- 
35 fidérabie,& j’emporte avec mes çifeaux ce 
55 qui ne fuit pas l’appareil. J’applique encore 
,5 du même précipité , fi je vois qu’il foit nécef. 
35 faire. Je détruis par ces moyens , noii-feule- 
3, ment l’exçroüTanee dans trois ou quatre panfe- 
33 mens, mais je çicatrife mêmefouvent la plaie, 
53 fans le feceurs d’aucune autre application 

Les vices de conformation des ongles vien¬ 
nent, comme je l’ai déjà dit, de ce qu’il, leur 
afflue plus de fubftance qu’ils ne peuvent en em¬ 
ployer à leur accroiflement. Ce fuperâu fe dé- 
pofe deffous les angles ou à leurs extrémités, 
& les forces à bomber &'à feyecoquiller ; alors 
ils deviennent fçabreux.. Le moyen le plus cer¬ 
tain que je puiffe indiquer, ç’eft de les diminuer 
dans toute leur fuperficie ; cela les affame, & 
les oblige d’employer utilement toutes les fubf- 
tances qui fe portent à leur accroiffement : je 
puis même affurer que dans tous les cas on obtien¬ 
dra de grands foulagemens des douleurs que 
l’on éprouve aux ongles, telles qu’elles foient, 
en les ratiflant avec du verre. 


Ca) Page ç. chapitre V. fécondé Partie des maladies 
de la peau. 




i26 C H A P' I T ïl É Vf. 

Si le vice d’un ongle était de fe porter tout 
d’un côté, ü faudrait retrancher la partie excé- 
dente, qui pourrait piquer l’orteil voifîn; & 
enfuite, avec l’inftrumerit tranchant, le décou¬ 
vrir du côté oppofé à fa croifiancé, parce qu’a^ 
lors cette croiflànce fe portera du côté retran¬ 
ché ^ & fi l’on parvient à le mettre en force 
égale, il fe tiendra au milieu de l’orteil. 

11 eft rare que l’on folt obligé de faire tom¬ 
ber les ongles, parce qu’ils ne reviennent pas 
mieux conformés : il n’y aurait que pour ceux 
qui tombent en pourriture, & fous lefquels 
il fe trouve une pouflîère grifàtre, ou une 
matière glutineufe infedée, que Fon pourrait 
employer ces moyens pour faire celTer la pour¬ 
riture, & obtenir un cal qui tiendrait lieu 
d’ongle. Après avoir bien examiné s’il n’y â 
pas de danger d’ouvrir une route à la nature, 
foit par l’âge, ou le vice des liqueurs, on s’y 
prendra de la manière ci-après. 

Premièrement, il faut amincir l’ongle avec 
uninftrument commode, ou le ratifier avec du 
verre, ou le limer, s’il eft aflez fec, avec une 
lime douce, & le rendre le plus mince poffiblej 
enfuite appliquer deflus le remède fuivant : 

Oîgmns de lis ^ racines d'althœa^ 
cuits enfemhle avec de thiiiîe ro- 
fat; faites du tout une pulpe ^ ^ 
Rappliquez deffus ; ^ dans le cas 
QÎi il ne fe détacherait pas , un pe¬ 
tit emplâtre véfiçatoire achèvera fa 
chute. 



DES Ongles. 


12,7 

Ou, tout fimplementj après l’avoir aminci, 
applique2 defîus un onguent compofé d’autant 
d’onguent Rofat que de cantharides. 

Après la chute de l’ongle, il faut laver la 
partie avec du vin chaud, dans lequel orl au¬ 
ra fait bouillir un gros de noix de cyprès, au¬ 
tant de noix de galle, & l’écorce de grenade, 
y ajouter un peu de fuc pour corroborer la 
partie J. &, auflî-tôt que le nouvel ongle com¬ 
mence à paraître, il faut aider fa croiflance 
avec le cataplafme de quinte-feuille, ci-devant 
indiqué. 

A R T I c L E V. 

Des moyens de guérir les accidens qui arrivent avjse 
Ongles. 

Dans les accidens qui arrivent aux ongles, 
fi une preflion confiante avait caufé le gonfle¬ 
ment & l’inflammation des chairs de l’orteil, 
il faudrait appliquer fur l’ongle un emplâtre 
de mucilage, & fur les parties enflammées le 
cataplafme fuivant. 

:Ç 2 . Mie de pain hlanc ^ du laiti faU 
, tes cuire le tout en forme de catav 

plafme} ajoutez-y jaune d'œufs ^ 
fafran en poudre } enveloppez tou., 
te la partie enflammée , ^ même 
les environs } renouveliez le cata^ 
piafme lorfqu'il fera fléché. 



Chapitre VI. 


Ï28 

Souvent l’ongle empêche la réfolution ; alors 
on eft obligé de l’extirper : c’eft une opération 
cruelle, & jamais il ne revient bien fait. Pour 
y fuppléer , j’ai fait exécuter un inftrument 
en forme de bec de bccafle, tranchant fur les 
bords , tel qu’un emporte-pièce, avec lequel, 
d’un feul coup » & fans faire prefque de dou¬ 
leur, on enlève la largeur d’une ligne au milieu 
de l’ongle j & cela jufqu’à la racine, qu’il eft 
d’autant plus important de conferver, que ce 
ii’eft jamais elle qui empêche la réfolution, par¬ 
ce qu’elle eft extrêmement fouple > alors on 
peut élever les angles des chairs qu’ils gênaient, 
& on les foutient avec de la charpie- Après 
cette opération, on applique fur l’ongle un peu 
de charpie imbue de baume d’Arcœus « ou de 
tout autre déterfif convenable. 

S’il fe fait un dépôt de fang extravafé, on 
d’autre matière nuifîble, fous la peau & aux 
racines de l’ongle, il faut l’ouvrir au plutôt, 
pour donner iifue aux: matières, dans la crainte 
qu’elles ne dérangent les racines & l’accroiflTe- 
ment de l’ongle. On lave enfuite la partie avec 
du vin chaud, on y applique une comprelîe, & 
on l’enveloppe. Il fe forme une'croûte , qu’il faut 
îailTer jufqu’à ce qu’elle tombe d’elle-même i ce 
qui ne tarde pas à s’opérer. 

Fabrice de Hitâan (æ>) rapporte la guérifon 
d’un ulcère invétéré au gros orteil, caufé par 
la preffion d’une partie de l’ongle. 


Un 


(a) Obf. 12. Lib. J. des Ulcères. 



Ses Ô ïr g é ê ë.' 12^ 

^ Un jeune homme de Zurich, dit-il, éut lé 
IJ gros orteil meurtri; il y vint inflammation i 
jj & puis ulcère, lequel ne put être guéri par 
,à aucun remède. Le doigt était enflé & enflam-^ 
i5 nié, avec une èxeroillaneè de chair qui était; 
,5 plus grofle qu’une fève, & couvrait quafi la 
moitié de l’ongle; On avait voulu ronger 
avec les caüftiques ; mais ce qui àvoit été 
jj- confumé de jour 1 revenait la nuit comme 
Ij un fungusi Après avoir cherché ce qui pou- 
jj vàit empêcher la güérifon ^ il apperçut que 
5; l’ongle était réparé de la chair defTous cette 
,j excroiflance , & piquait fans cefle la chair 
jj faine vers la racine de l’ongle^ ce qui eau- 
jj fait de la douleur & attirait la défluxion. 
3, Ayant donc reconnu la caufe, & ayant pur- 
j, gé & faigné au bras du même côté , il mit 
jj lut l’excroiffance de la poudré d’alun brûlé i 
,ÿ & fur le doigt & tout le pied un càtapiafmé 
j, rafraîchiifant pour appaifer la douleur ”é Voi- 
êi la cômpoiition de ce eataplafnie^ 

Farine dêfèvê, deux onces i 
Poudre de rofê-rouge ^ 
de B'àlat^éi 
de noix de Cyprès, dé 
■chacune déux gros % 
Èdfran, deux âragmes 5 

dans l’èàû de plantain & dé rofe, & un peu 
de vinaigre: ajoutez, fur la fin, un jaünè d’oeuf 
& un peu d’huile rofat, & appliquez chaude¬ 
ment.; 


I 




J 30 Chapitre VL 

Ces moyens firent défenfler la partie & ap- 
paifèrent la douleur. L’^xcroiffance diminua auffî 
un peu, de forte que l’ongle qui était féparé, 
de la chairi & que cette excroilfance couvrait, 
commença à paraître; & l’ayant coupé avec 
les cifeaux & le fcalpel, & faupoudré d’une 
poudre delîicative j il appliqua deîfus l’emplâtre 
de diapalme, & il fut bientôt guéri ; ce qui 
doit apprendre, dit-il, à connaître & étudier 
principalement la caufe de ce mal. 

Toutes les fois qu’il fera tombé quelque cho- 
fe de pefant fur les orteils, après avoir mis le 
pied dans l’eau froide, il faut appliquer fur la 
partie une pâte compofée de la manière fui* 
vante î 

Dk gland nouvellement cueilli ^ 
du favon ; pilez le tout ^nfem- 
ble , en Parrofant d'eau-de-vie , 
^ l'appliquez. 

Dans le cas d’un choc, comme je l’ai dit 5 
lorfqu’il fe détache des fuperfluités qui pren- 
lient la forme pyramidale, & croiiTent au mi¬ 
lieu de l’ongle avec effort & douleur, il n’y 
a pas de moyen plus certain de les guérir, 
que de les extraire avec un inftrument. 

C’eft le plus commun des accidens qui arri¬ 
vent aux ongles ; on lui donne le nom de cor 
fous l’ongle; c’eft le triomphe des Charlatans, 
parce que ces cors étrangers font aflez faciles 
à extraire, ^ qu’auffi-tôt qu’ils font extraits la 
douleur çeffe, s’ils font bien emportés. 



D E $ ô iî G' L Ê S^. i|l 

Il faut remarquer , comme je l’ai dît qüë 
les ongles font environ quatre mois à fe 
renouveiler î que ces corps étrangers fe déta¬ 
chent de la racine de l’ongle & croüTent def- , 
fous en végétant, en forte que fouvent là dou¬ 
leur ne fe fait fentir qu’environ deux mois 
après le coup reçu, & qu’il eft împofllhle d& 
les extraire par l’extrémité de l’ongle, faris cou¬ 
per dans la chair vive î alors on eH obligé dà 
percer l’ongle à l’endroit de ce cor étranger, 

& de l’extraire par ce moyen, ce qui n’^eftau¬ 
cunement douloureux : on remplit le trou fait 
à l’ongle avec de la eharpie râpée, imbibée de 
quelque fpiritueux. ^ 

Avec les précaupons indiquées , oh préviens 
dra beaucoup d’incommoditésj, qui, légères ep, " 
apparence , ne îaiffent pas d’être tresrgênantes 
& douloureufes, & l’on fera lïir de eonferver 
fes ongles dans la meilleure forme poflible/ 


[ 13 ^ ] 


CHAPITRE VII. 

Bs lâ Toilette des Fieds. 

Monarque éclairé, le Roi de Prufie ré^ 
gnant, iriftruit, par une expérience journaliè-s 
re , des aecidens qui peuvent réfulter de la fa¬ 
tigue des marches, à introduit dans ces der¬ 
nières guerres une méthode dont il ferait à dé¬ 
lirer que l’on fît également ufage parmi nous» 
Ge Monarque avait propofé dans fes armées, 
deè Chirurgiens deftinés à vifîter les pieds des 
f&ldatsj après & dans le cours même des mar¬ 
ches, parcé qüè le moindre échàuffement oc- 
cafîoiinl par un fréquent froilTement fuffit pour 
ôter les forces à un foldat, & l’empêcher de 
remplir fes fônètions. Cette fage prévoyance 
de lâ part de ce Monarq^ue, eft un exemple de 
fattention que chaque Capitaine devrait ap¬ 
porter dans fa eorapagnîè, & dé celle que toute 
perfonhe quelconque devrait avoir.’ Les plus 
grandes incommodités de la vie n’ont fou- 
vent pour principe qu’une négligence à les pré¬ 
venir. 

Le premier des foins que l’on doiè apporter 
à la confervation de fes pieds, eft de faire en 
forte de ne point arrêter la circulation lympha¬ 
tique par des chauflures gênantes. 

Én fécond lieu, de fe tenir en garde eontr©’ 





TQ ILET T E D E s Pi E D s. 233 

les eifets de la mal-propreté > car les perfonnes 
qui portent trop long-tems les inêmes chauffons 
&. les mêmes bas , parti cuiièremeqt ceux qui 
font fujets à lafueur & qui marchent beaucoup^ 
font expofés à de fréqueus échauffemens , oc^ 
cafîonnés par la mal-propreté des chauffons ou 
des bas, dont le frottement devient vénimeu? 
& fait gercer la peau } d’où, quelquefois , il ré- 
fulte une fuppuration, fi l’on n’a foin d’y re- 
niédier. 

Le premier moyen de parer à cet ineonvé- 
nient,eft de changer fQuvent les chauffons, & 
de ne point les laiffer s’encraffer fur la peau. 

Le fécond, eft d’avoir l’attention de fe laver 
les pieds fou vent i il n’ejft pas néceffaire de les 
laiffer treniper, mais les laver coname on lave 
les mains. 

Le bain des pieds fe prépare de la manière 
fuivante. On fait chauffer une quantité fuffifaiir 
te d’eau de rivière -, quandelle efj: prête à bouiL 
lir, on y jette une bonne écuellée de fon de 
fronientj on paffe le tout à travers une toile 
ou un tarais j on y ajoute autant d’eau froide 
qu’il eft néceffaire pour y pouvoir inettre les 
pieds, & l’on les y laiffe environ demi-heure. 

J’obferyerai que les perfonnes qui marchent 
beaucoup ne doivent point faire paffer l’eàu , 
parce que le fon même aide beaucoup à décraf 
-fer les jambes j & il faut qu’elle foit beaucoup 
moins chaude, parce qu’alors , ne dilatant pas 
autant la peau, elle ne rend pas les pieds lî fen? 
iibles aux impreffions du froid & de la fatigue. 

J’cbfcrvcrai encore > que, comme je l’ai ip” 
I 3 




î34 Chapitre Vil. 

cliqué au chapitre des Cors, il ne faut mettre 
fes pieds dans Feâu qu’après s’être fait couper 
les cors, & laifler les ongles & les durillons 
à foigner au fortir de l’eau, parce qu’alors on 
opère beaucoup plus avantageufement. 

Plufieurs perfonnes, foit par un excès de 
propreté, ou pour fe foulager de la douleur 
,de leurs cors ou durillons, fe mettent les pieds 
dans l’éau tous les jours ou tous les deux jours , 
efpérant, fans doute, que plus elles y refteront, 
plus elles obtiendront de foulagement. 

Mais il eft facile de leur démontrer le con¬ 
traire. En général , fi ceux qui font ufage des 
ibains n’ont une caufe de mettre leurs pieds 
dans l’eau ., & G cela ne leur eft ordonné par 
leur Médecin, ils s’affaibliflent beaucoup par 
,cet ufage. En expulfant l’humide radical de la 
peau, qui entretient une certaine moiteur dans 
•les parties calleufes des cors ou des durillons , 
il en réfulte que ces parties ne font plus qu’un 
parchemin mouillé. Tant qu’elles font dans cet 
,état,,9H obtient du foulageraentj mais lorfqüe 
les ,Gors viennent à fe deflecher, ils entrent en 
Æontradion , & caufent par leur retréciflement, 
des tiraillemens très-douloureux dans les par¬ 
ties vives & charnues auxquelles ils font adhé- 
rens. 

J’ai fait voir plus haut, que la fechereffe & 
l’humidité étaient la caufe de la feiiGbilité qu’oc- 
caGonnent les cors : à plus forte raifon, G on 
fe met les pieds dans l’eau, les douleurs aug¬ 
menteront. 

On peut fubftituer au bain des pieds, le foin 



T 0 I L E T T E D E s P l E D s. I3Ç 

-âe fe les laver régulièrement tous les foirs en 
fe couchant. On imbibe, pour cet effet, d’eau 
tiède, le coin d’une ferviette , que l’on paffe 
enfuite entre les doigts & derrière le talon- Cet¬ 
te opération faite, on eifuie le tout avec un 
linge bien fec. Alors la c.raife qui fe fait journelle¬ 
ment fe trouve nettoyée. 

Le matin en fortant du lit , lorfque les pieds 
font encore dans un état de moiteur, il faut 
les elfuyer avec un linge bien chaud & bien 
fec, enfuite on pafle deifus de l’eau-de-vie de 
lavande par infufîon ; mais, comme nombre 
de perfonnes n’aiment pas cette odeur, on peut 
lui fubftituer partie égale d’eaü & d’eau-de-vie, 
à quoi on ajoute un peu d’eau de fenteur. 

J’ai confeillé cette manière de feigner les 
pieds à des perfonnes très-fujettes à la'fueurs 
elles l’ont raife en ufage, & elles, ont été dé¬ 
livrées de cette incommodité, fans que la fup- 
preffion leur ait caufé aucun accident. 

Au retour de la chaffe, ou quand on a mon¬ 
té à cheval, avant de mettre d’autres chauffu- 
res, il faut s’eifuyer les pieds & les jambes 
avec des ferviettes chaudes & féches , pour 
étancher la fueur j enfuite les arrofer avec l’eau 
indiquée. Les pores abfprbans pomperont à 
l’inftant une partie de cette eau qui, fortifiera 
beaucoup la peau. 

En général les bains des pieds, dans lefquels 
il y a des odeurs, nuifent à la lanté, & dans 
certains cas ils font très-dangereux. Il ne faut 
en faire ufage qu’avec précaution, fur-tqut pour 
les femmes. 


I 4\ 



Chapitre VIL 

Il fe fait des bains de pieds dans lefquels 
entre des émoHiens ou réfolutifs; mais ils doL 
vent être eonfeillés par les Médecins. Quoi¬ 
qu’ils ne foient pas dangereux, ils pourraient 
le devenir s’il n’étaient bien dirigés. 

Il fe fait pour les pieds des bains de propre¬ 
té, qui réuniffent tous les avantages polîibles, 
fans courir aucun inconvénient. On délaie de 
la pâte d’amendes amères, féche, avec de l’eau $ 
l’on en fait une pâte liquide, dont on enduit 
les pieds & les jambes: on les met enfuite dans 
î’eau, & on les frotte avec la main ; on les 
elTuie bien avec des ferviettes chaudes j on palfe 
defliis de l’eau indiquée pour la toilette des pieds. 
Ce bain procure un grand bien à la peau. 

Tout le foin des pieds ne confifte pas à les 
tenir dans un état de propreté, quoique cela 
y fafle beaucoup; il faut encore foigner les on¬ 
gles de la manière que je vais l’indiquer. 

Les ongles, bien conformés, font faciles à 
foigner, après que les pieds font retirés de l’eau 
effuyés, ce qui n’eft pas abfolument nécedai. 
j:e<( eair on peut les couper fans avoir mis les^ 
pieds dans l’eau ), on doit les couper en ron¬ 
deur, fuivant la configuration des doigts, fans 
qu’ils furpaffent les chairs, ni que les chairs 
les furpaflent,- parce qu’alors les chairs croif- 
fant par deflus l’ongle, peuvent l’envelopper, 
lë'défigurerî &.caufer par la fuite des douleurs 
trés-fenfibles. Il faut couper aSnû les ongles, 
üfiir qu’ils ne piquent point, ,& cependant ne 
pas les couper trop avant, parce que toutes les 
fois que l’on rafraîchit un ongle, on porte fa 



T O ILETT E DES Pie D s. Îg 7 

§X0ÏSkncs de ce côté, & qu’il y aurait à erain* 
dre qu’ils ne pénétraffent dans les chairs. 

11 faut couper la furpeau qui borde la raci¬ 
ne de l’ongle, & prendre garde en la dé- 
jachant d’endommager fes racines. On nettoie 
fous les ongles, & généralement tous les en¬ 
virons de l’ongle y on le diminue un peu en 
le ratüTant dans fa partie extérieure, & l’on 
fait fur-tout attention à ce que rien ne pique 
ou n’accroche dans fon extrémité, ou dans fes 
parties latérales. 

La mauvaife conformation des ongles’ne pro¬ 
vient fouvent que de la manière de les couper, 
ou de les conduire i toutes les fois que l’on ra¬ 
fraîchit un ongle avec des cifeaux, ou avec un 
inftrument tranchant, on porte fa croiifance 
de ce côté, comme je viens de le dire : c’eft 
donc à l’Opérateur à diriger cette croilTance 
pour diminuer la difformité. 

Quand un ongle eft fort épais , mais bien 
.conftitué, c’eft un des moindres vices de con¬ 
formation. Il ne faut pas, parce qu’il eft gênant 
dans les chauflures, lé diminuer avec l’inftru- 
ment tranchant. Cette manière d’opérer décou¬ 
vre & tranche obliquement les lames ou cou¬ 
ches extérieures de l’ongle, & leur accroilTe- 
ment fe porte alors dans toute la partie retran¬ 
chée qui fe trouve comme avivée dans cette 
manière de les traiter. ^ 

Dans ce cas, il eft bien plus avantageux 
de les diminuer avec du verre en ratiflànt. Il 
eft vrai que cela demande de là patience j mais 
l’opération eft bien mieux faite , parce que le 



138 Chapitre VIL 

duvet rebouche à l’inftant les pores, & porte 
Tongle à croître en longueur. 

Ce n’eft pas, cependant, que fi un ongle 
était tellement défiguré, qu’il fallût employer 
un tems confîdérable à le diminuer, & que l’on 
ne pût le.faire également, je veuille défendre de 
lui donner une bonne forme avec l’inftrument : 
mi contraire ; mais dans la fuite, pour les foi- 
gner, il vaudrait mieux le limer ou le ratifier, 
que de l’arranger avec l’inftrument tranchant. 


CHAPITRE VIII. 

De la manière dont on .doit fe chatijferi de quel¬ 
ques/moyens employés pour foulager les Fieds, 

C 3 n doit apporter les plus grandes at^n- 
tions à tout ce qui peut contraindre & gêner 
les pieds , puifque tous les accidens ne font 
caufes que par la gêne des chauflures. C’eft 
ce qui me fait entrer dans des détails fur la 
manière dont on doit fe chauffer, parce que 
ceux qui font nffez foigneux, pourront éviter 
ces accidens. 

Il faut en général porter des chaufiures ai- 
■lees, fouples & légères pour ôter aux pieds 
tous les inconvéniens pofïibles dans le marcher, 
& cette attention doit particulièrement s’exé¬ 
cuter dans la jeuneffe. 





Toilette des Pieds. ï 3>9 

Il faut toute la dextérité dont les femmes 
füiu fufceptibles , pour fe fervfr utilement de 
leur chaulfiire. Ce qu’il y a de certain, c’eft 
qu’elles changent totalement la foupleife & la dé- 
iicateflè du mouvement de leurs orteils, qu’elles 
vtnarchent toujours en chancelant, & que fou- 
vent la hauteur de leurs talons le,ur jette tel- , 
lement des genoux en-devant, que fi elles gar 
gnent un peu de hauteur, elles en perdent da¬ 
vantage de l’autre côté., & s’expofent à tous 
les accidens dont les pieds peuvent être afteç- 
•tés., cette marche étant contre nature. 

Il ne faut pas cependant imaginer que la 
•chaulfure des femmes puilTe être regardée com¬ 
me une chofe de convention. Certainement unç. 
femme en fouliers plats a mauvaife grâce ; mais 
il y a une certaine hauteur 4 e talon,, & une 
manière de donner de la grâce aux chaulfures 
des femmes , qui lied bien à toutes celles qui 
en font ufage, & qui, en leur confervant tout 
l’avantage , Tes met à l’abri de la plus grande 
partie des accidens qui les affedent .aux pieds. 

Pour cet eifet, il faut commander des chauf- 
fures , de manière, que, depuis l’extrémité du 
talon, jufqu’au milieu de la plante du pied, 
.elles foient abfolument pareilles à la ligne de 
terre, & enfuite leur donner la pente. Par ce 
moyen, le pied fera pour ainfi dire arrêté à 
la vouflure naturelle de la plante du pied. Dans 
ces chaulfures , les orteils ne feront que peu ou 
point gênés. Le tout confîftera à marcher avec 
un certain équilibre, dont le point d’appui fera 
au milieu de la plante du pied : ce qui n’eft 
pas difficile. 



Î 40 Ckapittre VIIL 

Les jeunes gens doivent porter des cliauffu» 
res, donc l’empeigne & la femelle foient exae- 
tement fouples, & des talons de cuir ou de 
liège 3 couverts , éviter les talons de bois, 
parce qu’ils font éprouver une comnîotion con¬ 
tinuelle dans le marcher de viteife. 

Les perfonnes d’un certain âge doivent por» 
ter des femelles de la moyenne épailfeur, & 
des empeignes de quelque étoffe douce, tel 
que le caftor, le daim, ou autre, des talons 
de bois garnis de deux bouts de cuir au deflbus. 

L’utilité de ces chauffures eft d’éviter, au 
moyen de la femelle de réfiftance, les frotte- 
mens qui pourraient arriver aux orteils en marr 
chant ; ce qui , dans un .certain âge, devient 
.très-douloureux, & l’empeigne, légère & dou? 
ce , leur procurera la liberté des circulations. 

Ceux qui font curieux d’ètre chauffés bieu 
juftes, doivent avoir l’attention de commander 
leur chauffure , pour l’été, plus grande que celle 
pour l’hiver3 car, par la féchereffe de cette 
îaifon, les peaux dont font eompofées les chauL- 
fures fe retirent, & par la chaleurle fang 
étant plus raréfié , & fe portant volontiers 
aux pieds, ils fe trouveraient .fort gênés fans 
cette attention. 

On doit faire porter aux enfans dç l’un & 
de l’autre fexe , des chauffqres dont l’empeigne' 
foit extrêmement douçe, fans patons nic.uirfort 
au derrière du talon, parce que les enfans n’ont 
d’autre occupation que de fortir les pieds de 
leur chauffure. Ils brifent, par ce moyen, tous 
ces cuirs de réfiftance, & lorfqu’iis-font roniy 



TôilettedesPied^ 141 

p'üs, par contre-coup, ils leut caufent de la di£ 
formité aux pieds. 

Il faut que l’empeigne de leur chaulTure, quoi¬ 
que douce, ait aflez de réfîftance pour leur main¬ 
tenir le pied & le bien emboîter, afin qu’ils 
ne puiiTent le retirer avec facilité. L’on doit 
prendre garde fur-tout de ne point gêner les 
circulations. 

On fait paflTer trop vite les jeunes Deûioifel- 
îès, des fouliers plats aux fouliers à talons 
hauts. On cède fouvent à leur importunité j 
fans faire attention que îa délicatefle de leurs 
pieds les expofe à être difformes, toute la vie, 
par ces chauflures. 

Les fouliers plats vont bien aux jeunes De- 
moifelles, & l’on doit apporter foute l’atten¬ 
tion poffible à la manière dont elles contien¬ 
nent leurs pieds, lorfqu’on leur donne des fou» 
liers à talons. Ce dernier parti une fois pris ^ 
il ne faut plus leur faire porter, tantôt des 
fouliers plats , tantôt des fouliers à talons. PüiÇ 
qu’il eft d’ufage de leur brifer les pieds à cettes 
chauflure, il faut le faire par gradation. Je 
défirerâis que Fon n’arrivât que par degrés à 
îa hauteur totale que l’on donne aux chaulTü- 
res des jeunes Deraoifelles, & que l’oiï mît 
trois ou quatre ans de diftance entre le pre¬ 
mier & le dernier degré. 

Les bas de laine occafionnent des frottement 
qui peuvent excorier îa peau. La preuve en ré- 
fulte de ce qu’ils font un des moÿeUs que l’on 
met en ufage pour épiler ks jambes ; ainfî je 
confeille de porter deffous des bas de fil ou 
' des chauffons. 



Î 42 C H Â P t R E Vîlf. 

Les chauflbris tricôtés font préférables aux- 
chaulFons de toile , dont les coutures font groL 
fièrement faites. Il s’eii fait cependant de toile 
a points noues > dont ôn apperçoit à peine les 
coutures J alors je les préféré à ceux tricotés, 
parce que la toile procure beaucoup de bien 
à la peau, en étanchant la fueur, ce que ne’ 
fait pas toujours le tricot. 

Ceux qui font dans l’üfage de cbauifer plu- 
fieurs paires de bas, doivent avoir l’attentiorî 
de les retourner à l’envers, jufqu’au talon ^ 
avant de les mettre , enfuite de chaulTerle pieé 
& de les relever le long de la jambe^ 

Cette précaution ne ferait pas abfolumerit’ 
néceifaire pour la première paire j mais il n’eit 
eft pas ainfi des autres ; car, en les- chauffant 
tout fimplement à l’endroit, fi l’on a des chàufi. 
fons, ou une première paire de bas, cette' 
première paire fe retire vers le genou ^ de triées 
me qu’en mettant un habit j les manches de 
la chemife remontent vers le coude, fi l’on n’y 
fait attention. Dans ce cas, les doigts du pied 
fe trouvent dans une telle gêne que les ongles 
étant comprimés, font dans la néceflîté de fe 
reçoquilier , & fatiguent beaucoup les chairs 
ypifines. 

. Malgré toutes les attentions que fon peut 
prendre à foigner ou à faire foigner fes pieds, 
fl arrive quelquefois que des chauffures , ou la 
marche continuelle , particulièrement dans l’été t 
produifent des échauffemeiis dans lès parties 
comprimées, fouvent même des écorchures# 
ce qui peut auffi provenir d’une fueur âcre & 



T a IL Et TE DES Pieds. 143 

abondante , qui excorie l’épiderme de la pep : 
voici ce que l’on doit fai^e pour y remédier. 

Huile rofat deux onces , un jaune d'^æuf frais i 
t/royez enfemble dans un mortier de plomht 
jufyidà ce que le tout ait acquis une confjlan- 
ce de pommade , en mettre fur un linge ^ 
envelopper le pied r, réitérer pendant quelques 
jours. Jdeffet eji trèsfalutaire. 

Quelquefois auflî les Tueurs & la continuité 
de compreffion des chauflures occafîonnent une 
chaleur èxcelEve à la plante du* pied, & des 
douleurs fî aiguës, que fouvent elles empêchent 
le fommeil. Dans ce cas, il faut prendre : 

feuilles de fur eau une poignée , autant de fleurs » 
une égale portion de fel commun ; en faire une 
déco&ion , dans laquelle on fera tremper les 
pieds , ^ après les avoir retirés , on applu 
quera deffus le xataplafme fuivant. 

De la mouffe verte qui fe tient à fleur d’eau » 
ou celle qui s’amafle autour des bateaux 4 fri- 
caflez cette moufle avec de la grailfe de porc ; 
appliquez-la fous la plante du pied, il en réful- 
tera une guérifon radicale. 

Lorfqu’on a coupé fes ongles trop près de la 
chair, il arrive, fur*tout à celle des pieds, que 
les chairs fe bourfoufflént par delTus l’ongle, 
& fe meurtriflent, d’où réfulte une inflamma¬ 
tion & une douleur excefEve ; fouvent même el¬ 
les font entamées jufqu’au vif : on peut alors 



^44 Chapitre ŸÎÏI. 

ÿ appliquer un morceau de poumon de pofc,- 
qui diflîpera promptement ia douleur & l’iii- 
fiammation. 

Le même remède peut s'employer pourtour 
tes les écorchures oU échaufFenïens qui fufvîèn- 
lient aux pieds^ 


C O N C L U S I O Jst.- 

Si lesinténtions droites & là vérité {ont faites 
jpour mériter le ruff'*agc du pubic, en lui indi¬ 
quant des moyens de foulagemerit qu’il nè^con- 
Uaiflait pas, jé crois lé mériter à ce titre ; c’eft 
à -quoi j’ai toujours borné mon attention : cd 
font ces vues qui m’ont engagé à compofer cet 
Ouvrage. J’aurais défiré m’étendre davantage j 
mais j’af cru que, pour mieux accréditer uri 
état naiflant , il valait mieui indiquer des 
moyens fimples & à la portée de tout le mon¬ 
de, que d’en rendre le choix embarrafTaUt. Jd 
défîre que mon Ouvrage fournifle matière à 
cèuîc qüij comme rhoi, voudront être utiles 
à l’humanité, & je verrai avec le plus fenfîblé 
plaifir des perfonnes embrâfler l’ctât de foignef 
les pieds, & gagner la confiatice dü public, 
jufqu’ici leurrée par les promefles des charla¬ 
tans , qui fe font arrogé depuis long-tems le 
droit de débiter des remèdes, fouvent plus nut- 
fibles que falutaires. 


F ï N. 





[ I 4 Î î 


T AELE 

DES CHAPITRES 

CONTENANT 

ZM SOINS FACILES FOUR LA PROFRETÉ DE 
LA BOUCHE. 

Notions préliminaires, 

œAP. T. D E S cmfes qui gâtent les TOents ^ 
des moyens de les prévenir. page 7 

C h A P. II. Précautions à prendre pour empë- 
' âier que ks Eknts ne fé gâtent par quelqu'u¬ 
ne des caufes. qü^on vient dexpofer. Il 

Ghap. III. Des maladies ^ autres caufes. qui 
altèrent la blancheur des Dents. 16 

Çhap. IY. Des maladies des Gencives , ^ 
des Alvéoles. SI 

C H a P. V. Soins que Von peut apporter foi-mê¬ 
me aux Dents gâtées tant pour les confei'ver , 
que pour en éviter la mauvaife odeur , ^ pour 
avoir la bouche propre. Sf 



[ 3 

CîiAÊ V I. Remarques fur les àoîiUurs des 
Ùènts. \ 29 

Ch AP. VIL Soins journaliers qu'il ejî nécejfai- 
re de donner foi-même à fes Dents ^ quelques 
gaines qu'elles -puijfent être pour en conferver la 
blancheur , les tenir propres ^ les préferver 
de mauvaife odeur. 32 

§ 1 . Soins de tous les jours dans l’état ordinai¬ 
re. 33 

§ IL Soins journaliers que demandent les Dents 
^ les Gencives. 3 ^ 

Ch A P. VIIL Des caufes qui donnent de fa¬ 
deur à la Bouche , ^ des moyens d'y remé¬ 
dier. - 40 

C h A P. IX. Soins qu'il faut donner aux Dents 
Artificielles, pour la propreté de la Bouche. 44 
C H A P. X. § I. JnfiruSions nécefiaires pour les 
Pe7'es ^ Mer es de famille , ^ pour ceux qui 
élèvent des Enfans. 47 

§ IL Façon de conduire jou de gouverner la bou¬ 
che.des Enfans, pour procurer un bel arran¬ 
gement aux Dents à mefuré qvüelles fe renou¬ 
vellent. 51 

Fin de la Table pour les foins & la propreté de la 
Eoucbe, 



[ Î 47 ] 



TABLE 

DES 

MATIERE S, 

POUR L’ ART 

D E S O I G N E R L E S P IË D S. 

InTRODUCTION. page ^9 

C H A P. L Des Cors, <57 

Art. L Définition des Cors. ibid. 

Des differens Auteurs qui ont traité des Cors. 

ibid.^ 

Art. il Des caufies ^ de la nature des Cors. 

Art. III. De la douleur occafionnée far les 
Cors. 72 

Le Cor ejl infienfihlefar lui-même. 73 

'Remarques de D'ionis fur leur douleur. ibid. 

Art. IV. De quelques excroifiances çutanées, 
auxquelles on donne vulgairement le nom dç 
Cors. 74 

A R' T. Vr De la cure palliative, des Cors. q6- 
Manière d'opérer pour la cure palliative. 77 



précautions à prendre fi Von coupe fies Cors foL 
même. 7g 

Art. V. De la cure radicale des Cors. go 

Des meilleurs Spécifiques pour la guérifon des 
Cors. g ï 

Divers Emolliens pour obtenir du foulagement de 
la douleur occajionnée par les Cors. gS 

Les Coiifiiques font plus fpécfiques pour la guéri- 
fion des Cors. g4 

Remèdes violens indiqués par différent Auteurs 
pour la guérifon des Cors. g 5 

Réflexion importante fur la maniéré de foigner 
les Cors. g7 

CH A P. II. Des Verrues. 90 

Art. I. Des caufes ^ de la nature des Ver¬ 
rues. ibid. 

Art. il Du traitement des Verrues. 93 
Dangers d’employer les caufliques imprudemment 
dans le traitement des Verrues. 94 

Exemple cité par Turner. - 9f 

Art. III. Des differens moyens de guérir les 
Verrues. 9S 

Cauflique immanquable pour la guérifon des Ver¬ 
rues. 97 

Moyens déviter la douleur, quand les Verrues' 
font placées à la plante du pied. 99 

Remèdes extraordinaires , indiqués par Etràuler 
^ Juncker pour la guérifon des Verrues. 100 
CHA.P. III. Des Durillons. ÏO^ 

De leurs .caufes ^ffdes moy.ens de les guérir, ibid,. 



C Ï 49 3 

Jje Durillon fe détruit feül en évitant le frotte* 
ment qui y a donné lieu. 105 

CHAP. IV. Des Oignops. lOf 

pe la nature ^ des caufes des Oignons , avec les 
moyens de s’en garantir. ibid 

Des vhaujfures des femmes donnent lieu aux Oi¬ 
gnons. . . 10^ 

Des chaujfures trpp courtes donnent nujjî lieu aux 
Oignons. 107 

Divers fonlagemens de la douleur des Oignons. iGg 
CHAP. V. Des Engelures des Mules. 110 
Demede pour les Engelures. ibid 

CHAP, VI. Des Ongles. 113 

Art. I. De leur nàturé, ibid 

Art. il Des moyens de bien conferver les Ongles 
des mains -, des vices de première conformation , 
■ ^ des açciâens qui leur arrivent, avec des 

moyens d’y remédier. IIÇ 

Si les Ongles font viciés dès la première confor¬ 
mation, il eji impojjible d’y remédier. Ii 5 

Jl faut foigner les Ongles à l’infant qu’ils font 
endommagés. 117 

Art., III, Des vices de conformation des On¬ 
gles des pieds ^ des accidents qui leur arrivent, 

I2p 

Art. îV. Des moyens'de remédier aux vices de 


conformation des Ongles. - 123 

Moyen pour faire tomber les Ongles. • 126' 

Art. V, Des moyens de guérir les accidens qui 
arrivent aux Ongles. 127 

De plus commun des accidents qui arrivent aux 

Dngles_. 127 



[ no ] 

CHAP. VÏI. De la toilette des Pieds 132 

Le premier foin que Von doit apporter à la con- 
fervation de fes Pieds. 132 

Bain des Pieds. * 133 

Bain de propreté. 135 

CHAP. VIII. De la maniéré dont fe doit chauf¬ 

fer t ^ de quelques moyens employés pour fou- 
lager fes Pieds. 138 

CONCLUSION. 144 


F I N 

L4 Table des Matières.